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Je respire : l’air me traverse

Vous êtes ici : » » Je respire : l’air me traverse ; écrit le: 23 janvier 2012 par Mahfoudhi

Je respire : l'air me traverseÀ la naissance, la première inspiration est un choc violent. Car, par cet acte l’enfant fait pénétrer pour la première fois, le milieu extérieur au plus profond de lui-même. C’est une incursion brutale du monde extérieur dans l’intimité du corps. Et à partir de cet instant, chacun d’entre nous n’a plus cessé d’être en relation directe avec l’air qui nous entoure. Mais il ne s’agit pas d’un simple contact. Les poumons sont le siège d’un échange vital entre l’intérieur du corps et l’air. Ils constituent une véritable porte de communication entre le corps et le milieu extérieur et cette porte n’est pas petite ! Imaginez, les poumons offrent une surface d’échange entre le sang et l’air équivalente à la surface d’un court de tennis.

Le rôle des poumons est bien connu. Ils permettent au sang de se charger en oxygène (du dioxygène pour être précis) et de libérer dans l’air du dioxyde de carbone produit par l’activité biologique du  corps. L’idée la plus répandue est que ces échanges gazeux ne s’opèrent qu’entre les globules rouges, ou hématies, et l’air. De plus, nous avons tous appris que grâce à ces dernières, le sang transporte l’oxygène à travers tout le corps, permettant ainsi aux organes de fonctionner cor­rectement. Ainsi, nous avons l’image d’un échange sélectif qui se limi­te juste à l’oxygène dont on a besoin et au gaz carbonique que nous évacuons. Or la réalité est un peu différente.



Un échange permanent entre l’air et le sang

Pour permettre l’approvisionnement du corps en- oxygène, et en quantité suffisante, l’oxygène de l’air doit passer rapidement dans le sang. Cela implique une barrière physique très limitée entre ces deux milieux. Au cœur des poumons, dans les alvéoles pulmonaires, le sang se trouve extrêmement proche de l’air. Et tout est fait pour que l’oxygène et le gaz carbonique puissent passer le plus facilement pos­sible de l’air au sang pour l’un, et du sang à l’air pour l’autre. Dans cet échange permanent, les hématies transportent l’oxygène et le débar­rassent du gaz carbonique, mais l’air contient également d’autres gaz. Et l’oxygène n’est pas le plus abondant, il ne représente que 21 % de l’air. Que deviennent donc les autres gaz quand ils sont dans les poumons ? Car si les poumons sont perméables aux gaz vitaux, pour­quoi ne le seraient-ils pas aux autres ?

Le gaz dissous dans l’eau

Le composant le plus abondant du sang est l’eau. Et une propriété méconnue de l’eau est sa capacité à dissoudre les gaz. Nous imagi­nons mal ce phénomène parce que nous ne pouvons pas le voir aussi facilement qu’avec du sucre ou du sel. Et pourtant, les gaz au contact de l’eau s’y mélangent.

Certes, on ne peut pas observer la dissolution mais on peut quand même s’en rendre compte, en particulier, au moment où les gaz s’échappent du liquide. Et vous pouvez le constater tous les jours : il suffit d’ouvrir une bouteille d’eau gazeuse. Le gaz carbonique qui s’en échappe au moment de l’ouverture, vous révèle qu’il se trouvait dis­sous dans l’eau à une pression supérieure à celle de l’air.

De même, l’apparition de petites bulles à l’intérieur d’un verre rempli avec de l’eau du robinet montre bien que l’eau contient de l’air dis­sous.

Rien ne peut empêcher ce phénomène quand de l’eau et des gaz sont en contact. Ainsi, toutes les solutions aqueuses en contact avec des gaz contiennent ces mêmes gaz dissous. C’est d’ailleurs

 

Le rôle de la pression atmosphérique

On ne peut pas empêcher la dissolution des gaz dans l’eau. C’est un phénomène lié à la pression et au contact entre les deux milieux. Et son moteur réside dans la pression atmosphérique qui s’exerce en tout point de la Terre, sur tous les objets, qu’ils soient solides ou liquides. Les gaz sont donc comme injectés par la pression de l’air. Cela fonctionne un peu comme le principe des vases communicants. Tant qu’il y a une différence de pression entre l’eau et l’air, les gaz passent de l’un à l’autre. Ils s’échappent quand la pression du gaz dissous dans l’eau est supérieure à la pression de l’air.

Le sang étant composé en grande partie d’eau, il n’échappe pas à la règle. Et dans les poumons, les gaz sont au contact du sang. En conséquence, votre sang contient une certaine quantité de gaz dissous.

La nécessité de laisser passer jusqu’au sang l’oxygène et le dioxyde de carbone, deux gaz de dimension moléculaire réduite, implique une grande perméabilité du tissu pulmonaire aux gaz. De ce fait, de nombreux autres gaz peuvent aussi traverser ces tissus pulmonaires. Et c’est le simple gradient de pression qui suffit à faire s’équilibrer la pression des gaz dissous dans le sang avec celle de l’air.

Ainsi quand la pression de l’air augmente, les gaz sont « injectés » dans le sang, quand ce sont les gaz dissous qui se trouvent à une pression supérieure, ils s’échappent du sang. D’où les accidents de plongée quand les paliers de décompression ne sont pas respectés. Car la pression qui maintient les gaz dans le sang diminue rapidement. Dans ce cas, les gaz et l’azote en particulier, qui est le gaz le plus abondant dans l’air (78 %), s’échappent brutalement du sang en formant des bulles, exactement comme dans l’eau gazeuse ou le champagne à l’ouverture d’une bouteille.

Heureusement, ces cas extrêmes sont rares et dans la vie courante, les variations de pression sont faibles et se font de manière très progressive. Ce qui permet une mise à l’équilibre des pressions en continu entre le sang et l’air.

Le rôle des hématies est justement de contrer cet équilibre pour permettre des échanges gazeux spécifiques qui s’établissent à l’inverse de ce que permet l’équilibre des pressions.

Notre corps est plein d’air

On a plutôt l’habitude de percevoir l’air qui nous entoure comme un élément étranger à notre corps. Et on voit qu’il n’en est rien. Quels que soient les gaz présents dans l’air, ils se retrouvent dans le sang par le seul fait du phénomène de dissolution, de façon totalement passive. L’air nous pénètre véritablement et totalement, aucune partie de no- l te corps ne peut y échapper. Ainsi, de même que dans l’eau des lacs ou de la mer, où tous les gaz présents de l’air sont dissous, on retrouve dans le sang tous les éléments gazeux qui composent l’air.

Ie sang est d’une certaine manière plein d’air, et il circule dans tout le corps. Finalement nous ne sommes pas si loin des poissons. Ils baignent et t respirent dans un milieu liquide et sont en osmose avec lui. Nous ne vivons pas dans le vide. Comme eux, nous vivons dans un milieu dans lequel nous baignons en permanence, que nous respirons et qui nous pénètre. En fait, nous vivons dans l’air comme des poissons dans l’eau, fort de ce constat, il est plus facile de prendre conscience que la frontière entre l’intérieur de notre corps et le monde extérieur au niveau des alvéoles pulmonaires, est particulièrement ténue et finalement peu marquée. Mais cette remarque est en réalité valable pour toutes les zones frontalières. L’envahissement par les gaz qui composent l’air se fait aussi à travers la peau et toutes les muqueuses. Bien évidemment, cette surface de contact est très faible en comparaison avec celle des poumons, et donc l’effet négligeable, mais il existe. Là encore, c’est l’occasion de prendre conscience que nous ne sommes pas si isolés du milieu qui nous entoure. En fait il faut imaginer ces zones non pas comme une frontière mais plutôt comme un lieu de transition progressive entre deux milieux.

On comprend ainsi pourquoi nous sommes particulièrement vulnérables dès qu’il s’agit de pollution de l’air car il n’y a pas moyen de s’y soustraire. Et à cause de cette relation extrêmement intime entre le sang, c’est-à-dire l’intérieur de notre corps, et l’air, le milieu extérieur, nous ne pouvons pas rester insensibles à sa dégradation. En effet, le moindre changement de sa composition se répercute en nous et de manière totalement silencieuse. Toute molécule toxique présente dans l’air se retrouvera dans notre sang.

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