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Sociétés animales: la répartition spatiale comme critère de socialité?

> > Sociétés animales: la répartition spatiale comme critère de socialité? ; écrit le: 15 novembre 2012 par Sameh


Les populations:

La définition de la socialité peut également être recherchée par l’examen de la répartition spatiale des animaux, sachant que celle- ci dépend de nombreux facteurs aussi bien physiologiques que comportementaux ou environnementaux.
Les écologistes nomment «population» l’ensemble des êtres vivant sur une aire délimitée. Au sein de cette aire géographique, la population forme un tout cohérent dans l’espace, obéissant à des règles, souvent strictes, et variables suivant les espèces. La densité des populations animales est également très diverse aussi et dépend évidemment beaucoup des richesses de ce milieu, particulièrement sur le plan alimentaire. Certains milieux sont occupés de façon intense. Ainsi, une prairie verdoyante abrite et nourrit une faune variée et dense.
Des effets de masse peuvent alors se produire : le regroupement d’animaux sur une surface trop restreinte provoquera une pollution du milieu. Cependant, il n’existe pas de rapport de causalité entre une densité de population et la socialité.

Les biocénoses:

Souvent, des liens d’interdépendance s’établissent entre les animaux au sein d’une population, soit directement, soit par l’intermédiaire du milieu. Les écologistes parlent alors de « biocénose ». P.P. Grassé définit ainsi un groupe d’animaux vivant dans un même milieu et exerçant, les uns à l’égard des autres, des actions réciproques, le plus souvent par le biais de modifications infligées au milieu.

La «prairie-bison»:

En 1938, W.C. Allee a donné un très bel exemple de biocénose, nommé par les écologistes la «prairie-bison», c’est-à-dire la prairie nord-américaine avant l’arrivée des Européens. Une herbe épaisse et forte recouvrait alors un sol fertile. Les immenses troupeaux de bisons, par leurs déplacements continuels tout au long de l’année, empêchaient la pousse des arbustes et buissons. Ils n’étaient pas seuls : d’innombrables insectes phytophages, des rongeurs de plusieurs espèces, campagnols ou chiens de prairie y contribuaient également. Tous représentaient une abondante source de nourriture animale pour les carnivores, les rapaces et aussi pour les hommes qui vivaient là: les Indiens. Lorsque les bisons disparurent, les plantes buissonneuses remplacèrent très vite la prairie et la biocénose disparut. L’état d’interdépendance fut ainsi parfaitement démontré, mais il ne s’agissait en aucune façon d’un phénomène social, même si Allee lui-même y voyait une coopération entre animaux et milieu et pensait, de la sorte, mettre en évidence un phénomène social fondamental.
Pour A.E. Emerson (1942) également, la dépendance des êtres entre eux est indirecte et se fait surtout par les modifications du milieu. Les biocénoses sont d’ailleurs de plusieurs types. Grassé en distingue surtout deux : les stables et les cycliques.

Les biocénoses stables:

Leur équilibre est dû à la constance du milieu. Leurs divers habitants peuvent cohabiter pacifiquement car la masse alimentaire est considérable et ils ne sont en concurrence ni pour l’espace ni pour la nourriture.


Les biocénoses cycliques ou dynamiques:

Ici, la faune modifie le milieu. De nouveaux occupants peuvent s’y succéder et aucun rapport obligé ne s’établit entre les membres de la biocénose. Les animaux vivant en un même milieu sont, certes, solidaires des autres êtres du groupe (végétaux ou animaux), mais aucune manifestation sociale ne s’y développe. Dans son ouvrage L’homme en accusation. De la biologie à la politique (Albin Michel, 1980), P.P. Grassé ironise:
« Le lion dans sa savane est solidaire des antilopes dont il se repaît; singulière relation sociale que celle qui lie le prédateur à sa victime. »
C’est pourquoi la biocénose relève de l’écologie ou de la dyna¬mique des populations et non de la sociologie.

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