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La compétition : Le partage de l’espace par les espèces affines

Vous êtes ici : » » La compétition : Le partage de l’espace par les espèces affines ; écrit le: 28 juin 2013 par imen modifié le 11 novembre 2014

Le partage de l’espace par les espèces affines1

La compétition peut permettre d’expliquer comment des espèces écologiquement proches (dites espèces affines) cohabitent dans le même milieu. Nous allons illustrer notre propos par deux exemples empruntés encore une fois aux oiseaux si le lecteur veut bien excuser l’omniprésence de cette classe dans cet ouvrage.
Le premier exemple concerne les mésanges européennes du genre Parus . Six espèces habitent l’Europe, il s’agit des Mésanges charbonnière (Parus major), bleue (P. caeruleus), noire (P. ater), huppée (P. cristatus), nonnette (P. palustris) et boréale (P. montanus). Pour la répartition et l’écologie précise de ces espèces on pourra se reporter à Géroudet (1982). Ces six espèces ont en commun d’être des insectivores des habitats forestiers. Cependant, si les Mésanges bleue et charbonnière sont répandues dans toutes les zones boisées décidues et dans les habitats sempervirens méditerranéens, la Mésange huppée exploite seulement les forêts de conifères. La Mésange noire pour sa part se rencontre dans les forêts de conifères et certains boisements décidus (hêtraie), la Mésange nonnette dans les boisements décidus septentrionaux et la Mésange boréale est typique du mélèzin alpin et des saulaies humides de l’Europe Centrale et du Nord. On a donc une première séparation par l’habitat. On constate enfin que les espèces qui cohabitent dans un même milieu ne recherchent pas leur nourriture sur les mêmes microsites, certaines espèces recherchant leur nourriture plutôt au sol, d’autres sur les troncs ou sur les branches, comme le montre le tableau ci- dessous réalisé à partir de données obtenues dans un bois près d’Oxford (GB). Pour chacune des cinq espèces de mésanges présentes dans le milieu, on fait figurer le temps passé (exprimé en pourcentage du temps total d’observation) à la recherche de nourriture dans différents micro sites (d’après Lack 1971).L’amplitude de la niche de chaque espèce est assez large et l’on peut, en conséquence, rencontrer plusieurs espèces dans le même milieu. Chaque espèce possède cependant un optimum qui est distinct de l’optimum des autres espèces. On a là aussi l’impression que chaque espèce occupe une niche particulière, correspondant à une gamme de hauteur de la végétation dont elle exclut les autres espèces. On peut alors se demander ce qui empêche une de ces espèces d’élargir son habitat. Là encore on suppose que c’est la compétition interspécifique qui est en cause.
Ce dernier exemple est également intéressant d’un autre point de vue. En effet, on constate que de ces six espèces, seule la dernière n’est pas une espèce « méditerranéenne ». Nous sortons là de notre sujet mais ce point est trop important pour ne pas être signalé. Le long d’une succession écologique en région méditerranéenne, les espèces d’oiseaux à répartition strictement méditerranéenne sont confinées aux premiers stades de la succession. Toutes les espèces du stade forestier se retrouvent aussi dans une forêt du nord de l’Europe et ce stade terminal de la série est particulièrement banal pour un ornithologue nord-européen. Cette caractéristique ne se limite d’ailleurs pas aux seuls oiseaux. C’est en effet dans les stades dits dégradés de la succession que les botanistes chercheront les Orchidées caractéristiques de la région méditerranéenne. Sans vouloir discuter de la signification biogéographique de ces répartitions que l’on trouvera dans Blondel (1995) et dans Blondel & Farré (1988), notons tout de même deux points importants qui en découlent. Tout d’abord, si ces espèces méditerranéennes sont confinées aux milieux dits dégradés c’est qu’elles y ont fait leur spéciation et donc que de tels milieux ont toujours existé en région méditerranéenne. La notion de sylve originelle détruite par l’homme que l’on peut lire de temps en temps doit donc être revue.2 Ensuite, du point de vue de la protection, les milieux les plus intéressants d’un point de vue biologique sont justement ces stades dits dégradés qui doivent donc être sauvegardés.

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