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La constituation de l’univers instrumental

Vous êtes ici : » » La constituation de l’univers instrumental ; écrit le: 9 mai 2012 par Samouha modifié le 14 novembre 2014

La constitution de l’univers instrumentalLa constituation de l'univers instrumental

Les autres technologies n’ont pas de traduction spatiale aussi directe que l’agriculture ou la construction. Elles intéressent cependant la géographie, puisque ce sont elles qui produisent les outils indispensables pour retourner la terre, battre et moudre les grains, tailler la pierre ou raboter le bois (Mauss, 1947 ; Daumas, l’ifi.’ 1968 ; Parain, 1979). L’homme agit sur les produits organiques ou sur les matières premières d’origine minérale en leur imposant des transformations chimiques ou en les modifiant par application d’une énergie mécanique qui vient de lui, ou qu’il dirige et contrôle.

Le travail des corps solides

On ne peut modifier la forme d’un corps solide et rigide qu’en le faisant éclater l’érodant, en le perforant ou en le creusant (Leroi-Gourhan, 1943-1945). La procédure générale est simple : on tient la matière à transformer et on l’attaque avec un corps dur. L’impact peut être ponctuel, linéaire ou porter sur une surface plus ou moins large. La précision est plus grande lorsqu’on est sûr de frapper au lieu visé : c’est la percussion posée, celle du couteau, du rabot ou de la scie, alors que la percussion lancée, celle du marteau ou de la hache, qui permet de déployer plus de force, s’applique sur une zone plus que sur un point ou une ligne. La percussion posée avec percuteur combine la précision de la première méthode et la puissance de la seconde : le tailleur de pierre pose son ciseau à l’endroit qu’il veut entamer et le frappe énergiquement avec sa masse. La transformation du mouvement linéaire en mouvement circulaire permet de concentrer l’énergie sur un axe et d’agir ainsi à la fois par pression et arrachement latéral — c’est la procédure normale du percement. A partir de ces mouvements élémentaires, on peut tailler, découper, inciser, percer et polir, c’est-à-dire donner à la matière la forme et l’état de surface que l’on désire.



Sur les solides stables mais résistants, la pierre par exemple, le nombre des transformations possibles est réduit. Les corps moins résistants se travaillent plus aisément et se pénètrent en profondeur : on creuse des rainures dans le métal, on l’excave. Dans les corps fibreux, le bois par exemple, l’action s’inscrit de préférence dans le sens du matériau.

Les solides plastiques de faible résistance, la terre par exemple, sont susceptibles d’être émiettés, aérés ou tassés à partir d’outils de percussion spécifiques, houe, pelle, bêche, araire ou charrue. Lorsque les produits obtenus contiennent une phase fine indésirable, un courant d’eau ou un courant d’air en assure le tri et l’élimine.
Les matières plastiques, l’argile en particulier, se malaxent et se façonnent aisément. L’usage du tour facilite l’élaboration des formes lorsqu’elles sont de révolution.

Par enchevêtrage de leurs filaments, les solides souples, c’est-à-dire les fibres, se prêtent à la fabrication de surfaces résistantes, perméables à l’eau et à l’air, et qui peuvent prendre toute les formes : les fibres végétales donnent les papiers, et les poils, des feutres. Lorsque les filaments sont rassemblées et tordus, on obtient des fils. Il est possible de les entrecroiser : c’est ce que fait le tisserand. Le vannier se livre à des opérations analogues, mais à partir de pailles ou de brins d’osiers.

Les transformations de la matière

Les propriétés (résistance, élasticité, état de surface) des matières que l’on veut utiliser pour fabriquer des objets ou des outils se modifient sous l’action de la chaleur : les métaux fondent, les argiles se transforment en produits céramiques. Entre des corps mélangés, des réactions chimiques s’opèrent : les minerais sont réduits, donnant naissance à des métaux que l’on peut mouler lorsqu’ils sont en fusion. La gamme des matières à la disposition des hommes s’allonge ainsi sans cesse.

Avant d’atteindre leur point de fusion, certains métaux deviennent malléables, et peuvent se souder. Les déformations qu’on leur impose lorsqu’ils sont au rouge subsistent après refroidissement. Les possibilités de soudure facilitent la confection de volumes complexes.
Les procédures qui débouchent ainsi sur la mise au point de matières transformées reposent sur la maîtrise des hautes températures et sur la connaissance des réactions chimiques.

Outils et machines

Les outils qui donnent aux gestes humains toute leur efficacité peuvent être combinés entre eux pour donner naissance à une machine : la sagaie est un outil, l’arc, qui est fait d’un bois tendu par une corde et permet de tirer une flèche, est une machine.

Lorsqu’un artisan fabrique un outil, il le modèle pour lui permettre de frapper, de diviser, de perforer etc. : il a en tête la forme qu’il doit obtenir. Celle-ci est commandée par l’utilisation que l’on veut en faire : elle est fonctionnelle. Mais au sein d’une même famille de formes, des fluctuations légères ne compromettent pas l’usage désiré et donnent des lignes plus harmonieuses. L’objet revêt ainsi, par sa beauté et son ornementation, une dimension esthétique.

À partir du moment où des pièces élémentaires sont assemblées pour former une machine, la gamme des combinaisons s’élargit à l’infini. Plusieurs solutions sont envisageables pour le même problème. Un exemple : pour labourer, l’araire est ainsi tantôt chambige, tantôt manche-sep, tantôt dental (Haudricourt et J.- Brunhes-Delamarre, 1955). Il ouvre la terre, mais ne la retourne pas. La charrue la fend de la même manière, mais dispose d’un versoir qui couche le sol que le soc vient de séparer.

On arrive, à force d’ingéniosité, à faire faire à peu près la même chose à une araire chambige ou à une charrue : le schème mental guide le technicien en lui fournissant une grammaire de formes qu’il peut faire varier dans le détail, mais assemble toujours selon le même plan général.

Jenn-René Trochet rappelle l’étrange coïncidence, depuis la Gascogne jusqu’à la vallée du Rhône, de la limite septentrionale de l’usage de l’araire chambige et des parlers de langue d’oc (1993, 35 et carte 14, pour le Bourbonnais ; Haudricourt et Jean-Brunhes Delamarre, 1955). De part et d’autre de cette limite, les constructeurs d’instruments aratoires avaient à adapter leurs instruments aux conditions locales. Ils y parvenaient à partir des deux modèles que constituaient la charrue, dans les pays de langue d’oïl, et l’araire chambige, dans les pays de langue d’oc ; les performances des deux familles de solutions étaient suffisamment proches pour qu’on n’éprouve pus le besoin d’imiter ce qui se faisait dans l’autre aire linguistique.

Dans la partie méridionale de la France, au sud d’une ligne Bordeaux-Valence, les moulins à eau avaient des roues horizontales, alors que les roues verticales étaient généralisées partout ailleurs, à l’exception du Finistère. Il s’agissait là aussi de grammaires de formes différentes, mais à partir desquelles les artisans arrivaient à satisfaire tous les besoins (Trochet, 1993, 36 ).

Les fondements techniques des grandes aires de civilisation traditionnelles

Les grandes civilisations de l’Ancien Monde, du Japon ou de l’Indonésie à la Méditerranée et à l’Europe occidentale, doivent à l’existence de relations anciennes de partager un certain nombre de techniques : utilisation de la traction animale, de l’araire ou de la charrue, et de la roue. Elles diffèrent par les céréales sur lesquelles elles reposent et par leurs techniques de construction.

Les civilisations africaines au Sud du Sahara ignorent l’utilisation de la traction animale et de l’araire ou de la charrue — exception faite des hautes terres d’Éthiopie. La préparation des terres agricoles se fait surtout à la houe ; faute de systèmes efficaces de restitutions, de longues jachères herbacées (dans la savane) ou forestières sont nécessaires. L’alimentation repose sur des céréales (millet, sorgho, tef éthiopien, riz), des racines (ignames en particulier, et depuis le xvie siècle, manioc) ou des fruits (banane plantain de la forêt ou pseudo-banane ensat de l’Oromo, en Ethiopie). L’élevage tient une grande place là où la mouche tsé-tsé ne l’exclut pas, mais il n’est pas associé à l’agriculture. La fabrication des outils et des armes de fer est généralement aux mains de castes spécialisées ; la gamme des outils proposés est réduite. Les constructions sont en matière végétale ou en terre. Les transports n’utilisent pas la roue.

Les civilisations précolombiennes ne disposaient ni d’animaux de traits, ni de char¬rues ou araires, et elles ignoraient le roulage. L’efficacité de l’agriculture à la houe qu’elles pratiquaient était liée à quelques plantes, le mais, la pomme de terre et le manioc. L’amarante fournissait, dans les zones de forte densité, une partie des protéines nécessaires. La métallurgie était inconnue, ce qui limitait l’outillage.

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