Le temps : Une conception magique

> > Le temps : Une conception magique ; écrit le: 13 juillet 2013 par imen modifié le 10 novembre 2014

La notion de temps réapparaît dans la plupart de ces groupes, à l’occasion des grandes fêtes rituelles, très importantes socia­lement, et à l’occasion desquelles il faut réunir, à un moment précis, tous les éléments et tous les acteurs de cette fête, ce qui réclame une bonne coordination dans le temps. Réussir une fête, c’est être capable de synchroniser le temps et l’espace des hommes, des nourritures et des parures. Pour les Orokaïva, le temps ne se matérialise que dans l’activité sociale la plus importante, celle des rituels liés au culte des ancêtres, qui donnent leur sens à la société.
Le temps, comme l’espace, n’existent donc souvent, dans les populations dites « primitives » que dans le cadre d’une conception religieuse ou magique. L’idée que nous nous faisons du temps est étroitement liée à celle de causalité, qui veut qu’un phénomène découle d’un autre, que les faits de la vie quoti­dienne soient enchaînés entre eux par des liens étroits. Mais il existe, aujourd’hui encore, des hommes qui ne voient pas les choses d’un même regard. Pour eux, la relation entre cause et effet n’est pas inéluctable : le hasard, l’intervention de forces obscures et mystérieuses, sont des éléments bien plus impor­tants. Quelle notion du temps peuvent avoir ces populations ? Elle a toutes chances d’être floue et mal définie, et exclure une vision claire du passé comme de l’avenir. Pour les Arapesh de Nouvelle-Guinée, étudiés par l’anthropologue américaine Margaret Mead, il n’existe d’autre passé que celui incarné dans les vieillards et, sous une forme rajeunie, dans les enfants et les enfants de leurs enfants. Us ne font pas de différence entre les coutumes anciennes et celles récemment acquises. Leur passé semble appartenir à l’éternité, et les rochers, les arbres témoignent que ce passé est inchangé. De nos jours, des communautés qui vivent en circuit fermé, comme les Amish, aux Etats-Unis, ou les Sikhs aux Indes, ont la même notion d’intemporalité. Les enfants sont élevés dans le sentiment que l’existence de leurs parents et de leurs grands-parents préfigure le cours de la leur. Ils vivront de la même manière. Le temps, pour eux, est figé dans des traditions inamovibles. Briser ce tabou serait rompre avec la culture du groupe.

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