Le comportement parental dans les sociétés animales

> > Le comportement parental dans les sociétés animales ; écrit le: 15 décembre 2012 par Sameh modifié le 7 novembre 2014

Les contacts et les liens qui s’établissent entre parents et enfants vont donc être essentiels dans la création du lien social.

Le lien mère-enfant est en particulier l’un des plus solides. Il s’intensifie durant toute l’enfance et persiste, pour une large part, même à l’âge adulte, surtout chez les primates.

La formation du lien parental:

La naissance :

L’attachement se manifeste progressivement. La relation débute, bien sûr à la naissance. Chez les simiens par exemple, la mère peut aider à l’expulsion en tirant elle-même l’enfant avec les mains. Chez certains hapalidés, le père peut aussi aider à la mise bas en tirant lui aussi sur le foetus. Selon les espèces, la femelle mange ou suce, en partie ou en totalité, les annexes embryonnaires, mais le léchage du petit semble assez général. C’est lui qui déclenche les réflexes de miction et de défécation chez le bébé singe. Réciproquement, pourrait-on dire, la naissance et les premiers soins

donnés par la mère déclenchent chez elle les réactions essentielles qui vont établir les liens avec son ou ses petits.

Le rôle de l’agrippement :

Selon le degré d’immaturité de l’enfant, les comportements maternels diffèrent au départ. Soit le petit peut s’agripper au pelage de sa mère, avec ses pieds et ses mains (comme chez les tarsiers), soit il ne le peut pas. Il peut être alors transporté par la mère entre ses mâchoires, un comportement que l’on observe d’ailleurs chez beaucoup de mammifères, comme chez les colobes olives (Cobbus verus) où le petit est ainsi transporté pendant plusieurs semaines ; par la suite, il s’agrippera à la région ventrale de la mère, la queue contribuant à assurer cet agrippement.

Chez d’autres espèces de cynomorphes, I’agrippement à la mère a lieu dès la naissance. Pendant la maturation de ce comportement, la mère aide le petit de sa main. Chez les anthropoïdes, beaucoup moins matures à la naissance, la mère doit soutenir son petit 4 à 6 semaines. Le jeune est donc plus dépendant de sa mère pour la chaleur, les soins et le transport que les macaques décrits précédemment (expériences de H. Harlow). Chez les chimpanzés comme chez tous les singes, la femelle primipare sait d’emblée, sans aucun apprentissage, prodiguer tous les soins indispensables à son nouveau-né : lavage, séchage, le nettoyage, examens divers, etc., même si après plusieurs portées, certains aspects du comportement pourront se perfectionner par apprentissage. L’attachement réciproque entre la mère et l’enfant est donc au départ le résultat d’un mécanisme interne et inné où est parfaitement intégrée toute une série de réactions stéréotypées et cohérentes, adaptée tout à la fois aux réactions de la mère et à celles du jeune.

Mais chez toutes les espèces, I’agrippement, le toucher et les stimulations proprioceptives (c’est-à-dire celles qui apprendront, en quelque sorte, l’espace au jeune) vont se pratiquer dans un ajustement réciproque. L’agrippement et le contact corporel, on l’a vu, sont essentiels pour induire cet attachement. La mère a tout autant besoin de I’agrippement pour son équilibre de mère allaitante que le bébé singe pour l’établissement de son futur lien social avec ses congénères. Une mère macaque adopte d’ailleurs facilement un enfant pourvu qu’il manifeste les agrippements normaux. Finalement, I’agrippement se manifeste d’une façon ou d’une autre chez toutes les espèces et avec le contact, il va jouer un rôle essentiel dans l’attachement et dans la formation du lien social.

La période de lactation :

Chez les mammifères, la lactation est un facteur commun à tous les soins maternels prodigués mais, là encore, les comportements sont différents selon le stade de développement du jeune et les modes de vie des animaux.

Ceux qui naissent aveugles, nus et sans aucune aide, ont besoin d’un nid approprié pour les accueillir et d’y être ramenés si besoin est. Ils sont nettoyés et transportés par la femelle. Ceux qui naissent avec une fourrure mais des possibilités de locomotion restreintes ont encore besoin d’être transportés et nettoyés. Chez ceux qui peuvent, par contre, se déplacer sans problèmes, d’autres

modèles de comportement interviennent, comme des moyens de communication et de reconnaissance entre individus, essentiellement pour les maintenir au contact de leur mère, ce qui est évidemment primordial pour leur développement.

La période du sevrage :

Au moment du sevrage aussi, les comportements sont très variés : les petits peuvent se disperser d’eux-mêmes ou rejoindre le groupe social mais, dans bien des cas, ils sont rejetés activement ou délibérément abandonnés.

Le rôle du père :

Il existe aussi un lien entre le père et l’enfant mais il n’a été découvert que récemment. Très différent selon les espèces, son intensité est elle aussi très variable. Il est normalement plus fort dans les sociétés familiales. Dans bon nombre de sociétés, il est remplacé par un lien avec les mâles dominants ou subdominants. Bien que négligé pendant longtemps, l’importance du comportement parental mâle ou, selon les cas, paternel est maintenant bien reconnu.

Il est différent selon les groupes de singes. Chez les singes de l’AncienMonde (mangabey, magot, macaque, etc.), il oscille entre l’indifférence pure et simple et un intérêt vraiment soutenu et positif, et se manifeste par l’attraction que le jeune exerce sur le mâle. Dans ces espèces, les mâles peuvent transporter les petits, faire leur toilette et mastiquer de la nourriture pour la leur régurgiter (hapalidés, cébidés). Chez les macaque rhésus, il y a plutôt indifférence et, suivant les populations, hostilité ou tolérance. Les mâles jouent quelquefois avec les petits. Dans beaucoup d’espèces, comme chez les gorilles, ils cherchent à protéger les jeunes. Chez les chimpanzés mâles, l’intérêt pour les jeunes est manifeste. Dans les sociétés familiales comme chez les hylobates ou les hapalidés, il est même très marqué.

Au sein d’une même espèce, le comportement des mâles varie aussi en fonction des lignées, de l’âge, du statut dans la hiérarchie et du degré de familiarité entretenu avec la mère, du nombre d’individus du groupe, du sexe et de l’âge de l’enfant, de son état physiologique ou psychologique.

L’état de maturation à la naissance :

Chez les mammifères, le comportement parental, celui de la mère essentiellement, quelquefois celui du père, joue un rôle décisif mais progressif dans l’établissement des futurs liens sociaux. Le développement du comportement est très différent selon les ordres de mammifères. Naissant au sein de ces ordres dans des états de maturation différents, les jeunes ne reçoivent pas, en conséquence, les mêmes soins de la part des parents.

La classification de E. Shillito Walser (1978) :

C’est ainsi que le biologiste E. Shillito Walser du Département de biologie appliquée de Cambridge, a classé, au regard du comportement maternel, l’ensemble des mammifères en quatre grandes catégories.

A – Ceux qui naissent dans un état prématuré comme les kangourous ou les opossums.

B – Ceux qui naissent nus et aveugles, dans un état qualifié d’immature (altriciel) comme les rats, les lapins, ou les souris.

C – Ceux qui naissent avec des poils, parfois aveugles et qui ne possèdent qu’une locomotion très réduite : on parle alors d’état semi- immature (ou semi-altriciel]. C’est le cas des chiens ou des singes. D – Enfin, ceux qui naissent bien développés et qu’on qualifie de précoces comme les ongulés ou les cétacés.

Catégorie A : l’exemple des marsupiaux

Chez les marsupiaux, les bébés naissent prématurés. Ils passent le début de leur vie dans une poche et sont presque constamment attachés à une mamelle. Au moment où ils émergent de leur poche, ils se trouvent dans l’état des nouveau-nés de mammifères placentaires précoces (catégorie D). Manifestement, ces deux catégories occupent des habitats complètement différents durant les deux stades de leur développement postnatal, les marsupiaux étant probablement mieux protégés dans la poche marsupiale que ne le sont les plus immatures des mammifères placentaires. Beaucoup de marsupiaux laissent, d’ailleurs, leur bébé dans un nid dès le moment où il est devenu trop grand pour tenir dans leur poche ou le portent sur le dos comme les koalas ou les wombats. Quelques autres courent à côté de leur mère. Il semble que les kangourous et les wallabies ne reconnaissent pas leurs propres jeunes.

Catégorie B : les rongeurs, lagomorphes et insectivores

Ils sont généralement d’assez petite taille et construisent des nids ou des terriers. Les petits naissent immatures (altriciel], nus et aveugles. Ils doivent être tenus au chaud et le nid remplit cette fonction. Il est généralement épais, dense et bien caché. Les femelles y passent beaucoup de temps ou à proximité et nourrissent fréquemment les jeunes. Il existe cependant des exceptions intéressantes comme les lapins qui ne visitent leur nid que toutes les 24 heures pour nourrir les jeunes ou les musaraignes des arbres, que toutes les 48 heures. Dans ces cas, les femelles n’ont que de brefs contacts avec leurs petits qui sont déposés dans un nid différent de celui de sommeil de leurs parents et les soins maternels sont réduits au minimum. Comme pour toutes les autres espèces de ce groupe, la nécessité essentielle pour les petits est d’être dans le nid. Ils ne peuvent pas se déplacer tout seuls et la femelle les transporte si le besoin s’en fait sentir. Chez toutes ces espèces, le comportement de retrieving (ramener au nid] s’est très bien développé. Il cesse d’ailleurs dès que les petits peuvent ouvrir les yeux. La reconnaissance individuelle des enfants n’apparaît que lorsqu’ils sont plus âgés et qu’ils deviennent plus autonomes dans leur locomotion. Chez les rongeurs sociaux, les petits restent beaucoup plus longtemps avec leur famille : deux ans chez les castors. Chez les chiens de prairie, les jeunes font partie de la « coterie » et ne sont sevrés que très graduellement. Quand ils quittent le terrier où ils sont nés, ils passent quelquefois la nuit dans un terrier appartenant à une autre femelle: ils y sont nourris et bien acceptés. Les femelles, qui reconnaissent pourtant leurs propres petits, sont tolérantes envers les autres du même groupe (les jeunes d’une colonie

étrangère seraient, par contre, attaqués). Chez tous les mammifères altriciels ou semi-altriciels (immatures ou semi-immatures), les jeunes sont nettoyés par léchage et les nids assainis de tous les déchets et excréments.

Catégorie C : les carnivores

Chez la plupart des espèces, les femelles font un nid ou trouvent un abri, au moins, au moment de la mise bas. Les canidés creusent des terriers alors que les félidés se servent de couvertures naturelles.

Les jeunes sont ensuite souvent transportés dans un autre abri. Ne pouvant rester constamment avec leurs petits et trouver en même temps de la nourriture, les carnivores ont souvent résolu ce problème en développant une vie sociale élaborée. Certaines espèces, comme le renard ou le lynx du Canada, vivent, tout du moins au moment de la reproduction, en couple et le mâle rapporte de la nourriture à la femelle. Chez les carnivores qui chassent en groupes, comme les loups ou les coyotes, la nourriture est régurgitée par le pack aussi bien à la mère qu’aux jeunes quand ils sont s’isolent au milieu d’une végétation épaisse où elles resteront quelques semaines avec leurs petits avant de se mélanger à nouveau avec les autres femelles et les petits du même âge qui pourront téter de chaque femelle jusqu’à l’âge de six mois.

La présence dans la troupe d’autres familles avec des enfants du même âge est donc un grand avantage, une femelle pouvant ainsi demeurer avec tous les petits pendant que les autres chassent.

Les comportements maternels ont été particulièrement bien étudiés chez les chiens et les chats. Chez les chiens, il n’existe pas d’ordre de la tétée et les chiots tètent n’importe quel mamelon; chez les chats, par contre, un ordre de tétée s’établit dès les premiers jours de la vie. Chez les chiots, l’attachement social s’établit entre 3 et 12 semaines, puis la dépendance à la mère diminue.

Catégorie D : les cétacés et les ongulés

Les cétacés. Les bébés naissent presque matures. Les seuls changements s’opèrent au niveau de la nourriture. La gestation est longue et les petits sont déjà grands au moment de la naissance.

Chez les dauphins, tout le groupe s’intéresse au nouveau-né et aide à sa naissance. Les nouveau-nés normaux montent rapidement, sans aide, à la surface pour y respirer mais ceux qui sont un peu faibles sont aidés par la mère ou d’autres membres de la troupe.

Ils commencent à être nourris 4 heures après la naissance. Très vite intervient toute une panoplie de communications vocales entre la mère et son enfant. La femelle siffle son petit et s’il demeure éloigné, les autres mères l’encerclent rapidement près de la surface.

Très vite après la naissance, les petits se déplacent normalement avec leur mère en suivant leur nageoire dorsale.

Les ongulés. Les jeunes naissent dans un état «précoce». Très peu de temps après la naissance, ils se tiennent debout et se dirigent vers leur mère pour téter.

Les femelles apprennent très vite à reconnaître leur petit et le nourrissent normalement de façon exclusive.

Alors que ces espèces sont par nature plutôt silencieuses, des échanges vocaux sont courants entre la mère et les jeunes. Chez les pécaris à collier (dicotyles tajacu), la communication est constante : ronronnements et grognements réciproques.

Les ongulés qui vivent en terrains découverts, comme les chevaux ou les moutons, sont capables de se déplacer très bien et de suivre leur mère très rapidement après la naissance ; ils sont donc toujours très près d’elle. Les nouveau-nés suivent dès leur naissance tout ce qui bouge; ils peuvent suivre très vite le troupeau et l’attachement maternel se forme très rapidement aussi. C’est la femelle qui maintient le contact avec l’enfant. Chez le caribou par exemple, elle envoie des signaux à son veau, à la fois en inclinant la tête et en grognant. Chez les chèvres, un lien s’établit très vite. L’olfaction y est essentielle, comme chez les brebis qui mémorisent l’odeur de leur agneau et peuvent le reconnaître très vite après la naissance. Seul son agneau est familier à une brebis et seul lui sera autorisé à s’allaiter, les agneaux étrangers étant toujours exclus. Au moment de la mise bas, la brebis manifeste des réactions maternelles envers son bébé. Elle le lèche, le débarrasse des ses membranes placentaires et du liquide amniotique. En bêlant faiblement et tout en le soignant, elle accepte l’agneau à sa mamelle dès qu’il tente de téter (une heure et demi après sa naissance). C’est dans les deux ou trois heures qui suivent que s’établit le lien sélectif qu’elle aura avec son agneau. C’est aussi au moment de la mise bas que l’activité des neurones du bulbe olfactif se modifie et que se met en place la mémorisation des odeurs par la brebis. La manifestation du comportement maternel obéit donc en fait à un déterminisme très complexe.

Les facteurs hormonaux ainsi que le processus mécanique de l’expulsion du fœtus jouent un rôle important dans le déclenchement de l’intérêt pour le bébé, donc dans le comportement maternel de la brebis. Aussitôt après, dans les heures qui suivent la naissance, existe une période sensible qui permettra vraiment de consolider le contact entre la brebis et l’agneau. Ces éléments se retrouvent chez d’autres mammifères mais n’ont pas été étudiés encore de façon totalement approfondie. Il faut donc se garder de généraliser trop vite d’une espèce à l’autre. On sait, par exemple, que la prolactine est considérée comme l’hormone du comportement maternel chez la lapine mais il semble que ce ne soit pas le cas chez la rate ni chez la brebis où une injection de progestérone ou d’œstradiol détermine les réactions maternelles. Dans les conditions naturelles, les œstrogènes seraient essentiels.

Les bébés éléphants dépendent de leur mère pendant 3 à 5 ans et cette période contribue largement à développer des relations sociales complexes dans l’unité familiale. Phylllis Lee de l’université de Cambridge a bien étudié (1986) le développement des petits éléphants au parc national Amboseli au Kenya et a pu voir que les femelles d’éléphants soignent de façon différente les éléphanteaux mâles et femelles. Les mâles se nourrissent plus souvent mais quittent leur mère plus tôt ; les femelles restent plus proches de leur mère et s’engagent dans des interactions plus nombreuses avec elle. Les petits mâles quittent la famille pour interagir et jouer surtout avec des animaux qui ne sont pas de la famille alors que les femelles demeurent plus dans le cadre familial. Ces différences entrent dans le processus de développement social précoce de ces animaux préparant aux contraintes de l’organisation sociale adulte. Les comportements parentaux s’avèrent donc évidemment bien différents selon les espèces. Chez les oiseaux par exemple, on pourrait dire que le phénomène d’empreinte est essentiel alors que chez les mammifères, c’est le phénomène d’attachement avec les nombreuses applications que l’on peut faire à l’espèce humaine qui est prédominant dans la genèse du lien social. Pourtant, les deux ne semblent pas fondamentalement différents; l’empreinte est plus ponctuelle et dure un temps bien déterminé, les attachements sont multiples et font appel à une multitude de comportements des parents.

Toujours est-il que les expériences vécues par le jeune, au début de sa vie, vont déterminer ensuite une bonne part de son vécu social et des relations qu’il pourra entretenir et développer avec ses congénères.

← Article précédent: L’attachement : l’effet des premières expériences de la vie Article suivant: Le rôle de la socialité :


Laisser une réponse

Votre mail ne sera pas publié

Top articles de tout le site