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Le temps est d’abord celui de la nature

Vous êtes ici : » » Le temps est d’abord celui de la nature ; écrit le: 13 juillet 2013 par imen modifié le 10 novembre 2014

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Citoyens de la terre

Il existe encore dans le monde beaucoup de populations, qui ne connaissent comme éléments du temps qui passe que ceux qui correspondent à la durée nécessaire pour effectuer des activités essentielles à la vie quotidienne du groupe, comme la quête de nourriture, les fêtes rituelles, les déplacements. Mais ils ne disposent pas de mot pour théoriser ces moments importants de l’existence de la tribu, pour eux, le temps, en tant que tel, n’existe donc pas, ils n’ont souvent pas de terme pour désigner le passé, le présent ou le futur, pas plus nue pour nommer les jours de la semaine ou les mois. Ils ne savent pas ce que c’est d’arriver à l’heure et l’attente est pour eux une notion normale, liée naturellement a la chasse. Ils font difficilement la différence entre le passé proche et le passé lointain.
Mais le déroulement cyclique du temps est, malgré tout, un élément bien intégré dans leur existence. Si ce n est que, pour nombre de ces populations, ce déroulement n’apparait  pas nécessairement régulier. Il serait même souvent discontinu, à l’ image de ce qui se passe dans la nature où le rythme des événements – la pluie, la sécheresse, les soubresauts de la terre – n’est pas obligatoirement  régulier. Les Bushmen africains distinguent tantôt trois, tantôt quatre saisons, d’après la façon plus ou moins facile dont ils obtiennent leur nourriture. Le total fait une année, mais ils ne possèdent pas, dans leur esprit, cette notion abstraite d’année – ce qui fait qu’ils ne connaissent pas leur âge. Chez les Mayas, le temps était aussi cyclique : il était fait d’une suite infinie de périodes de destraction et de recréation, liées à celles de la nature. Les Eskimos du Grand Nord canadien ne disposant que d’un calendrier lunaire, l’année n’existe pas pour eux, et les jours s’écoulent suivant un rythme variable, qui déroute l’observateur occidental.
Les Nuer du Soudan, étudiés par l’ethnologue Evans-pritchard, ne Connaissent comme temps que celui lié à leurs activités. Le temps n’a pas la même valeur tout au long de l’année car les activités sont différentes et n’ont pas la même durée pendant la saison sèche et la saison humide. Ils estiment, certes, la façon dont les jours passent, mais ils ont du mal à évoquer un fait qui s’est passé après plusieurs « sommeils ». Pour parler d’un événement qui aura lieu dans quelques jours, ils font référence aux phases de la Lune. Ils l’utilisent guère de mots pour parler des divisions de la journée, qui sont irrégulières : on trouve autant ce repères pour les moments situés entre 4 et 6 heures du matin que pour le reste de la journée, car c’est pendant ce temps qu’ils ont des activités nombreuses et importantes, comme préparer un voyage, attacher les animaux, chasser la gazelle, prévoir les repas de la journée.
Les repères du temps sont d’autant plus nombreux et plus précis que les activités doivent être coordonnées et effectuées en coopération. Les Nuer ne possèdent aucun mot pour dési­gner le temps dans leur langue, ils ne savent pas en parler comme quelque chose de réel, que l’on peut perdre ou gagner. Ils ne comptent pas les heures, ne datent pas les années. Ils se repèrent dans le passé par rapport à des événements marquants, un mariage ou une épidémie, et donnent aux années le nom de ces événements, sans jamais remonter très loin, une cinquan­taine d’années tout au plus – au delà commence le temps des mythes. Ils se réfèrent aussi à des classes d’âge, mais cela ne va pas non plus très loin, car il n’y a jamais plus de cinq ou six classes d’âge à coexister ou dont on puisse aisément se souve­nir. Après cinq ou six générations, les noms des ancêtres sont oubliés.
Les Mursis d’Éthiopie divisent l’année en cycles de climat et de culture, ainsi qu’en cycles lunaires, qui sont tantôt douze, tan­tôt treize. Le temps est, pour eux, une affaire de consensus social : c’est ce sur quoi l’ensemble du groupe s’accorde, plutôt que quelque chose d’extérieur, qu’il importe de mesurer. Le seul vrai repère qu’ils possèdent résulte de l’observation de la dispo­sition de certaines constellations qui annoncent les crues de la rivière Omo, très importantes pour la culture. Ils ne connaissent
Les Aïnous, qui forment une étrange population du nord du Japon, la plus archaïque sans doute de l’archipel, divisent l’année en hiver et en été. Us ne connaissent pas les mois, mais les cycles lunaires, sans savoir très bien combien il y en a dans l’année, raconte le psychologue américain William Friedman. Ces cycles ne portent pas de noms, sauf le mois de la chasse aux martres, au début de l’hiver, et celui de la migration des harengs, au printemps. Chaque mois lunaire est divisé en deux périodes, la première étant celle propice aux cérémonies reli­gieuses, la seconde étant le temps de la danse et de la pluie. La journée se divise aussi en deux, le début, marqué par l’aboiement du chien à l’aube, est dédié à la préparation des cérémonies reli­gieuses, l’après-midi est le temps où l’on peut enterrer les morts. Ils ne connaissent pas la notion de semaine et appellent les jours en fonction des relations qu’ils ont entre eux : ils parlent ainsi de l’après-demain, ou du jour avant hier. Les Aïnous ne connaissent pas leur âge en années, ils se désignent comme des « enfants », des « grands adultes » et des « adultes âgés ». On ne fait référence aux années passées qu’en fonction de l’événe­ment qui les a marquées, un feu de forêt, l’abondance du sau­mon, une épidémie.
Les Egyptiens, qui n’avaient pourtant que peu de notions d’astronomie ou de mathématiques, inventèrent le premier calendrier de 365 jours dès l’an 4000 avant notre ère – Jules César en fera son calendrier «julien », lequel durera jusqu’au Moyen Age. Les Egyptiens vivaient essentiellement au rythme du Nil, le grand fleuve nourricier, dont les inondations régu­lières apportaient périodiquement le limon permettant d’ense­mencer. Ils divisèrent donc tout naturellement l’année en trois phases essentielles, celles de l’inondation, de la culture et de la récolte, chacune comptant quatre mois de trente jours. Il en res­tait cinq, inutilisés. Ils s’aperçurent que le début des crues du Nil se produisait à peu près en même temps que l’étoile Sirius s’allumait, peu avant le lever du Soleil, une fois par an, vers la mi-juillet, et cela dut les aider à imaginer ce calendrier de 365 jours.



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