Les priorités technologiques

> > Les priorités technologiques ; écrit le: 15 février 2012 par mariouma modifié le 17 novembre 2014

Les priorités technologiques

Les priorités ne sont pas les mêmes pour chaque pays, mais tous les pays doivent savoir quels sont les changements technologiques les plus prometteurs. L’AIE suit régulièrement et assez systématiquement l’évolution des différentes technologies énergétiques. En appui au Plan d’action du G8, en juillet 2008, l’Agence a présenté une feuille de route qui indique les 17 technologies qui peuvent apporter la contribution la plus importante à la réduction des émissions. Cette feuille de route indique également les mesures à prendre et les échéances des résultats attendus. (AIE, 2008a).
Selon l’Agence, ces technologies devraient contribuer – en parallèle avec une amélioration de l’efficacité énergétique – à diminuer les émissions de gaz à effet de serre selon le scénario de stabilisation. En
réalité, la contribution effective de ces technologies sera conditionnée par les coûts, le rythme d’évolution, les prix de l’énergie et du carbone. Les technologies de capture et de séquestration du carbone (CCS) constituent un exemple intéressant : ces technologies sont bien connues, mais les coûts sont encore très élevés. En outre, l’ouverture de sites (en général des anciens gisements d’hydrocarbures épuisés) pour stocker des quantités massives de C02 pourrait soulever quelques oppositions. La capture et la séquestration du carbone entraîne un doublement du coût de production de l’électricité. On revient toujours à la même question : qui est prêt à payer pour la gestion du climat ?

La feuille de route de l’AIE souligne de façon opportune qu’il faut agir à la fois sur l’offre et sur la demande. Du côté de la demande, il existe un important potentiel pour améliorer l’efficacité énergétique en utilisant les technologies existantes et en développant de nouvelles technologies. Du côté de l’offre, la feuille de route reste imprégnée par une « culture d’ingénieur » que l’on trouve le plus souvent dans l’industrie de l’énergie. Cette culture marque une préférence pour les systèmes centralisés et les économies d’échelle. La situation énergétique et climatique mondiale devrait favoriser l’émergence de systèmes décentralisés qui ouvrent de nouvelles opportunités et appellent à de nouvelles organisations. Des ressources énergétiques locales (bois, énergie éolienne, solaire, micro-centrales hydroélectriques) peuvent être efficacement combinées avec des ressources « importées » (gaz naturel, pétrole) (AIE, 2009). La production combinée de chaleur et d’électricité (cogénération), les pompes à chaleur, les « réseaux intelligents » (smart grids) ont un rôle important à jouer (Chevalier, de Ladoucette, 2010). Ces systèmes décentralisés, qui associent un certain nombre de technologies peuvent également ouvrir des possibilités pour les bio et nano-technologies.

Comment faire face aux nouveaux défis de l’énergie?

La technologie va certainement contribuer à relever les nouveaux défis de l’énergie. Toutefois, les réponses technologiques sont généralement longues et chères, à l’exception de l’utilisation de technologies existantes pour améliorer l’efficacité énergétique.

L’action politique est nécessaire à divers niveaux. Nous avons déjà évoqué la « repolitisation » des questions énergétiques (Helm, 2007). En fait, les nouveaux défis de l’énergie ont créé une repolitisation à plusieurs niveaux complémentaires : mondial, national, régional, local. Ceci est bien illustré par l’action de Tony Blair depuis le Sommet de la Terre de Johannesburg en 2002. Le gouvernement de Tony Blair a eu un rôle clé pour accélérer la sensibilisation du public et des gouvernements aux problèmes du changement climatique (rapport Stern). A l’instigation des Britanniques, les académies des sciences de treize pays (les pays du G8 et les cinq pays invités : Afrique du Sud, Brésil, Chine, Inde et Mexique) ont publié un communiqué commun avant la réunion du G8 de Gleneagles en juillet 2005, dans lequel elles soulignent la gravité des questions climatiques. Tony Blair a ainsi réussi à ce que Georges W. Bush signe une déclaration commune soulignant l’importance du problème. Cette déclaration commune était accompagnée d’un plan d’action qui donnait un rôle majeur à l’Agence internationale de l’énergie. Au niveau national, le gouvernement de Tony Blair a mis en place de nouvelles mesures d’incitation pour améliorer l’efficacité énergétique et développer les énergies renouvelables. En outre, le débat sur l’énergie nucléaire a été réouvert, le nucléaire étant considéré comme un moyen de réduire les émissions de GES, par rapport à une évolution sans nucléaire.
L’action politique concernant l’énergie et l’environnement se manifeste ainsi à plusieurs niveaux. Elle est locale (le rôle des collectivités locales ou le rôle des États aux États-Unis), nationale (politiques de l’énergie), régionale (l’Union européenne) et mondiale (Kyoto, la conférence de Copenhague et l’après Kyoto). L’éventail des actions politiques couvre tous les éléments traditionnels de la politique énergétique, mais, en ce qui concerne le changement climatique, les actions se divisent en deux catégories : les mesures visant à réduire les émissions (mitigation) et les actions d’adaptation aux effets du changement climatique.
La réduction des émissions a un coût. En théorie, les mesures de réduction sont justifiées si leur coût est inférieur aux dommages qu’entraînerait une non intervention .
L’adaptation est un concept plus complexe. Il englobe les diverses formes d’adaptation aux effets du changement climatique. Il y a des formes d’adaptation ex ante : la construction de digues pour protéger une ville contre les inondations. Il y a aussi des formes d’adaptation ex post qui recouvrent par exemple les migrations consécutives à une grande sécheresse ou à des inondations. Les questions d’adaptation ont été négligées dans le passé, parce que le changement climatique était encore l’objet d’un débat (Damian, 2007 ; Oxfam, 2007). Aujourd’hui, le financement de l’adaptation est l’un des défis les plus difficiles dans la gestion du couple énergie/climat. Le coût réel de l’adaptation sera probablement élevé pour les régions et les populations les plus vulnérables qui sont souvent les plus pauvres. Si l’action globale de réduction des émissions est trop lente et pas assez radicale, le coût de l’adaptation sera plus élevé.
Plusieurs facteurs détermineront la rapidité et la vigueur des actions décidées pour la réduction des émissions. Le plus important est l’ampleur de la prise de conscience du réchauffement climatique par les différentes populations de la planète. Cette prise de conscience pourrait être accélérée par une violence croissante des événements climatiques. Ce sont les opinions publiques et les pressions exercées sur les gouvernements qui peuvent durcir les mesures prises au niveau local, national, régional et mondial. Dans ce processus de prise de conscience, la communauté scientifique internationale a un rôle important à jouer. Il existe déjà des indicateurs pour mesurer la sensibilité des populations aux questions de changement climatique. Le Yale Center for Environment Law and Policy (2005) a mis en place un indice pour mesurer la disposition à agir des différents pays pour protéger l’environnement au cours des prochaines décennies.

L’Environ- mental Sustainability Index (ESI) utilise 76 ensembles de données intégrés dans 21 indicateurs qui incluent la qualité de l’air, la biodiversité, la qualité de l’eau, la gestion des ressources naturelles, la santé, et l’efficacité énergétique. Les 146 pays sont classés en fonction de l’importance qu’ils accordent au développement durable. Les tout premiers sont les pays scandinaves : la Finlande, la Norvège, la Suède et l’Islande. Des pays comme le Japon, l’Allemagne, la France et les États-Unis se situent respectivement en 30e, 31e, 36e et 45e position. La Chine arrive en 130e position avec des notes particulièrement faibles pour la qualité de l’air, la qualité de l’eau, la concentration de polluants atmosphériques dans les zones urbaines. Ce classement prend en compte les questions transfrontalières liées à « l’exportation » de la pollution. Cet instrument comparatif peut être utilisé pour influer sur la bonne gouvernance de certains pays en utilisant des arguments scientifiques.

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