Cladistiens
Les cladistiens (Cladistia) forment un groupe de poissons osseux à nageoires rayonnées, les actinoptérygiens, dont les seuls représentants actuels sont les polyptères, de la famille des Polyptéridés. Ces poissons d’eau douce africains ont conservé un ensemble de caractères anciens qui a longtemps dérouté les zoologistes et leur vaut souvent le surnom de « fossiles vivants ».
Qui sont les cladistiens ?
Les cladistiens actuels se répartissent en deux genres. Le genre Polypterus rassemble la plupart des espèces, connues sous le nom de polyptères ou de bichirs. Le genre Erpetoichthys ne compte qu’une espèce, le poisson-roseau (Erpetoichthys calabaricus), au corps très étiré qui évoque un serpent. Tous vivent dans les eaux douces d’Afrique tropicale : fleuves, lacs, plaines inondables et marais souvent pauvres en oxygène.
Ce petit nombre d’espèces actuelles est le reste d’une lignée ancienne : les cladistiens sont les survivants très spécialisés d’un rameau d’actinoptérygiens qui a compté d’autres formes, aujourd’hui disparues et connues par les fossiles.
Un corps aux caractères singuliers
La silhouette des cladistiens est allongée, parfois franchement anguilliforme. Plusieurs traits les distinguent nettement des autres poissons osseux :
- des écailles ganoïdes, épaisses, en forme de losange et articulées entre elles, qui forment une véritable cuirasse ;
- une nageoire dorsale divisée en une série de petites pinnules, chacune soutenue par une épine, d’où le nom de « polyptère », qui signifie « aux nombreuses nageoires » ;
- des nageoires pectorales charnues, portées par une base musculeuse dont le squelette particulier les distingue de celles des sarcoptérygiens (cœlacanthes et dipneustes) ;
- une paire d’évents (spiracles) sur le dessus de la tête ;
- un intestin pourvu d’une valvule spirale, structure interne enroulée que l’on retrouve chez les requins et plusieurs groupes de poissons anciens.
Des poissons qui respirent l’air
Les adultes possèdent une paire de poumons vascularisés, reliés au tube digestif, qui leur permet de respirer l’air atmosphérique. Ils viennent régulièrement à la surface pour prendre une goulée d’air, ce qui leur permet de survivre dans des eaux chaudes et mal oxygénées où d’autres poissons s’asphyxieraient. Cette respiration aérienne complète la respiration par les branchies.
Les larves présentent un autre trait remarquable : des branchies externes en panache, semblables à celles des larves d’amphibiens. Elles disparaissent au cours du développement.
Une place longtemps discutée dans la classification
Ce mélange de caractères primitifs a longtemps embarrassé les systématiciens. Les polyptères ont ainsi été classés hors des actinoptérygiens, dans un groupe à part, ou rapprochés des sarcoptérygiens, les poissons à nageoires charnues dont descendent les vertébrés terrestres.

Les analyses anatomiques détaillées puis les études moléculaires ont tranché : les cladistiens sont bien des actinoptérygiens, et ils occupent la position de groupe frère de tous les autres actinoptérygiens actuels. Autrement dit, leur lignée s’est séparée la première de celle qui a donné les esturgeons, les lépisostés, l’amie et l’immense diversité des téléostéens. C’est ce qui rend leur étude précieuse : en comparant les polyptères aux autres poissons, les biologistes reconstituent les caractères que possédaient les premiers actinoptérygiens, et éclairent l’histoire de la respiration aérienne et des nageoires chez les vertébrés.




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