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Les lieux du fleuve : Estuaires et deltas

Vous êtes ici : » » Les lieux du fleuve : Estuaires et deltas ; écrit le: 9 mars 2012 par tayechi modifié le 17 novembre 2014

Estuaires et deltasLes lieux du fleuve : Estuaires et deltas

Le contact des courants fluviaux et du niveau de base marin se traduit à la fois par un brassage des eaux douces et salées et par le dépôt des sédiments en suspension ou constituant la charge de fond. Ces matériaux seront éventuellement remaniés par les vagues et les courants marins.

Simultanément, le passage des eaux douces aux eaux salées provoque la floculation plus ou moins rapide des substances dissoutes. La transition d’un milieu à l’autre n’est jamais stable : les fleuves les plus puissants ou les périodes de hautes eaux refoulent les eaux salées vers le large. Inversement, les débits faibles ou les étiages introduisent une stratification au terme de laquelle les eaux douces coulant en surface surmontent une langue salée qui remonte d’autant plus vers l’amont que le débit est faible et la pente pratiquement inexistante.



Les interférences complexes entre milieux fluviatiles et marins donnent naissance selon leur équilibre, soit à des estuaires soit à des deltas, le passage d’un type à l’autre n’étant pas toujours évident. À titre d’exemple, le Saint-Laurent réunit toutes les caractéristiques qui contrôlent à la fois l’hydrodynamique et la morpho dynamique estuariennes : la faiblesse des apports terrigènes, consécutive à la décantation des eaux dans les lacs ; la profondeur du chenal qui peut être assimilé à un fjord arctique ; la force des courants de marée avec un marnage de 5 m au niveau de l’île d’Orléans.

En fonction de ces données, les hydrologues québécois distinguent l’estuaire fluvial qui court du lac Saint-Pierre à l’île d’Orléans (160 km), avec une largeur de plusieurs kilomètres et une profondeur excédant souvent la vingtaine de mètres ; ses eaux sont douces, mais le courant est freiné ou accéléré selon le rythme de la marée ; de l’île d’Orléans à l’embouchure du Saguenay (195 km), le mélange des eaux douces et salées se traduit par une augmentation du débit de 12 200 à 90 000 m3/s à marée descendante, cependant que la largeur du lit passe de 10 à 20 km, et que le mélange des eaux douces et salées génère la floculation de la charge dissoute, ce qui accroît la turbidité des eaux ; de Montmagny à la pointe de Monts (300 km) l’estuaire maritime se dilate jusqu’à une largeur de 50 km avec des fonds de plus de 300 m mais une salinité encore inférieure à celle de F Atlantique ; le mélange des eaux et l’uniformisation de la salinité ne se font que très progressivement dans le golfe du Saint-Laurent, avec de fortes variations saisonnières, les hautes eaux fluviales de printemps ne se fondant que très progressivement dans les eaux océaniques.

Substrat morphologique, courants de marée et faiblesse de la charge terrigène suffisent donc à rendre compte de la logique estuarienne. Ajoutons cependant que beaucoup d’estuaires sont encombrés par des îles et des bancs de sables dont h bathymétrie révèle l’existence d’un delta immergé. Le cas de l’estuaire ligérien constitue un modèle du genre, d’autant qu’il est obstrué par un « bouchon vaseux » résultant de la conjonction entre floculation et rejets anthropiques. Ce bouchon monte et descend au gré de la marée entre les atterrages de Saint- Nazaire (pointe de l’Aiguillon) et Ancenis qui se trouve à près de 50 km en imont de Nantes. Ce bouchon n’est chassé vers le large que lors des grandes crues et il se reconstitue progressivement après leur passage. Il en va de même pour bien d’autres fleuves.

Le changement de valeur des composantes détermine pour partie le passage des estuaires aux deltas1 : aux courants de marée forts répondent de faibles marnages ou même l’absence de marée dans les mers semi-continentales comme ‘a Méditerranée ; aux fonds sur creusés ou aux flexures continentales accentuées, répondent des fonds marins faiblement inclinés sur lesquels les alluvions fluviales peuvent se déposer et progresser vers le large ; aux faibles charges sédimentaires répondent des surcharges ; il n’est pas jusqu’aux courants littoraux et aux vagues qui ne modèlent le front du delta

Formes composites, les deltas associent de façon générale deux types de milieux : vers l’amont prédominent les influences fluviatiles et continentales, bras multiples s’ordonnant autour d’un point d’osculation ou apex, bourrelets alluviaux qui surélèvent progressivement le lit fluvial et provoquent des défluviations, sédiments limoneux ou argileux qui colmatent lentement les zones en creux délimitées par les bourrelets alluviaux anciens ou fonctionnels ; vers l’aval, ce sont les forces et formes marines qui modèlent des paysages où dominent les cordons littoraux et les bas fonds sableux enserrant des nappes d’eau peu profondes dont la salinité croît progressivement d’amont en aval.

Ce canevas général accepte de multiples variantes dont la plus remarquable est la taille du delta : aux 1 700 km2 de la Camargue qui sert de référence au lectorat français, il convient d’opposer les 110 000 km2 du complexe Gange – Brahmapoutre-Meghna ou les 93 000 km2 du Mékong, voire les 30 000 km2 du Mississippi. D’autres critères permettent d’opposer les deltas en voie d’accroissement sur tout leur front comme celui du Huang-He, aux deltas qui ne progressent que par une ou plusieurs de leurs branches comme celui du Mississippi et aux deltas menacés de recul comme l’est actuellement (mais pour des causes d’origine anthropique) celui du Nil. On peut également opposer les deltas à dominante terrigène et les deltas surbaissés envahis par les eaux tant douces que salées, la référence étant alors le delta du Danube.

À noter enfin que la végétation peut jouer un rôle considérable dans la morpho dynamique deltaïque. C’est, en particulier, le cas de la mangrove tropicale, composée pour l’essentiel de palétuviers qui prolifèrent sur le front maritime et dont les racines émergentes fixent la vase et facilitent l’atterrissement de la charge sédimentaire. Mais, de façon générale, la caractéristique fondamentale des deltas est leur instabilité : il suffit d’un léger relèvement du niveau marin ou d’une faible subsidence provoquée par la surcharge sédimentaire, ou encore d’une modification de cette charge sédimentaire pour modifier radicalement l’aire deltaïque. À cela s’ajoute le jeu des défluviations successives qui peuvent faire glisser le delta d’une zone active à une autre, de sorte qu’une partie ancienne du delta est détruite tandis qu’une autre se construit : on ne dénombre pas moins de six deltas juxtaposés ou superposés dans le complexe du bas Mississippi ; le plus ancien correspondant à la baie d’Atchafalaya est en voie de réduction alors que le plus récent Balize) progresse vers le large.

L’accumulation sur place de masses considérables de sédiments que les eaux marines ne balayent pas totalement peut provoquer, entre autres conséquences, une déformation de l’écorce terrestre au niveau de la flexure marquant le passage de la plate-forme continentale aux fonds océaniques. Ce processus fait que le delta s’enfonce sur place, enfouissant sous son poids des sédiments qui sont pour partie d’origine organique. Leur décomposition est à l’origine de formations pétrolifères qui se retrouvent sur de nombreux deltas, qu’il s’agisse de deltas fossiles et submergés comme celui du Rhin ou de deltas actifs comme ceux du Mississippi ou du Niger.

Au-delà de ces multiples nuances, il convient d’observer que les deltas, milieux plans, inachevés, instables, se prêtent de façon toute particulière aux travaux d’aménagement, alors que leur spécificité biologique appellerait au contraire des mesures de protection.

Des zones humides aux biocénoses fluviales

Les zones humides ne constituent pas une forme spécifique mais sont associées à toutes les formes fluviales, des sources aux estuaires. Elles sont définies dans le cadre de la convention de Ramsar  comme les zones de marais, de marécages, tourbières ou eaux libres, qu’elles soient naturelles ou artificielles, permanentes ou temporaires, que l’eau soit Stagnante ou courante, douce, saumâtre ou alée. Elles incluent donc les marges fluviales.

Longtemps sous-évalué, leur rôle s’avère pourtant essentiel sur de nombreux registres à commencer par celui de l’hydrologie, puisque les marais, tourbières et faux-bras stockent les précipitations et régularisent le transfert de celles-ci vers les chenaux d’écoulement : elles amortissent donc les crues et soutiennent les etiages, ce qui revient à dire que toute réduction de ces zones, toute résection des bras morts, tout assèchement des marais amplifie les débits extrêmes. La propagation des crues est plus rapide et leur pic (débit maximum) est plus accentué.

Au plan de la biologie, ces zones jouent un rôle de filtre et facilitent l’oxygénation de l’eau. Elles multiplient les zones de contact entre des biotopes* de nature différente et sont donc le lieu d’échanges intenses ou écotones*. Elles constituent l’essentiel des frayères et des zones de nidification d’Avifaune. Les forêts alluviales ou ripisylves, jouent un rôle de filtre analogue en période de hautes eaux et contribuent à la stabilisation des berges.

Cette forte productivité inclut également des gîtes d’anophèles et les zones humides ont longtemps été considérées comme des zones malsaines qu’il convenait d’assainir par drainage et assèchement. La prise en compte de leur intérêt dans le cadre législatif est récente mais leur superficie tend à se réduire inexorablement : toute source est sujette à captage, tout marais peut être transformé en terre arable, tout delta se prête aux grands aménagements hydro-agricoles et tout grand estuaire attire infailliblement des zones industrialo-portuaires.

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