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La mémoire du temps passé : Quand le temps disparaît

> > La mémoire du temps passé : Quand le temps disparaît ; écrit le: 13 juillet 2013 par imen modifié le 7 janvier 2019


Le temps disparaît de l’existence

Au contraire, il est peu de choses aussi troublantes et aussi tragiques que les maladies au cours lesquelles on perd la mémoire, où le temps disparaît de l’existence. « Il faut com­mencer à perdre la mémoire, ne serait-ce que par bribes, pour se rendre compte que cette mémoire est ce qui fait toute notre vie, écrit le cinéaste Luis Bunuel. Notre mémoire est notre cohérence, notre raison, notre sentiment et même notre action. Sans elle, nous ne sommes rien… Je ne peux qu’attendre l’amnésie finale, celle qui peut effacer une vie entière». Le plus connu de ces troubles de la mémoire est la maladie d’Alzheimer, bien qu’elle soit loin d’être le seule. Mais comme elle atteint de façon préférentielle les personnes âgées, dont le nombre croît fortement avec l’allongement de la durée de la vie, elle apparaît sur le devant de la scène et fait peur pour l’avenir. On estime qu’en 2050, 35 % de la population fran­çaise sera composé d’hommes et de femmes de plus de soixante ans, et qu’à cette époque, les deux tiers des plus de soixante-quinze ans seront des femmes, les plus touchées par la maladie. Or, si l’on observe actuellement que 3 % des sexagé­naires sont atteints, cette proportion passe à 47 % pour les plus de soixante-quinze ans. La maladie d’Alzheimer est due à la dégénérescence irréparable de certaines parties du cerveau, ce qui se traduit notamment par la perte progressive, mais inéluc­table, de la mémoire. Le malade n’a plus la notion du temps, il vit hors du temps, dans un univers personnel, coupé du monde. Il ne reconnaît même plus les siens.
Il existe des centres où l’on s’efforce de lutter contre la déperdition de mémoire en travaillant, en groupe, sur les souvenirs. Aidé d’objets, de photographies, de chansons, de récits, l’animateur s’efforce de faire ressurgir des cerveaux défaillants le maximum de souvenirs, choisissant de préférence, quand il le peut, ceux qui correspondent à des moments heureux. Ces « ateliers de réminiscence », nés en Angleterre, ont souvent donné de bons résultats lorsque le cerveau n’est pas trop lésé et que la fuite des souvenirs est surtout due, ce qui est fréquent, à une paresse naturelle de la personne âgée, qui ne fait plus l’effort d’utiliser sa mémoire.
L’amnésie peut prendre des formes très diverses. Le neurologue américain Oliver Sacks raconte, avec beaucoup d’émotion, ses rencontres avec Jimmy, un homme de quarante-neuf ans qui avait oublié, à la suite d’un accident, vingt ans du temps qu’il avait vécu. Il parlait au présent de choses qui s’était passées alors qu’il avait dix-neuf ans, âge qu’il était persuadé de toujours avoir, s’étonnant de trouver vieilli prématurément son frère, qui venait le voir de temps à autre à l’hôpital où il se trouvait. Il ne reconnaissait pas le médecin qui était venu le voir quelques minutes auparavant. Il se souvenait parfaitement, en revanche, de ce qui s’était passé dans son adolescence. Il vivait de façon très normale, était intelligent, mais oubliait ce qui s’était passé dans la minute précédente. Il vivait un présent permanent, était prisonnier d’un moment unique de son existence, vide de sens,car il n’imaginait non plus aucun futur. À part son frère, il ne pouvait pas réellement identifier quelqu’un, même les gens qu’il voyait tous les jours autour de lui. « Qu’éprouvez-vous vis-à-vis de la vie ? » lui demanda un jour le Dr Sacks. « Je ne sais pas si j’éprouve quoi que ce soit», répondit Jimmy. «Vous sentez- vous tout de même vivant ? – Il y a bien longtemps que je ne suis pas senti vivant ». Il ne redevenait un homme qu’en partici­pant à la messe. Il était atteint de ce qu’on appelle le syndrome de Korsakov, généralement dû à l’alcoolisme, et qui peut avoir des formes diverses. L’un des patients du Dr Sacks prenait ainsi sa femme pour un chapeau et, au moment de partir, lui saisissait le visage pour se le mettre sur la tête. Il avait perdu la mémoire de ce qu’était un visage.

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