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La lune est la premier mort qui ressuscite

> > La lune est la premier mort qui ressuscite ; écrit le: 10 juillet 2013 par imen modifié le 8 novembre 2014


Bien des croyances autour de la mort sont des recherches, souvent inconscientes, mais profondément ancrées dans les cou­tumes sociales, vers une prolongation du temps, une quête, sinon d’immortalité, du moins d’un espoir de reculer sa propre échéance. Après tout, bien des plantes semblent mourir en hiver, mais renaissent au printemps, des animaux disparaissent lorsqu’ils hibernent, pour reparaître, avec le retour des beaux jours, d’une façon qui dut paraître magique à nos lointains ancêtres. Sans par­ler de la Lune, qui, elle aussi, disparaît pour mieux réapparaître pour un nouveau cycle. La Lune est le premier mort qui ressus­cite, dit l’historien des religions Mircea Eliade.
On pourrait multiplier les exemples de comportements rituels qui se rapportent à ce souci, qui semble avoir été commun à tous les peuples de la planète, avant l’apparition des grandes religions à dieu unique, de symboliser de façon forte la mort et la résurrection. C’est le feu qu’on éteint, puis qu’on rallume, les esprits des morts que l’on accueille, puis qu’on chasse du village et du groupe, cérémonies qui coïncidaient souvent avec l’année nouvelle. La veuve de l’hindou qui se faisait brûler à la mort de son époux était certaine de renaître le lendemain. Cette volonté d’observer, puis de recréer des cycles, est une façon évidente, bien que parfois inconsciente, de lutter contre l’irré­versibilité du temps, lequel fut souvent l’objet, dans ce cadre, d’une vénération particulière. Il existait, dans l’Iran ancien, un dieu du Temps, que Zarathoustra a combattu, dans son effort pour créer un monothéisme.
On peut aussi dire, comme les sages orientaux, que la mort est ce qui ne finit jamais. « Je sens de l’être en moi pour une éternité », dit le brahmane. Le bouddhiste cherche, en remon­tant le temps par l’évocation de ses vies antérieures, à revenir à un état originel, débarrassé des angoisses, des douleurs du monde, un état délivré du temps, ouvert à l’éternité, à l’étemel présent. Car angoisses et douleurs viennent de ce que l’homme a conscience du temps qui passe, et qui le conduit inéluctable­ment à la mort. Pour les bouddhistes, le temps du monde se déroule en grands cycles qui se succèdent éternellement, tantôt le monde se vide d’êtres, tantôt il s’organise de nouveau. Pour le taoïste chinois, l’homme est un fagot que Dieu lie à sa nais­sance et délie à sa mort. Les éphémères réalités corporelles suc­cessives ne sont qu’apparences. L’être reste le même.
Les Égyptiens, qui furent parmi les premiers à donner une importance singulière à la mort, croyaient que la survie devait comprendre les meilleurs moments de la vie vécue sur terre. Ils s’y préparaient donc avec beaucoup d’attention, et faisaient construire leurs tombes de leur vivant, les plus spectaculaires étant les pyramides, tombeaux des pharaons. Ils y faisaient représenter les activités qu’ils souhaitaient pouvoir faire à leur résurrection. Les momies étaient préparées avec soin, car l’âme du défunt devait pouvoir rejoindre à tout moment un corps ter­restre en bon état de conservation. Les grandes religions à dieu unique n’ont donc pas innové, en proposant aux croyants un destin d’immortalité. Elles n’ont fait que poursuivre et ordonner des idées déjà bien ancrées dans l’esprit des hommes des temps anciens. Elles ont eu l’habileté de bien formaliser, de ritualiser l’espoir que la mort n’est pas une fin irrémédiable – et c’est sans doute là une des raisons de leur succès.

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