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Les rythmes humains : Les promesses des cellules-souches

Vous êtes ici : » » Les rythmes humains : Les promesses des cellules-souches ; écrit le: 8 juillet 2013 par imen modifié le 10 novembre 2014

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Les promesses des cellules-souches

Ce que l’on comprend encore mal, c’est comment et pourquoi un organisme fabrique des tissus et des organes si différents, à partir des mêmes éléments de base, les cellules indifférenciées que produit l’œuf, et qui subsistent pendant quelques jours. Ces « cellules-souches », comme on les appelle, restent quelque temps omnipotentes, c’est-à-dire qu’elles sont capables de pro­duire n’importe quelle partie de l’organisme ; elles ne diversifie­ront leur activité que plus tard. Entre-temps, on devrait pouvoir les utiliser pour fabriquer ou réparer des éléments de l’orga­nisme. C’est ce que tentent actuellement les biologistes. En 2003, dans son laboratoire, un chercheur américain, le Dr Golos, réussit à « fabriquer » du placenta à partir de cellules-souches prélevées chez un embryon humain. Un peu partout dans le monde, on s’active à produire ainsi des cellules et des tissus d’organes divers à partir de cellules-souches prélevées sur des embryons de quelques jours et mises en culture, dans les condi­tions où elles peuvent se multiplier sans commencer à se diffé­rencier.
Déjà s’ébauchent des applications à l’homme. Mais les pro­grès sont lents. D’un côté parce qu’on ne peut faire admettre par un organisme des cellules ou des tissus étrangers, fabriqués à partir de cellules-souches venant d’autres individus, d’autre part parce qu’il n’a pas été réellement prouvé, même chez l’ani­mal, que ces cellules-souches peuvent réellement régénérer un organe .



Les biologistes estiment que d’importants progrès seront faits dans les années à venir dans ce domaine qui est, de toute façon, porteur d’avenir. Reste à résoudre le problème éthique : où prendre ces cellules-souches ? Pour le moment, on les prélève sur les embryons appelés « surnuméraires », aban­donnés par leurs parents lors d’opérations d’insémination artifi­cielle, et conservés au froid. Mais comment ne pas céder à la tentation de produire systématiquement des embryons pour dis­poser de cellules-souches ? Certaines équipes ont réussi à pro­duire des embryons animaux par clonage et voudraient faire de même chez l’homme. En France, la loi sur l’éthique médicale interdit le clonage humain et la production d’embryons pour la fécondation, mais autorise l’utilisation pour la recherche des embryons « surnuméraires » conservés au froid. Les Anglais sont allés plus loin : depuis août 2004, il est possible, en Grande- Bretagne, de produire des embryons destinés à la recherche, leur utilisation pour la procréation restant interdite. Cela donne aux biologistes britanniques un avantage évident sur leurs collègues d’autres nations.
On espère aussi pouvoir prélever des cellules-souches ail­leurs que sur des embryons : on s’est aperçu qu’il en existe dans le sang du cordon ombilical qui relie l’embryon à sa mère, et même dans certains tissus chez des adultes. En 2000, l’équipe du Pr Alain Fisher, à l’hôpital Necker, à Paris, est parvenu à guérir des « enfants bulles », ces petits malades dépourvus de toute défense contre les microbes et qui doivent donc vivre dans des enceintes absolument stériles. Elle a prélevé dans leur moelle osseuse des cellules-souches, les a mises en culture, les a modifiées génétiquement pour qu’elles deviennent aptes à produire des systèmes de défense de l’organisme et les a réin­jectées aux petits malades. En 2001, une autre équipe française, celle du Pr Philippe Ménasché, de l’hôpital Georges-Pompidou, a prélevé des cellules-souches d’ un muscle de la jambe, chez un malade atteint d’un infarctus du myocarde. Elle les a également mises en culture et réinjectées dans le cœur : elles ont adopté le rythme de travail des cellules du cœur, explique Anne Fagot- Largeault, du Collège de France. Cette dernière imagine qu’on pourrait ainsi créer des banques de cellules- souches pancréa­tiques fabriquant de l’insuline pour les diabétiques, d’autres produisant des cellules nerveuses, capables, par exemple, de régénérer celles détruites dans la moelle épinière chez les grands blessés infirmes que sont les tétraplégiques, condamnés au fau­teuil roulant. La médecine régénératrice, dit-elle, met d’immen­ses espoirs dans de telles banques de cellules-souches. Une équipe américaine a déjà réussi en 2000 à faire repousser de la moelle épinière chez des rats auxquels on l’avait sectionnée, et chez qui on avait greffé des cellules-souches, mais quatre ans plus tard, aucun essai sur l’homme n’avait été tenté
En 2004, une équipe américaine a injecté à des malades, juste après qu’ils ont été victimes d’un infarctus, des cellules-souches prises dans leur os iliaque. Leur état a été légèrement amélioré. Le Pr Ménasché pense que ces cellules-souches n’ont pas réel­lement régénéré du tissu cardiaque, mais libéré massivement des facteurs de croissance des cellules, favorisant la revasculari­sation. Cependant, deux publications faites en 2004 dans des revues spécialisées ouvrent des horizons passionnants. Une équipe israélienne a utilisé des cellules-souches humaines pour rétablir un fonctionnement normal du cœur de porcs souffrant de troubles du rythme cardiaque. Ils ont ainsi réalisé une sorte de « pacemaker biologique », dont ils affirment qu’il pourrait être utilisé chez l’homme. Une équipe américaine dirigée par le Pr Benezra explique, de son côté, avoir réussi à prévenir, à l’aide de cellules-souches, l’apparition de troubles cardiaques mortels chez des souris mutantes, atteintes d’une anomalie congénitale du muscle cardiaque.
Mais il reste de très nombreux problèmes techniques à résoudre, avant l’avènement de ces banques de cellules-souches et ces traitements régénérateurs. Ne serait-ce que parce qu’une cellule susceptible, chez l’adulte, de se différencier, est aussi une cellule risquant de se cancériser. L’un des espoirs des cher­cheurs, vivement discuté sur le plan éthique, est le clonage thé­rapeutique, c’est-à-dire la création d’un être identique à partir d une cellule d un individu, dans le but d’utiliser l’embryon pour en extraire des cellules-souches qui serviraient à traiter le sujet ayant fourni la cellule clonée. Pour l’instant, il ne saurait en être question. Mais demain ? En février 2004, des chercheurs coréens ont annoncé avoir réussi à créer des embryons humains par clonage et avoir obtenu, à partir de ces embryons,des cellules-souches. Il faut relativiser ce résultat, car il a fallu utili­ser deux cent quarante-deux ovules de femmes dont les ovaires avaient été stimulés par un traitement hormonal, pour obtenir par clonage vingt embryons susceptibles de fournir des cellules- souches, ce qui représente beaucoup d’énergie, de temps et de moyens financiers. Mais cette annonce a intéressé vivement les biologistes du monde entier, qui s’en sont immédiatement servi pour accentuer la pression sur leurs gouvernements, afin de pouvoir, eux aussi, disposer du moyen de se procurer des cellu- les-souches. Bien que l’Église et beaucoup de spécialistes des problèmes d’éthique soient formellement opposés à ce clonage scientifique, les espoirs qu’ouvrent les cellules-souches sont tels qu’il est vraisemblable que les barrières morales finiront par céder.

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