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La géographie culturelle américaine : Cari Orlwin Sauer et l’école de Berkeley

Vous êtes ici : » » La géographie culturelle américaine : Cari Orlwin Sauer et l’école de Berkeley ; écrit le: 3 mai 2012 par abir modifié le 14 novembre 2014

La géographie culturelle américaine : Cari Orlwin Sauer et l’école de BerkeleyLa géographie culturelle américaine : Cari Orlwin Sauer et l'école de Berkeley

La  plupart des géographes allemands s’intéressaient, à travers leurs travaux sur les paysages, aux rapports entre culture et espace. Aux États-Unis, 1 école dominante de 1910 il la Seconde < Incite mondiale, celle du Middle West, les ignoraient tout à fait. Très soucieuse île rigueur, elle accordait beaucoup d’attention à la collecte des données et  aux représentations cartographiques. La légende des cartes américaines était souvent rédigée sous deux rubriques, nature et culture : la géographie culturelle se confondait ainsi avec la géographie humaine (Platt, 1952).

La géographie culturelle aurait été complètement négligée si elle n’avait été illustrée par Carl O.  Sauei (1889-1975), le fondateur de l’autre école américaine, celle de Berkeley. I .’essor de la géographie culturelle américaine commence ainsi trente ans après celui des premiers travaux allemands dans ce domaine (Spencer, 1978).



Cari O. Sauer

Cari O. Sauer voit le jour dans une petite communauté d’immigrants allemands installés dans le Missouri (sur sa vie et sur son œuvre, Sauer, 1974). Enfant, ses parents i envoient en pension dans la Forêt Noire : la langue et la pensée aile mandes lui sont dès lors familières. À l’université de Chicago, où il fait ses études, il apprend les méthodes de lever qui sont alors à la mode en géographie, el découvre les sciences naturelles, l’écologie végétale en particulier. Après avoir enseigné quelques années à l’université du Michigan, Cari O. Sauer devient en 1922 professeur à l’université de Californie à Berkeley. Il y exerce jusqu’à sa retraite en 1957, et y meurt en 1975.
A Berkeley, Cari O. Sauer se lie avec un collègue anthropologue, A.L. Kroeber, i|iii lui fait découvrir les Indiens du Sud-Ouest des États-Unis. Il consacre désormais l’essentiel de ses recherches de terrain aux populations indiennes du Sud- ( hiest des États-Unis et au Mexique pré-colombien ou colonial. Sauer se montre critique à l’égard des civilisations modernes, qu’il trouve desséchantes sur le plan humain, et indifférentes à la nature.

Cari O. Sauer connaît parfaitement les orientations prises par la discipline aux l’Etas-Unis et en Allemagne, et cite volontiers les recherches françaises ou italiennes (Sauer, 1927). En 1925, il consacre un article à l’état de la géographie.
Il y présente la conception qu’il se fait de la discipline : celle-ci doit se consacrer il la morphologie du paysage. La géographie se limite à ce qui est lisible à la surface de la terre.
La fréquentation des écologistes a appris à Sauer que le paysage est fait en partie de matière vivante. Les hommes agissent sur lui en construisant des maisons, en traçant des routes, en dessinant des champs et en les entourant de clôtures. Ils le transforment surtout par leur action sur la végétation et sur le inonde animal. Les préoccupations de Sauer rejoignent, de ce point de vue, celles d’Eduard Hahn. Il s’intéresse aux origines de l’agriculture et leur consacre des éludes importantes (Sauer, 1952).
Sauer oriente la recherche en géographie culturelle vers quelques points précis : comment les groupes agissent-ils sur le couvert végétal naturel et le transforment- ils ? Est-ce par le feu, par la dépaissance des troupeaux, par l’incendie et la mise en culture suivie d’un retour à la friche et à la forêt ? Quelles sont les espèces dont les gens tirent parti par la cueillette ? Quelles sont celles qu’ils cultivent ? Quels sont les animaux qu’ils chassent et ceux qu’ils élèvent ? Pour faire de la géographie culturelle à la manière de Cari O. Sauer, il convient d’avoir une solide formation de naturaliste de botaniste pour le moins.

Comme ses contemporains, Sauer voit d’abord dans la culture l’ensemble d’outils et d’artefacts qui permet à l’homme d’agir sur le monde extérieur, mais il va plus loin qu’eux : la culture est aussi composée des complexes vivants que les sociétés ont appris à mobiliser pour modifier l’environnement naturel et le rendre moins hostile à l’homme et plus productif. Ces transformations ne sont pas innocentes. Lorsqu’elles sont conduites sans prudence, elles menacent l’équilibre naturel, et conduisent a des catastrophes écologiques. L’aptitude à gérer avec sagesse l’environnement est pour Sauer un des traits majeurs selon lesquels les cultures doivent être jugées. S’il n’aime pas la société américaine de son temps, c’est à cause de sa brutalité à l’égartl de la nature et des gaspillages qu’elle tolère et favorise.
Parmi les processus culturels, Sauer donne la première place à la diffusion, comme c’était le cas depuis Ratzel chez la plupart des chercheurs allemands.

Les travaux de l’école de Berkeley et leur signification

Les travaux de l’école de Sauer portent surtout sur les sociétés d’ethnologues du monde américain, ou sur les grandes civilisations traditionnelles. La marque que les groupes humains impriment aux paysages dure souvent bien longtemps après qu’ils ont disparu ou modifié totalement leurs méthodes de mise en valeur. L’école de Berkeley peut ainsi reconstituer ce qu’était l’Amérique à la veille de la découverte : l’évaluation des populations pré-colombiennes s’en trouve revue à la
hausse (Denevan, 1977).

La géographie culturelle telle que la définit Sauer n’est pas faite pour les sociétés modernes. Les élèves de Sauer qui s’intéressent à l’Amérique du Nord, comme Fred B. Kniffen (1965), s’attachent à la diversité de l’habitat et des pratiques agricoles des premiers colons.
Les chercheurs de l’école de Berkeley ne retiennent que deux facettes des sociétés industrialisées : la manière dont elles ont détruit l’environnement naturel où elles se sont développées, et le cortège de plantes et d’animaux dont elles s’entourent. Andrew Clark (1949) écrit ainsi l’histoire passionnante de la destruction de la plupart des associations naturelles dans l’île du Sud de la Nouvelle Zélande, et l’invasion des plantes et des animaux que les colons ont apportés d’Europe, des Etats-Unis ou d’Australie. Les parcs et les jardins qui font le charme de la Côte-d’Azur son peuplés de cactées d’origine mexicaine, de mimosas australiens, de pins californiens, de géraniums et pélargoniums importés d’Afrique du Sud, d’agrumes issus de Chine du Sud, etc (Gade (1976).

Dès les années 1930, une inquiétude écologique déjà très moderne est sensible chez Sauer et chez ses élèves. C’est sans doute par là que les orientations données à la géographie culturelle par l’école de Berkeley demeurent les plus actuelles.

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