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Les rythmes humains : La dépression ,maladie du temps

> > Les rythmes humains : La dépression ,maladie du temps ; écrit le: 8 juillet 2013 par imen modifié le 11 novembre 2014


Les rythmes humaines

On soupçonne que ces rythme jouent un rôle dans la genèse et l’évolution de certaines maladies : on a noté une augmentation des cas de cancer du sein chez les femmes soumises à un travail posté irrégulier, tantôt la nuit, tantôt le jour, dont il a été démontré qu’il dérègle souvent notre horloge interne, et pose des problèmes, parfois graves, comme dans le cas des chauffeurs de camions, souvent soumis, eux aussi, à des temps de travail irréguliers. L,e temps jouerait aussi un rôle dans ce trouble de l’écriture et de la lecture qu’est ? dyslexie, l’organisation temporelle des gestes de l’écriture étant alors perturbée, ou les mouvements des yeux lors de la lecture. Il paraît donc certain que les progrès qui sont actuellement faits dans la compréhension de la nature et du mode d’action de notre horloge centrale auront d’importantes conséquences, non seulement sur’ la meilleure connaissance du fonctionnement des êtres vivants, mais aussi sur les possibilités de prévenir ou de mieux traiter certaines maladies, y compris les troubles mentaux.
On a appelé, par exemple, la dépression la « maladie du temps », car elle affecte des rythmes fondamentaux, comme celui de la veille et du sommeil. Elle se révèle souvent de façon plus fréquente au printemps et à l’automne. Mais il existe aussi des dépressions d’hiver et des dépressions d’été, différentes dans leurs manifestations. Celle d’été se caractérise par des insomnies, une perte de l’appétit et de poids. Le froid améliore la situation, parfois. Celle d’hiver, au contraire, voit le malade en perpétuel besoin de sommeil, son appétit augmente. Une exposition à la lumière vive peut l’améliorer. Le déprimé est parfois pris, la nuit, d’un besoin soudain d’activité. Il souffre de troubles du sommeil, ce qui se traduit, notamment, par un nombre excessif de réveils fugaces, pourtant, il souhaite souvent échapper à son angoisse en se réfugiant dans un pro­fond sommeil.
La maladie suscite aussi des hallucinations liées au déroule­ment du temps : chez le dépressif, il y a comme une désorgani­sation de ce temps, il n’a plus de projets, il ne pense plus au futur. Il vit – mal – l’instant présent et se délecte des malheurs du passé. Il a perdu la capacité d’anticiper, l’avenir disparaît, ou devient une sorte de vertige, que le malade veut fuir. Il devient un étemel indécis, sombre dans l’apathie, l’ennui, la mélancolie perpétuelle. « Le présent se fige, l’avenir devient opaque, le passé alimente la rumination », dit le psychiatre Daniel Widlô- cher. Le dépressif subit dans la même journée des phases ryth­miques d’excitation et d’abandon. Il a parfois l’impression oppressante que tout s’arrête en lui, y compris la durée. Le temps est comme suspendu, il ne mesure que l’ennui, il n’est plus lié à l’action, laquelle n’a plus de sens. Le dépressif vit dans une profonde tristesse, immuable.
On parle, en psychiatrie, du « ralentissement dépressif », qui traduit le fait que les malades deviennent anormalement lents, que leurs mouvements sont peu nombreux et d’une faible ampleur, dans la mesure où ils ont tendance à se replier sur eux. Ce ralentissement se retrouve dans l’élocution, souvent diffi­cile, tout comme la compréhension, ce qui rend la communica­tion incertaine et ajoute au repliement sur soi des patients. Certains médicaments nouveaux rétablissent la capacité à agir et améliorent ainsi les troubles de l’humeur. Pour d’autres malades, le temps devient un motif d’angoisse profonde liée au sentiment de la mort. « L’idée que tout passe et que la vie devient plus courte me fait peur », dit l’un d’eux. C’est l’une des raisons qui expliquent le taux élevé d’idées de suicide chez les déprimés : on les rencontre dans 80 % des cas et il est important pour le psychiatre de tout faire pour que le patient accepte d’en parler, ce qui évite souvent qu’il passe à l’acte.
Le psychiatre Eugène Minkowski, qui a défini le premier la dépression comme une « maladie du temps », décrit ce « temps figé » des malades, et cite quelques émouvantes remarques de dépressifs: «Depuis le début, j’ai été persuadé d’être un malade du temps. Je me sens sans cesse décalé par rapport à la vie. Je sens le temps fuir, mais je n’ai pas la sensation de suivre ce mouvement. J’ai !’impression de tourner en sens contraire de la Terre. Je manque de repères dans le temps […] J’ai la sensa­tion que le temps passe très vite, trop vite, et c’est atroce. » Et encore : « Je vis dans l’instantanéité. Je n’ai plus la sensation de continuité. J’ai l’impression de vide devant moi, dans l’avenir immédiat. À chaque nouvel instant que je vis, c’est comme je tombais du ciel. C’est infernal […] Quand j’accomplis un acte, j’ai la sensation que c’est le dernier que je fais […] Je ne sens plus le passage d’un jour à l’autre. Je n’ai plus le sentiment de me réveiller le matin, j’ai l’angoisse d’une journée identique devant moi, la conception du recommencement, de l’éternel .
Le raccord entre le présent, le passé et l’avenir est désagrégé, explique le psychiatre. Le présent perd sa tonalité habituelle et n’est plus qu’une « idée ». Le passé se transforme en un « rou­lement » de souvenirs, qui prend une forme obsédante, une sorte d’hallucination. « J’ai l’obsession du passé, c’est comme un défilé cinématographique d’images, mais je ne les rattache pas au présent, j’y assiste en spectateur », dit un déprimé. L’avenir s’épuise instantanément. «Le futur ne représente plus rien. Vous m’invitez à venir au salon. C’est épouvantable : je me vois d’avance, je sais comment les choses vont se passer. Cela m’arrête. Je ne puis agir. » Le malade ne peut plus intégrer la réalité de ces trois temps, passé, présent et futur. Chez le déprimé, il se produit un décalage profond entre le temps transi­tif et le temps immanent, entre le temps du monde et le temps du soi – lequel semble se ralentir. Un délire mélancolique s’ins­talle alors.
En fait, beaucoup de troubles de l’humeur sont liés à de mau­vaises relations du sujet par rapport au temps et on note des dysfonctionnements dans la perception du temps au cours de bien d’autres troubles mentaux. Des malades rêvent leur délire et leurs hallucinations et confondent celles qu’ils vivent éveillés et celles du sommeil. Eugène Minkowski a bien expliqué que le délire procède chez les schizophrènes d’une modification pro­fonde de la structure du temps vécu. Un malade, dès qu’il a fini le repas de midi, se préoccupe de celui du soir, ayant peur de ne pas être là à temps lorsqu’il sera servi. Pour d’autres, l’avenir est barré par l’idée délirante d’un châtiment imminent, le passé est immobilisé et épuisé par les idées de culpabilité, le pré- sent est nié, et est vécu comme une indignité, en accord avec la culpabilité. Le même problème se pose pour d’autres patients : «le continue de vivre dans l’éternité, il n’y a plus (l’heure, ni de jours, ni de nuits, le temps est immobile, le temps se casse. » Ou encore : « C’est une fuite, une façon de sortir de soi-même, je suis éphémère et ne suis plus là » Un patient tire des coups de revolver sur sa montre, pour tuer le temps, qu’il considère comme son pire ennemi.

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