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Les années 1980 : des approches qui se structurent

Vous êtes ici : » » Les années 1980 : des approches qui se structurent ; écrit le: 13 mai 2012 par abir modifié le 14 novembre 2014

Les années 1980 : des approches qui se structurent

Aux alentours de 1980, les nouvelles curiosités dans le domaine culturel se sont suffisamment étoffées pour commencer à se structurer. Dans les pays anglo-saxons, on en vient à parler de New Cultural Geography. Des évolutions analogues prennent place en France et dans d’autres pays.



La New Cultural Geography des pays de langue anglaise

Les efforts pour moderniser les approches de la géographie culturelle ont été précoces dans le monde anglo-saxon. David Sopher, formé par Sauer à Berkeley,renouvelle par exemple, dès les années 1960, l’étude de la géographie religieuse, et donne par la suite une vive impulsion aux recherches sur l’unité et la diversité culturelle des Indes (Sopher, 1967 ; 1980). Ses étudiants à l’université de Syracuse contribuent aussi à développer les nouvelles perspectives dans le courant des années 1970 et au début des années 1980 (Agnew et alii, 1984). Les chercheurs de l’université de Colombie Britannique tiennent également un grand rôle.

Les efforts pour dépasser ce niveau descriptif viennent de quelques fortes individualités, Denis Cosgrove en Angleterre (Cosgrove, 1984 ; Cosgrove et Daniels, 1988 ; Cosgrove et Jackson, 1989), James Duncan (1980 ; 1990) aux États-Unis, pour ne citer que les plus connus. Ils ne partagent pas les mêmes préoccupations, mais ont en commun de s’intéresser surtout aux représentations.

Un historien de la littérature marxiste, Raymond Williams, exerce sur eux une forte influence. La culture est pour lui un système de significations dont le but est de permettre le fonctionnement de la société globale (Williams, 1972). Les tenants de la nouvelle géographie culturelle le suivent sur ce point : ce qu’ils cherchent à comprendre, c’est l’interprétation symbolique que les groupes et les classes sociales donnent de l’environnement et les justifications esthétiques ou idéologiques qu’ils en proposent. Les travaux de Denis Cosgrove (1984) tournent ainsi autour de la manière dont l’aristocratie vénitienne du xvi et la gentry anglaise du xviii6 siècle ont conçu, modelé et perçu les paysages où elles vivaient pour asseoir la légitimité de leur pouvoir. James Duncan ( 1990 ; 1992) compare à un texte le paysage élaboré par la civilisation cinghalaise dans la ville de Kandy. Les sculptures, les détails d’architecture y apparaissent comme des citations, qui renvoient à des épisodes de la littérature sacrée que tous connaissent. Le paysage rappelle partout et à tous la foi bouddhique qui cimente la société. Le pouvoir qui finance ces aménagements en retire une légitimité accrue. Avec Peter Jackson (1989), l’orientation devient plus radicale : le géographe n’explore plus les divisions que la nature ou le réel imposent aux groupes humains ; il met en évidence les découpages que les hommes opèrent dans le continuum des milieux ou des sociétés.

Les chercheurs anglo-saxons ont pris conscience de la convergence de leurs efforts vers 1986 ou 1987. Ils se mettent alors à parler d’une New Cultural Geography. Celle-ci rompt avec les orientations anciennes de la discipline, et manifeste une vive curiosité pour la postmodernité, un thème qui devient alors à la mode. Le lancement de la revue Ecumene, dont le premier numéro est sorti au début de 1994, symbolise cette résurrection.

Quelques ouvrages illustrent la fécondité des nouvelles orientations. Les études i|u’Allan Pred consacre à la Suède sont sans doute les plus fascinantes (Pred, 1986 ; 1991) : la manière dont les habitants de la Scanie à la fin du xviii siècle, ou ceux de Stockholm au début du xx siècle, voyaient leur milieu, est restituée.

Le renouveau de la géographie culturelle en France

En France, le souci n’est pas de rompre à tout prix avec les travaux de la première moitié du XXe siècle, mais de les enrichir et de les intégrer dans une perspective plus globale.

Parallèlement aux interrogations sur le sens des lieux, la perception de l’espace et l’importance des témoignages littéraires qu’Armand Frémont incarne dans les années 1970, un travail de réflexion s’effectue qui permet d’élargir les cadres d’application des instruments traditionnels : en passant des genres de vie aux rôles et aux budgets-temps, on se donne le moyen d’aborder de manière synthétique les aspects matériels, les rythmes et les conceptions qui prévalent dans les sociétés industrialisées et urbanisées, comme on pouvait déjà le faire pour les sociétés traditionnelles (Claval, 1973 ; 1974 ; 1987).

L’intérêt pour les représentations se précise dans les années 1980. Joël Bonne- maison (1979 ; 1981 ; 1986 ; 1990-1991 ; 1992 ; 1999) s’attache aux gens de Tanna, au Vanuatu. Il explore leur mythologie : sans elle, impossible de comprendre comment l’espace est vécu et structuré dans de telles sociétés. Augustin Berque se penche sur la manière dont les Japonais vivent leur espace (1982) et conçoivent la nature (1986). L’urbanité japonaise est intimement liée à la forme que le lien social revêt dans l’archipel (1993).

La géographie culturelle à la française ne renonce pas à l’étude des aspects matériels de la culture (Trochet, 1993), mais elle le fait sous des angles nouveaux. Elle s’attache aux paysages (Roger, 1998 ; Pitte, 1983 ; Berque, 1990 ; 1995 ; Mondada et alii, 1993 ; Berque et alii, 1994), décrit les passions et les goûts des gens (Pitte, 1991), s’interroge à la spécificité des îles (Péron, 1993). Elle prend une dimension et hnogéographique (Claval et Singaravélou, 1995), et se penche sur les discours que les différentes cultures profèrent sur le monde. Elle s’interroge sur la nature des identités et sur le lien territorial (Raison, 1977 ; Badie, 1995 ; Piveteau, 1995). Elle analyse les audelàs auxquels les hommes se réfèrent et qui leur servent de modèles (Claval, 1984). En se rapprochant des humanités, c’est-à-dire des disciplines de l’expression et de la compréhension, les géographes découvrent l’intérêt des sources littéraires (Lévy, 1989 ; Chevalier, 1993).

La revue Géographie et Cultures, publiée depuis 1992, sert de forum à ceux que leur intérêt pour les faits de culture rassemble.
En mettant l’accent sur les processus culturels, les géographes français renouvellent l’approche culturelle sans rompre avec les acquis des périodes antérieures.

Le renouveau de l’approche culturelle dans d’autres pays

Le renouveau constaté dans le monde anglo-saxon et en France touche aussi les autres pays. En Allemagne, où le Landschaft continue à être un objet d’étude privilégié, la réflexion tire volontiers parti, à la manière de Benno Werlen (1997), des acquis de la phénoménologie.
Les géographes italiens explorent des directions variées. Us s’intéressent au rôle que les codes sémiologiques tiennent dans la culture (Farinelli, 1992). Angelo Turco (1999) se penche sur les mythes qui permettent aux Africains de l’Ouest de penser l’espace et les sociétés où ils vivent. C’est cependant autour de l’étude du paysage que se multiplient surtout les recherches, comme en témoignent les publications de Giuliana Andreotti (1994 ; 1996 ; 1997 ; 2001).

Les géographes japonais s’intéressent depuis longtemps aux formes traditionnelles de leur culture. Avec Minoru Senda, ils découvrent des pistes nouvelles (Senda, 1980 ; 1992). En Corée, Ryu (2000), qui tire son inspiration de la tradiation sauérienne, sait la moderniser pour l’adapter aux réalités de son pays.

En Amérique du Sud, le Brésil compte un noyau de recherche particulièrement actif dans le domaine culturel. L’analyse de la vie religieuse y tient une place de choix (Rosendahl, 1999)

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