Processus d’organisation et trophallaxie dans le monde animal

> > Processus d’organisation et trophallaxie dans le monde animal ; écrit le: 15 novembre 2012 par Sameh modifié le 13 novembre 2014

Qui s’intéresse au phénomène social ne peut que s’interroger également sur la nature du processus d’organisation. Or, celui- ci pourrait reposer sur un facteur biologique fondamental, la trophallaxie, découverte par W.M. Wheeler (1911) lors de ses travaux sur les insectes sociaux.

La trophallaxie chez les insectes sociaux:

Ce comportement consiste en l’échange réciproque de nourritures, ou en stimulations tactiles et chimiques entre individus au sein d’une colonie.
Lorsque, lors de la fondation d’une nouvelle colonie, la reine – fourmi ou abeille – nourrit ses premières larves, elle n’agit pas, semble-t-il, par instinct maternel de soin, mais, plus simplement, réagit aux sécrétions attractives des larves et les lèche donc volontiers. De leur côté, les ouvrières qui se dirigent vers la reine ou le couvain consomment les sécrétions grasses issues des téguments et partagent les sécrétions salivaires des autres individus. Par une réaction réflexe aux attouchements antennaires de leurs congénères, les ouvrières régurgitent de la nourriture. En outre, Wheeler a montré que des relations trophallactiques sont possibles entre les fourmis et d’autres espèces. Ainsi, les hôtes coléoptères Staphylinidae, attirent les fourmis par des sécrétions glandulaires spécifiques, et, à l’instar de véritables congénères, provoquent chez elles une régurgitation de nourriture par stimulation tactile (on appelle «symphyles » les individus qui vivent ainsi en symbiose). Ces relations entre commensaux et hôtes sont similaires à celles sur lesquelles repose l’organisation de la colonie.
Bien entendu, ces processus de trophallaxie sont de nature instinctive et garantissent donc la pérennité des étroites relations de
réponse-stimulus existant entre les individus. Il est cependant probable qu’un conditionnement rudimentaire prédispose les adultes à cette pratique sociale.
La colonie d’insectes acquiert donc son unité par la trophallaxie, processus qui persiste durant toute la vie de l’insecte.

Quelle trophallaxie chez les vertébrés supérieurs et les hommes ?

Selon certains auteurs, le processus de trophallaxie serait en cause dans la socialisation du jeune enfant. On a pu montrer chez l’homme et chez le chimpanzé, comme chez les autres primates et divers mammifères, que la mère reçoit dans ses relations de nourrissement au jeune une stimulation tactile et chimique, mais aussi une gratification et un soulagement physiologiques qui contribuent pour beaucoup à l’orientation maternelle et à l’attachement psychologique au petit. Or, en raison de sa durée et de sa qualité, l’association parent-jeune constitue un facteur essentiel dans le degré d’organisation sociale. Mais, bien sûr, chez l’être humain, ces développements psycho-physiologiques seront hautement élaborés et influencés par la culture. Il serait donc absurde d’avancer que le processus est identique chez la fourmi et chez l’homme. Cependant, chez les mammifères, le schéma maternel reste basé sur ces mécanismes trophallactiques, et nous verrons à quel point ces relations influencent la socialité de l’adulte en devenir. S’y ajouteront aussi tous les processus d’empreinte et d’attachement social.

La «coopération», conséquence de la trophallaxie ?

Chez les insectes, les résultats de la trophallaxie qui repose avant tout sur des facteurs biologiques et héréditaires, sont forcément sté-réotypés, alors que chez les mammifères, et bien davantage encore chez l’homme, très dépendant de la culture environnante, ils sont très variables.
Pour beaucoup d’auteurs américains, la «coopération» entre individus serait l’une des conséquences essentielles de la trophallaxie, tandis que le phénomène social manifesterait une tendance à coopérer. Mais ces auteurs, tel Allee, ne s’intéressent qu’à la seule finalité du phénomène social, sans rechercher sa véritable originalité ni tenter, en conséquence, de le définir. Encore distinguent-ils deux types de coopération :
– la première, chez les insectes sociaux, se situe à un niveau pure-ment biologique où elle apparaît plus comme une « facilitation bio-sociale» qu’en tant que véritable coopération;
– la seconde est une «coopération psycho-sociale» ou capacité à anticiper les conséquences sociales de ses propres actions et de les modifier pour atteindre un objectif de groupe.
Pour beaucoup d’auteurs américains comme T.C. Schneirla (1946), la base de toute forme de comportement quelque peu coopératif consiste en des relations primaires trophallactiques au sein de la famille et de petits groupes intimes.
Chez les espèces les plus évoluées, ces relations de coopération se développent par apprentissage, notamment lorsqu’il s’agit de résoudre ensemble un problème ou, chez les chimpanzés, de partager la nourriture. Le processus psychologique est alors, bien sûr, très différent des relations stéréotypées que l’on rencontre chez les insectes sociaux.
La coopération entre individus existe chez les mammifères les plus évolués, tels les ongulés, carnivores et primates ; et aussi chez les oiseaux.
Quoi qu’il en soit, la coopération concerne surtout les systèmes sociaux les plus élaborés : individus se déplaçant de manière unitaire, demeurant ensemble et manifestant une « division du travail » et une coopération. Elle n’existe donc vraiment qu’au sein d’une structure sociale déjà basée sur:
– des distinctions de castes et de classes ;
– des statuts hiérarchiques ;
– une défense territoriale commune ;
– un stockage des denrées alimentaires ;
– une protection mutuelle contre les prédateurs ;
– une chasse en groupe ;
– des soins parentaux non exclusivement prodigués par les parents biologiques.
Souvent, une interaction sociale très complexe intervient aussi dans le contrôle coopératif et la compétition inter-individuelle au sein du groupe. Coopération et compétition existent conjointement, en général sans s’opposer de façon simpliste.
Le concept de coopération permet de comprendre l’origine des premières sociétés humaines, mais sera moins utile pour décrypter la genèse de la socialité elle-même, car l’utiliser revient à ne prendre en compte que certaines sociétés animales – les plus complexes – et à délaisser des espèces qui, pourtant, présentent une forme de socialité.

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