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Nuage sur les conférences de l’eau

Vous êtes ici : » » Nuage sur les conférences de l’eau ; écrit le: 21 mai 2012 par Samouha modifié le 9 février 2019

Nuage sur les conférences de l’eau

Nuage sur les conférences de l'eau

Au mois de novembre 2000, une conférence de l’ONU est organisée dans la ville de La Haye, capitale des Pays-Bas. Il s’agit de fixer les règles de l’application du Protocole de Kyoto. Trois groupes s’y affrontent pour des raisons qui ne sont pas toujours très écologiques. Le pre­mier groupe a été baptisé « Umbrella » (parapluie en fran­çais). Il rassemble les Etats-Unis, le Japon, le Canada, la Russie, l’Australie (allié indéfectible des Etats-Unis), la Nouvelle-Zélande, la Norvège, l’Islande et l’Ukraine ; il s’agit pour ce groupe d’installer un marché mondial des droits d’émission des GES.



L’Union européenne (ue) accepte le marché des droits d’émission mais comme un simple complément aux réduc­tions nécessaires. L’UE n’accepte pas la surestimation, par certains pays comme la Russie, des « puits » de carbone (on sait qu’une forêt en croissance stocke par photosynthèse du carbone atmosphérique). La Russie a fait valoir qu’un puits de carbone comme la Taïga sibérienne devrait lui donner le droit de modérer sa réduction d’émission de GES. Les pro­ductions agricoles sont considérées comme des puits de carbone. Les pays du groupe Umbrella souhaitent égale­ment que leurs puits soient comptabilisés et leur valent un crédit de droits d’émission…

Enfin, le groupe des 77 (G77), est une coalition de pays peu avancés ou directement menacés par l’élévation pos­sible du niveau des mers. Ils refusent de compromettre leur développement économique et accusent, à juste titre, les pays riches d’être les plus grands émetteurs de GES. A quel­ques détails près : la Chine fait partie du G77 et des pays comme l’Inde ou des organisations comme l’OPEP deman­dent des indemnisations pour le manque à gagner du sec­teur pétrolier…

L’échec était prévisible. Les 180 participants se sépa­rent sans avoir pu s’entendre. Le Protocole de Kyoto est accusé par certains de donner prise à des interprétations et manœuvres qui légaliseraient non pas la réduction des émission, mais une augmentation de 15 % !

C’est à Bonn, en juillet 2001, que se tient la sixième conférence des Nations Unies sur le changement clima­tique. La décision récente des Etats-Unis de se retirer du processus de Kyoto pèse sur les négociations. Il s’agit de s’entendre sur quatre points : le financement des aides aux pays du Sud pour s’adapter au changement climatique ; l’organisation du marché des droits d’émission ; le poids qu’il convient d’accorder aux puits de carbone et, enfin, les sanctions en cas de non-observance des dispositions réglementaires du Protocole. Naturellement, les négocia­tions n’avancent pas. Cependant, après avoir frôlé l’échec, les participants parviennent à un accord. L’Union euro­péenne fait une concession majeure en reconnaissant l’importance déterminante des puits de carbone. Le Canada, la Russie, le Japon et l’Australie sont soulagés. Les pays développés créent par ailleurs un fonds pour aider les pays en développement face au réchauffement annoncé. Il s’élevait à 410 millions de dollars américains par année jusqu’en 2005, ce qui est dérisoire. Enfin, les participants s’accordent sur une étrange mesure « coerci- tive » dont il a déjà été question : si un pays n’atteint pas son objectif de réduction des émissions de GES, il s’engage à augmenter son objectif d’environ un tiers à partir de 2013, date du commencement de la deuxième période d’engagement !

La Conférence de Marrakech se déroule entre le 29 octobre et le 9 novembre 2001. Après les accords politi­ques de Bonn, il s’agit d’élaborer un texte juridique portant sur les mécanismes par lesquels les Etats pourraient con­trôler l’application du Protocole. Les pays du groupe « Umbrella », Canada, Japon et Russie, notamment, cher­chent à limiter au maximum le caractère contraignant de ces règles. L’Union européenne fait à nouveau une conces­sion ruineuse en acceptant que la Russie se voie octroyer le droit d’émettre 33 millions de tonnes de carbone supplé­mentaire, soit le double de ce à quoi ce pays avait droit et la totalité de ce qu’il réclamait à Bonn.

La dernière conférence des parties se tient à New Delhi, en Inde, du 23 octobre au 1er novembre 2002. Il s’agit de se pencher sur le dernier rapport du GIEC, au terme duquel les pays les moins avancés devraient faire un effort dans le domaine de la réduction des GES. Quoiqu’ils en émettent six fois moins par habitant, leurs émissions s’accélè­rent et il est possible qu’ils rattrapent les pays riches à l’ho­rizon 2020. Des négociations sont alors prévues pour 2005 afin qu’ils prennent certains engagements. En effet la seule obligation qui leur est faite est de repérer et déclarer leurs émissions. On croit encore, lors de cette conférence, que la Russie – à laquelle tant de concessions ont déjà été faites – va ratifier le Protocole dans les prochains mois, ce qui le ferait entrer en vigueur en 2003. Deux ans après, on atten­dait toujours, ce qui n’est pas surprenant si l’on mesure les intérêts économiques en jeu.

Il ne manque d’ailleurs pas d’idéologues, de journalistes et même de scientifiques pour enterrer le Protocole de Kyoto avant même qu’il reçoive un commencement de mise en œuvre. L’un d’entre eux, très à la mode, se nomme Bjom Lomborg, professeur associé de statistiques dans le département de sciences politiques de l’Université d’Aarhus au Danemark et directeur de 1’ « Institut danois d’évaluation de l’environnement ».

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