Qu'est-ce que l'eutrophisation ?
Qu’est-ce que l’eutrophisation ?
L’eutrophisation est l’enrichissement excessif d’un milieu aquatique, lac, étang, rivière, zone côtière, en éléments nutritifs, principalement le phosphore (phosphates) et l’azote (nitrates). Cet apport stimule la prolifération d’algues et de plantes aquatiques dont la décomposition consomme l’oxygène de l’eau et peut asphyxier la faune des couches profondes. Phénomène naturel extrêmement lent à l’échelle des lacs, il est considérablement accéléré par les rejets de l’agriculture et des villes ; on parle alors parfois de dystrophisation.
Le mécanisme
Dans une eau pauvre en nutriments, la croissance des végétaux est limitée. Lorsque les phosphates et les nitrates affluent, les algues microscopiques, les cyanobactéries et les plantes flottantes se multiplient, colorent l’eau en vert et la rendent trouble, ce qui prive de lumière les plantes du fond. À leur mort, cette biomasse est décomposée par des bactéries qui consomment l’oxygène dissous. Les couches profondes, non brassées, deviennent pauvres en oxygène (hypoxie), puis totalement privées d’oxygène (anoxie) : poissons, mollusques et insectes aquatiques meurent ou fuient. Les sédiments privés d’oxygène relâchent à leur tour le phosphore qu’ils avaient stocké, ce qui entretient le phénomène. Certaines cyanobactéries produisent en outre des toxines qui imposent d’interdire la baignade et compliquent la production d’eau potable.
Les causes
- L’agriculture : engrais minéraux et effluents d’élevage entraînés par le ruissellement et le drainage.
- Les eaux usées domestiques : rejets insuffisamment traités, phosphates des produits de lavage.
- Les rejets industriels et, localement, la pisciculture.
- L’évolution naturelle : un lac se comble et s’enrichit sur des milliers d’années ; l’activité humaine ramène ce processus à quelques décennies, voire quelques années.
Les conséquences
Sur les côtes, l’eutrophisation se manifeste par les marées vertes, ces échouages massifs d’algues, notamment d’ulves, dont la décomposition dégage des gaz malodorants et potentiellement dangereux ; les plages bretonnes en sont l’exemple le plus connu en France. En mer, elle crée des « zones mortes » où la vie disparaît faute d’oxygène, comme dans certaines parties de la mer Baltique ou du golfe du Mexique. Dans les lacs et les rivières, elle appauvrit la biodiversité, favorise quelques espèces tolérantes au détriment des autres, dégrade la qualité de l’eau potable, nuit à la pêche, au tourisme et aux usages de loisirs.
Les moyens de lutte
La priorité est de réduire les apports à la source. En Europe, la directive « nitrates » de 1991 impose des programmes d’action dans les zones vulnérables : limitation des épandages, périodes d’interdiction, bandes enherbées le long des cours d’eau, couverture des sols en hiver. Les stations d’épuration doivent éliminer le phosphore et l’azote des eaux usées, et la réglementation européenne a restreint les phosphates dans les lessives. La directive-cadre sur l’eau de 2000 fixe l’objectif du bon état des masses d’eau. Sur un plan d’eau déjà atteint, on peut curer les sédiments riches en phosphore, aérer les couches profondes ou restaurer les zones humides et la végétation des berges, qui filtrent les nutriments. Ces actions curatives restent coûteuses et n’ont de sens que si les apports ont été réduits.
Mesurer l’état trophique d’un lac
Les limnologues classent les plans d’eau, du plus pauvre au plus riche en nutriments, en oligotrophes, mésotrophes, eutrophes et hypereutrophes. Les indicateurs utilisés sont la concentration en phosphore total, la teneur en chlorophylle, qui reflète la quantité d’algues, la transparence de l’eau mesurée au disque de Secchi et la teneur en oxygène des eaux profondes en fin d’été.


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