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Pétrole : L’Union européenne

Vous êtes ici : » » Pétrole : L’Union européenne ; écrit le: 22 mars 2012 par lamia modifié le 17 novembre 2014

L’Union européenne

Pétrole : L'Union européenneComme les Etats-Unis, l’Union européenne doit faire face au problème non seulement de l’accès aux ressources énergétiques, mais aussi de la sécurité de ses approvisionnements, et ce d’autant plus que la dépendance extérieure de l’Europe, déjà très importante, devrait considérablement augmenter au cours des prochaines années.

En effet, selon les estimations fournies par l’AIE, l’Europe devrait importer au moins 70 % de ses besoins énergétiques en 2030 (contre 50 % aujourd’hui), dont 90 % de sa consommation en pétrole. La part du pétrole dans les produits énergétiques d’origine fossile devrait rester élevée, tandis que les importations de gaz naturel progresseraient sensiblement, complétées par celles, massives, de charbon.



Pourtant, le danger n’est pas tant l’existence de cette forte dépendance, mais plutôt les risques liés à cette dépendance. Les Etats européens peuvent-ils s’entendre afin de répondre efficacement aux nouvelles préoccupations énergétiques, qui concernent non seulement la réduction de la demande et la diversification des énergies, mais surtout celles portant sur l’aspect sécuritaire ?

Intitulé Vers une stratégie européenne de sécurité d’approvisionnement énergétique, le livre vert de la Commission européenne, présenté le 29 novembre 2000, a été l’occasion de définir les grandes orientations d’une politique européenne, compte tenu de la dépendance croissante envers les hydrocarbures. La Commission tentait ainsi de persuader les décideurs politiques de respecter un calendrier stratégique européen en matière de sécurité énergétique. Considérant que les marges de manœuvre sont plus élevées dans le domaine de la demande que dans celui de l’offre, les politiques à adopter autour du contrôle de la demande sont donc une priorité.

Réduire la dépendance énergétique

Si l’Union européenne semble n’avoir qu’une marge de manœuvre limitée quant à une réelle sécurisation de ses approvisionnements, elle peut toutefois tenter de réduire sa dépendance, diminuant ainsi l’importance des effets que pourraient produire les menaces portant sur l’approvisionnement. Cela concerne, d’abord, une approche différente de la consommation d’énergie, c’est-à- dire une meilleure maîtrise de celle-ci, grâce à des mesures d’économies d’énergie et une sensibilisation des populations à la lutte anti-gaspillage, ainsi qu’au recours à d’autres sources d’énergie.

Ainsi, le développement des énergies alternatives est-il une solution envisagée depuis plusieurs années par la Commission européenne. Cette diversification de l’approvisionnement énergétique par des énergies renouvelables est un objectif poursuivi par l’Union européenne depuis le début des années 1990, et plus particulièrement depuis 2001, année au cours de laquelle les Européens se sont fixé le double objectif, à l’horizon 2010, de porter à 21 % la part des énergies renouvelables dans la consommation d’électricité et à 5,75 % celle des biocarburants dans le gazole et l’essence utilisés pour les transports.

La difficulté est que la concrétisation de ces objectifs n’avance pas au même rythme selon les pays membres de la Communauté européenne : ainsi, si la Finlande et la Suède ont déjà dépassé ce taux de 20 %, d’autres pays comme la France ou l’Allema-gne n’atteignent pas les 6 %, ce taux représentant d’ailleurs actuellement la moyenne de la part des énergies renouvelables dans la consommation totale européenne. D’autres mesures ont été adoptées en 2003, l’une visant à porter la part de marché des biocarburants à 2 % dans un délai de deux ans, mais, une fois encore, les Etats ne fournissant pas les mêmes efforts, cette part n’atteignait en 2005 que 1,4 %.

De plus, l’Union européenne a étendu, dans la Politique agricole commune (PAC), les aides aux agriculteurs : son soutien financier ne s’applique plus désormais uniquement aux cultures vivrières, mais aussi aux cultures de plantes destinées à la production d’énergies renouvelables.

Mais, compte tenu des difficultés rencontrées pour le développement des énergies alternatives , la diversification de l’offre énergétique passe également par un nouveau recours à l’énergie nucléaire, comme le prouve, en France ou en Finlande, le choix d’une nouvelle génération de réacteurs pour les centrales nucléaires. Outre la réduction de sa dépendance énergétique, l’Union européenne doit également se pencher sur la diversification de ses sources d’approvisionnement en hydrocarbures.

Diversifier les sources d’approvisionnement

Cela suppose également d’améliorer le dialogue et la coopération avec les pays fournis-seurs, en adoptant une position commune à tous les pays membres de l’Union européenne . Cette approche est apparue indispensable à l’égard, tout d’abord, de la Russie. En effet, la dépendance de l’Union européenne envers la Russie n’a cessé d’augmenter ces dernières années, surtout avec l’intégration de nombreux pays d’Europe de l’Est en mai 2004, souvent complètement dépendants du gaz russe.
Ainsi, en octobre 2006, les 27 dirigeants de l’Union européenne (les 25 membres actuels, auxquels s’ajoutent la Bulgarie et la Roumanie, futurs membres à compter du le janvier 2007) se sont réunis à Lahti, en Finlande, afin de définir une approche commune à l’égard de la Russie, dont ils dépendent pour leur approvisionnement en pétrole et en gaz (actuellement, la Russie exporte 60 % de son pétrole et 80 % de son gaz vers l’Europe). L’objectif était d’obtenir que l’ouverture du marché russe de l’énergie soit conforme aux principes posés par la Charte internationale de l’énergie de 1994, signée par la Russie.

A cette occasion, l’adoption d’une approche commune s’est révélée difficile, selon que les pays européens souhaitent une attitude plutôt ferme à l’égard de la politique de Vladimir Poutine, à qui ils reprochent la dérive autoritaire et le manque de respect des droits de l’homme dans son pays, ou défendent, au contraire, une attitude plus conciliante. D’ailleurs, Moscou déplore cette absence de véritable politique commune européenne à l’égard de l’énergie, qui lui offrirait une plus grande assurance quant aux orientations et priorités européennes.

Les pays européens sont néanmoins parvenus à s’entendre en proposant d’intégrer la question énergétique dans le futur accord de partenariat stratégique devant être négocié avec la Russie en 20075. L’Union européenne espère vivement voir les Russes ratifier le Traité sur la Charte de l’énergie, ce qui permettrait de garantir les engagements russes concernant les échanges d’hydrocarbures ; or, la Russie fait traîner, faisant de cette ratification un Instrument de chantage dans les pourparlers en cours, notamment sur le transport du gaz russe, la société Gazprom étant opposée au projet de protocole de transit.

L’approche européenne vis-à-vis de la Russie est très importante puisque ce pays est et devrait demeurer un partenaire de première importance. La Russie est donc convoitée par les compagnies pétrolières occidentales, comme en témoigne la prise de participation de 50 % de la compagnie pétrolière TNK par la British Petroleum en avril 2003. Cela entraîne des rivalités entre Européens et Américains, non seulement au sujet de la Russie, mais aussi des pays riverains de la mer Caspienne, en particulier le Kazakhstan, plus prometteur que ses voisins quant à ses réserves.

Les Européens y ont développé ies programmes Traceca (Transport Corridor Europe-Caucasus-Central Asia) et Inogate (Interstate Oil and Gas Transport to Europe).
L’Europe doit également contribuer à la stabilisation des autres zones de production de pétrole. Sa politique à l’égard de l’Iran, ces dernières années, est à ce titre significative. Depuis la révolution islamique de 1979, l’Iran s’est isolée sur la scène internationale et a rapidement souffert des sanctions économiques et financières adoptées par les Etats-Unis à son encontre.

En particulier, le pays souffre depuis d’un fort déficit d’investissements dont pâtissent ses installations pétrolières et gazières. C’est pourquoi, bien qu’il soit richement doté en ressources naturelles, l’Iran a sans cesse lutté pour maintenir sa capacité de production autour de 4 millions de barils par an. Les pays européens, qui ont privilégié le dialogue avec le régime islamique de Téhéran et ont continué à maintenir des échanges commerciaux (dont l’achat de pétrole), pourraient, à terme, tenter de profiter de cette demande iranienne pour investir de la façon la plus profitable possible, à la condition que le pays mène une politique qui n’aille pas à rencontre des principes européens (droits de l’homme, sécurité régionale…). Ainsi, depuis octobre 2003, l’Union européenne, par l’intermédiaire d’une « troïka » composée de la France, de la Grande-Bretagne et de l’Alle¬magne, tente de trouver une issue satisfaisante à l’affaire nucléaire iranienne (l’Iran se voit reprocher de chercher à se doter de l’arme nucléaire). Les engagements initiaux pris auprès des Européens par Téhéran à l’automne 2004 de suspendre ses activités d’enrichissement et de respecter les inspections de l’AlEA (Agence internationale pour l’éner¬gie atomique) avaient semblé prometteurs, laissant croire que l’Iran avait mesuré l’enjeu de ses relations extérieures pour son économie. Mais le régime devait revenir sur ses engagements…

Privilégiant une nouvelle fois l’approche diplomatique, le 6 juin 2006, les pays européens participant au dossier nucléaire iranien (ainsi que les Etats-Unis, la Chine et la Russie) avaient émis une offre économiquement intéressante pour l’Iran. En échange de la suspension de son programme d’enrichissement nucléaire à vocation militaire, l’Iran se voyait proposer un soutien à son programme nucléaire civil, la fin de l’embargo commercial et l’assurance d’une sécurité dans la région. Mais, une fois de plus, l’Iran déterminé à aller jusqu’au bout de son programme d’enrichissement, avait refusé. A la fin de l’année 2006, les investissements à destination de l’Iran demeurent conditionnés à de meilleures dispositions de la part de Téhéran.

L’Union européenne importe environ 3 millions de barils par jour en provenance du gros Persique, soit 45 % de ses importations pétrolières. La place du Moyen-Orient dans les échanges énergétiques apparaît d’ailleurs d’autant plus grande que les réserves européennes d’hydrocarbures tendent à s’épuiser. La politique européenne menée auprès a tous les pays du Golfe est donc particulièrement importante, voire décisive, non seulement à l’égard de l’Iran, mais aussi de l’Arabie Saoudite, des Emirats arabes unis, o. Koweït ou d’autres petits pays de la région, comme le Qatar, l’Oman ou le Yémen… et même l’Irak.

En particulier, l’Union européenne doit appréhender avec prudence son approche  conflit israélo-palestinien (d’où son soutien à l’Autorité palestinienne), puisque celunc avait été la principale cause de l’embargo sur le pétrole mis en place par l’OPEP en 197: et participer aux démarches en faveur de la paix dans la région. La participation K plusieurs pays européens à la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liba- renforcée depuis le conflit israélo-libanais de l’été 2006, participe de cette bonne volonté.
En cultivant des relations favorables avec les pays arabes du Moyen-Orient, l’Union européenne (soutenue en ce sens par d’autres gros importateurs tels que la Chine et l’Inde) doit chercher à ce que les principaux pays producteurs, à commencer par l’Arabie Saoudite et le Koweït, en attendant un rétablissement de la situation en Irak, augmentent leur production au fur et à mesure de la croissance de la demande, afin de « calmer » le marché.

Compte tenu de leur forte dépendance à l’égard des pays du Moyen-Orient, les pays européens doivent désormais développer leurs échanges avec d’autres pays produc-teurs.
Ainsi, le Venezuela, autre membre de l’OPEP, est aujourd’hui gouverné par le président Hugo Chavez, hostile aux investisseurs américains, ce qui peut constituer une opportunité pour les compagnies européennes. L’Afrique de l’Ouest, qui est la zone la plus ouverte aux investisseurs étrangers, en dehors des pays de l’OCDE, fait également figure de nouvel enjeu énergétique, en particulier dans le golfe de Guinée, en Angola, au Nigeria, au Gabon et en Guinée équatoriale. L’Afrique, qui bénéficie d’un emplacement géographique favorable puisque à proximité des marchés européens et nord-américains, via les routes maritimes, est devenue une région stratégique pour les compagnies pétrolières. Mais, contrairement au passé où certains pays étaient sous la coupe d’une seule compagnie pétrolière, comme Elf au Gabon ou au Congo, les pays d’Afrique voient se côtoyer plusieurs compagnies, dont des petites compagnies indépendantes, qui parfois travaillent ensemble. En dépit de ressources prometteuses, la région du golfe de Guinée ne saurait toutefois remplacer l’importance de celle du Moyen-Orient.

Améliorer la sécurité du transport des hydrocarbures

Outre la diversification de ses sources d’approvisionnement et le développement des énergies alternatives, l’Union européenne doit aussi s’assurer du bon déroulement du transit de ses importations énergétiques, tant dans le cadre de la protection de l’environnement que de la nécessaire sécurisation de ses approvisionnements. Il s’agit donc, pour l’Union européenne, de contribuer à renforcer la sécurité des bâtiments de transport du pétrole, ainsi que la protection des routes par où transitent les hydrocarbures. Concernant la sécurité des navires, le premier objectif est aujourd’hui de lutter contre la pollution : éviter non seulement le dégazage sauvage pratiqué par certains navires, mais surtout limiter les risques de marées noires. Ainsi, il s’agit de contrôler si les navires sont bien respectueux de la réglementation en vigueur, tant au niveau de l’entretien du bâtiment, de l’état de sa coque, de sa soute, etc. que de la formation de son équipage

Après la catastrophe de ÏErika en 1999, l’Union européenne a adopté en octobre 2003 l’obligation, pour les pétroliers, de détenir une double coque afin de limiter les risques de marées noires. Les Européens doivent ensuite envisager le cas du terrorisme, compte tenu de l’ampleur de cette menace, y compris en Europe, comme en ont témoigné les attentats survenus sur les territoires espagnol et britannique ces deux dernières années. Parmi les menaces terroristes figure l’éventualité d’une attaque contre un navire pétrolier, ce qui a déjà eu lieu contre le bâtiment français Limburg. Le cas d’un navire provoquant une explosion dans un port, en particulier un port pétrolier comme Le Havre ou Rotterdam, doit également être envisagé. Par son règlement communautaire daté du 24 avril 2004, l’Union européenne a rendu obligatoire la mise en oeuvre de plans de sûreté dans les ports et à bord des navires.

La nouvelle réglementation, appelée International Ship and Port Facility Security (ISPS) s’inspire de l’exemple américain adopté après les attentats du 11 septembre 2001, et contraint notamment au contrôle des marchandises, des passagers et des conteneurs. Concernant les voies maritimes, les Européens et les Américains ont tenté de renforcer le contrôle de celles-ci, mais se sont heurtés au droit international qui garantit la souveraineté d’un Etat côtier sur ses eaux territoriales. Seule la haute mer peut être l’objet de mesures de protection anti-terroriste.

En revanche, l’Union européenne compte parmi ses pays membres plusieurs pays qu; disposent d’accès militaires hors du territoire européen, ce qui facilite la surveillance loir des frontières communautaires. En outre, l’Union européenne doit collaborer avec ur certain nombre de pays tiers pour s’assurer de la sécurité du trafic dans les diverses zones de transit des hydrocarbures, comme le canal de Suez, le détroit d’Ormuz, le détroit de Gibraltar, les détroits turcs… ainsi que les voies d’accès terrestres, c’est-à-dire de transit des oléoducs, comme les pays du Caucase.
C’est dans cette optique que l’Union européenne cherche à réduire la dépendance envers les détroits turcs (Bosphore et Dardanelles), qui constituent l’une des voies ce passage les plus encombrées du monde, en privilégiant le développement de pipelines plus au nord, par exemple via les Balkans ou l’Ukraine.

Vidéo : Pétrole : L’Union européenne

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