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Les espèces vivant dans l’isolement

Vous êtes ici : » » Les espèces vivant dans l’isolement ; écrit le: 15 décembre 2012 par Sameh modifié le 13 novembre 2014

Espèces asociales :

Les espèces vivant dans l'isolement Dans l’absolu, un animal asocial est un animal capable de se reproduire seul, de s’élever sans soins parentaux et de vivre par la suite sans interaction avec ses congénères. Un tel individu existe-t-il dans le monde animal? En observant les balanes (Balanus), les balanoglosses (embranchement des stomocordés) vivre cachées dans le sable marin ou les amphioxus (Branchiostoma, embranchement des céphalocordés) s’enfoncer isolément dans le sable marin mais conserver la possibilité de nager librement (à la différence des ascidies, proches zoologiquement, mais fixées et immobiles), on pourrait presque l’affirmer puisqu’on ne les voit jamais entretenir aucune des interactions précédentes. Néanmoins, dans ces cas, une certaine interaction semble au moins déterminer l’espacement correct entre individus. Il est donc finalement assez difficile de trouver des espèces vraiment asociales selon cette définition.

Espèces solitaires :

En restreignant la définition précédente, peut-être pouvons-nous rencontrer, sinon des animaux asociaux, tout du moins des espèces solitaires.



Certaines espèces de mammifères terrestres comme les hamsters, (Mesocricetus), les écureuils roux (Sciurus tmlgaris), les blaireaux (Meles meles), ou les gloutons (Gulo gulo) peuvent, à première vue, être considérées comme solitaires. Néanmoins, les individus de sexe différent devront toujours se rencontrer, même pour un très court temps, au moment de la reproduction. On objectera que la sexualité est un phénomène bien différent de la socialité. Il n’en demeure pas moins qu’au cours des comportements sexuels de nombreux échanges interviennent, avec des communications parfois très élaborées qui entrent du même coup dans le cadre des phénomènes sociaux. A l’inverse, on a déjà vu à quel point le groupement et la vie en société affectaient la reproduction.

Chez ces espèces solitaires, les jeunes doivent s’associer avec leur mère, au moins jusqu’au moment du sevrage. Les phénomènes de comportement territorial et d’espacement social montrent, en outre, que même les adultes des espèces les plus solitaires entrent en relation pour déterminer leurs rapports spatiaux et leur espacement individuel (pas obligatoirement territorial).

Certes, ils vivent la plupart du temps sans contact avec leurs congénères, ce qui fait dire qu’ils sont solitaires. Il existe d’ailleurs un continuum entre ces « véritables » solitaires et les espèces sociales proprement dites. L’allongement de la période d’accouplement pourrait conduire, dans certains cas, au cours de la phylogenèse, à une monogamie ou une polygamie plus durable. De même, les relations établies entre la mère et ses petits auraient pu conduire au cours de l’évolution à la formation de groupes familiaux, première étape d’une socialité déjà affirmée. On a aussi observé entre espèces de parenté proche des différences de tolérance envers les congénères, qui pourraient aussi marquer un passage entre l’état solitaire et l’état social.

Une solitude originelle et stratégique :

Selon le zoologiste britannique I. Linn (1984), de l’université d’Exeter, le comportement solitaire serait originel chez les mammifères. Vivre seul sur un domaine vital familier serait une stratégie très satisfaisante puisque de très nombreuses espèces l’ont adoptée : les monotrèmes, presque tous les marsupiaux, la plupart des insectivores et des prosimiens, les édentés, les pangolins, la plupart des rongeurs, de nombreux carnivores (espèces par ailleurs très évoluées), l’oryctérope et une partie des ongulés de forêt.

Une solitude liée à la survie :

Ces espèces seraient essentiellement des animaux de petite taille. Elles seraient souvent timides et nocturnes, et vivraient sous couvert végétal pour parvenir à une discrétion indispensable à leur survie. A l’inverse, les espèces sociales seraient les plus visibles mais aussi les plus grandes, souvent diurnes, au moins en partie, et vivant dans des environnements ouverts.

Il est, donc, bien possible que nombre d’espèces dites solitaires le soient pour des raisons stratégiques qui ont finalement, au cours de l’évolution, favorisé leur solitude. Il n’en reste pas moins vrai que ces animaux n’ont rien d’asociaux. Ils entrent en relation avec leurs congénères au moins au moment de certaines phases de leur existence (en dehors du seul aspect sexuel), même s’ils n’ont pas développé de comportement territorial comme c’est le cas de la plupart des carnivores dits solitaires (belettes, mustélidés, putois, etc.).

Une solitude liée au climat :

De nombreuses espèces de petits mammifères changent d’ailleurs de stratégies comportementales selon les variations des conditions climatiques. Chez certains, les individus actifs pendant l’hiver (c’est-à-dire ceux qui n’hibernent pas) comme, par exemple, le mulot des bois (Apodemus sylvaticus), le campagnol (Microtus arvalis ou pennsylvanicus) ou le tamia strié (Tamia striatus) forment à cette période des groupes sociaux ou des agrégations alors que d’autres espèces ne le font pas du tout. En réduisant la surface du corps exposée au froid et aux intempéries, le regroupement permettrait de mieux conserver la chaleur corporelle. Les petites espèces bénéficieraient plus de ce blottissement entre individus que les grandes. Mais cette hypothèse est difficile à confirmer dans la mesure où, par exemple, chez les insectivores, plus petits de taille en moyenne que les rongeurs, de tels regroupements sont rares en régions tempérées et arctiques.

Entre rongeurs et insectivores, des différences dans les cycles saisonniers d’agression, de territorialité, et de mode de recherches de la nourriture laisseraient à penser que les niveaux d’agression chez les espèces sociales sont reliées à l’état de reproduction. En hiver, les non-reproducteurs sont, en effet, plus tolérants envers leurs congénères que ceux qui se reproduisent à cette période. Le climat social de l’hiver en est plus amical. Chez les espèces solitaires en hiver, comme les musaraignes (sorex), l’agression demeure une règle à la fois chez les reproducteurs et les non-reproducteurs et ils ne forment pas, durant cette période, d’agrégation. Les modèles d’agression et d’espacement interindividuel seraient la conséquence des conditions de recherches de la nourriture. Il n’y donc pratiquement pas agrégations dans ces cas (S. West et H. Dublin, 1984].

Des solitaires par ignorance :

Les espèces vivant dans l'isolement Bon nombre d’espèces prétendues non sociales ou solitaires présentent lorsqu’on les étudie de plus près des comportements tout à fait sociaux, et ce dans de nombreuses circonstances.

Expériences de Paul Leyhausen sur les chats (1965) :

Selon Paul Leyhausen du Max-Planck Institut, des relations existeraient, de toutes façons, même entre animaux solitaires. Que certaines espèces, comme le hamster, l’écureuil rouge, le blaireau ou le glouton, ne présentent pas de comportement véritablement communautaire est possible mais reste à prouver. Des phénomènes comme la capture, à un moment donné, d’un animal solitaire où la préférence pour l’observation d’espèces socialement plus spectaculaires ont peut- être conduit certains chercheurs à porter un peu trop rapidement des jugements sur la présence ou l’absence de certains comportements. Pour sa part, des observations précises lui ont révélé que les relations entre individus d’espèces de mammifères prétendues solitaires pouvaient se présenter de façon inattendue.

Avec son équipe, P. Leyhausen étudia le chat domestique pour le moins réputé solitaire. Il réalisa de nombreuses observations dans des populations géographiques très différentes. Si beaucoup de

comportements traditionnels furent confirmés, d’autres durent être complètement réinterprétés. Par exemple, si les chats ne bâtissent pas de sociétés stables, ils n’en manifestent pas moins des relations de hiérarchie et de territoire (territoires temporaires) lorsque l’occasion s’en présente, notamment en fonction des disponibilités environnementales.

Bien que différente de celle du chien, la sociabilité du chat n’en existe donc pas moins.

Expérience de P. Charles-Dominique sur les lorisidae :

P. Charles-Dominique (1971), du laboratoire d’écologie du Muséum national d’histoire naturelle à Brunoy (France) a montré, lui aussi, que les lorisidae (prosimiens) formaient, contrairement à ce que l’on avait toujours cru, des sociétés territoriales (mâle au centre du territoire, femelle à la périphérie et probablement communications auditives entre les membres du groupe), chez le potto (Periódicas Potto) et l’artocèbe (Artocebus).

Autres exemples :

D’autres espèces longtemps considérées comme solitaires le sont maintenant comme sociales. C’est le cas de certains marsupiaux et de certains cloportes.

Il pourrait en être de même du tigre. Mais, si l’on considère les difficultés des recherches de P. Leyhausen chez le chat, pleines de performances sportives et intellectuelles, on imagine sans mal ce qu’elles pourraient être chez les tigres dont on sait bien, par ailleurs, qu’ils manifestent en captivité nombre d’attitudes sociales (dominance, territoire, etc.).

Les animaux solitaires ou prétendus tels ne sont donc pas pour autant asociaux. Que ce soit, comme l’ont montré I. Linn, pour des raisons de stratégie adaptative, ou P. Leyhausen, par méconnaissance de notre part, un minimum de socialité semble toujours exister. Même chez les animaux réputés les plus solitaires.

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