Du temps sacré au temps profane : L’éternité est elle ennuyeuse ?

> > Du temps sacré au temps profane : L’éternité est elle ennuyeuse ? ; écrit le: 14 juillet 2013 par imen modifié le 7 novembre 2014

L’éternité est elle ennuyeuse ?

D’autres notions nouvelles vont apparaître avec les grandes religions, comme celle de l’éternité, liée au temps linéaire, pour les chrétiens. Mais il n’y a pas de durée dans la théologie musulmane, dit Louis Massignon, seulement des instants qui n’ont même pas un mode de succession nécessaire. Ces suites d’instants, discontinues, peuvent être réversibles s’il plaît à Dieu qui seul est permanent. La preuve de Dieu est le change­ment de ce qui n’est pas Lui. Pour les premiers chrétiens, l’éter­nité n’est pas une absence de temps, comme pour les Grecs, mais l’expansion jusqu’à l’infini de ce temps, qui n’a plus de limites pour ceux qui se plient aux directives de l’Eglise. Les philosophes classiques diront plus tard que l’éternité est un pré­sent stable à jamais, permanent, éternel, un « pur maintenant ». Mais, malgré des raisonnements acrobatiques, ils n’en dédui­ront pas que l’éternité nie le temps. Les philosophes modernes résolvent le problème de façon plus simple en disant que l’éter­nité n’est qu’un mythe et qu’elle ne mérite pas qu’on lui consacre beaucoup d’efforts de réflexion.
Plusieurs humoristes, dont le cinéaste Woody Allen, se dis­putent la paternité de la phrase célèbre : l’éternité, c’est long, surtout à la fin ! On raconte qu’un moine, aux temps jadis, se demanda si l’on ne s’ennuyait pas un peu dans l’éternité. Dieu l’entendit et décida de lui donner une leçon. Ce moine partit un matin dans la forêt et là il entendit un oiseau chanter de façon si merveilleuse qu’il le suivit dans les fourrés, oubliant le temps. Quand il revint au couvent, c’est un inconnu qui lui ouvrit et personne ne le reconnut. Un très vieux moine se souvint qu’étant enfant, il avait entendu parler de lui. Il était resté près d’un siècle subjugué par le chant de l’oiseau. Une autre légende raconte que la vierge, étonnée et ravie de voir un moine plongé dans une sainte extase, lui concède la grâce de la faire durer cent ans. A son réveil, lui non plus ne reconnaît personne autour de lui.
Les religions monothéistes ont donc créé de nouveaux liens entre le sacré et le temps. Elles ont constitué un lien continu entre les divers événements religieux, qui ont été répartis de façon stricte et répétitive dans le temps profane, lequel est par conséquent devenu socialement assujetti au temps religieux. La religion a ainsi sacralisé le temps, elle a placé le sacré dans un temps linéaire et irréversible. Dieu est le maître de l’irréversibi­lité, et la durée infinie du temps religieux se substitue à celle, limitée, du temps profane. « Il n’est qu’un autre ordre de phéno­mènes qui puisse évoquer la même durée, dit encore Maurice Hallwachs. Ce sont les représentations de la nature. Il est remarquable qu’un grand nombre de religions se soient coulées dans le moule des variations saisonnières, que l’alternance de leurs cérémonies et de leurs fêtes reproduise celle des aspects successifs de la terre et du ciel […] Le dogme, comme le culte, n’a pas d’âge. Il imite, dans le monde changeant de la durée, l’éternité et !’immuabilité de Dieu. L’Eglise se répète indéfini­ment. » Le temps des traditions religieuses n’est pas hors du temps, mais se rapporte à un temps détaché de celui dans lequel vivent les hommes. Les actes religieux symbolisent l’éternité par leur côté immuable comme par leur répétition indéfinie. La répétition est une négation du temps. C’est le signe d’un non temps.

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