La radioactivité : Un siècle d’utilisation

> > La radioactivité : Un siècle d’utilisation ; écrit le: 30 mars 2012 par lamia modifié le 14 novembre 2014

Un siècle d’utilisation

La radioactivité est un phénomène physique naturel, intimement lié à la substance même de la matière dont nous sommes faits. Les alchimistes seraient surpris d’apprendre à quel point leur intuition était vraie : la matière est transmutable. Ce que perçoivent nos sens est une organisation particulière de protons, de neutrons et d’électrons, et les assemblages que nous nommons atomes ont été construits par la nature. Il est possible de modifier ces assemblages, si l’on peut transférer assez d’énergie aux noyaux. Les énergies mises en jeu pour assembler et désassembler les nucléons sont nettement supérieures aux énergies que manipule la chimie, et c’est pour cela qu’il a fallu attendre 1934 pour que Frédéric et Irène Joliot-Curie induisent en laboratoire la transmutation d’aluminium 27 en phosphore 30, par capture d’une particule a et émission d’un neutron. Le phosphore 30 se transmute spontanément en silicium 30, avec une période de deux minutes et demie, en émettant un positon j8+ et un neutrino. La réaction aluminium-phosphore a été la première transmutation d’un noyau en un autre recons-tituée par l’homme, et la désintégration p+ a été la pre-mière émission radioactive d’origine artificielle. C’était, en deux réactions successives espacées de quelques minutes, la preuve de la transmutation et la reconstitution d’un type de radioactivité disparu de la Terre.

Il est très remarquable que les Joliot-Curie n’aient utilisé pour ce faire que des éléments dits «naturels». La source a qui irradiait l’aluminium était un des descendants naturels de l’uranium, le polonium. L’aluminium était des plus ordinaires. Finalement, c’est l’idée de les rapprocher l’un de l’autre qui constitue l’élément artificiel de la découverte. Il en va de même de tout ce qu’on appelle artificiel en radioactivité : il s’agit toujours de la reconstitution d’un phénomène naturel, souvent disparu, par l’artifice de la technique, c’est-à-dire de la pensée humaine. Mais il n’y a pas de pensée sans volonté, et c’est l’intention qui apporte le caractère artificiel.

Par bien des côtés, l’histoire de la radioactivité est une allégorie des rapports tumultueux entre l’humanité et la connaissance, au sein desquels la question de la pertinence de son usage n’est jamais tranchée. Pour nous en convaincre, utilisons un petit stratagème. Convenons d’attribuer à l’histoire de nos relations avec le phénomène radioactif la dimension d’une tragédie classique. Empruntons le mythe de Prométhée, et distribuons les rôles. Les physiciens pionniers prennent le rôle-titre et apportent aux mortels que nous sommes la connaissance et les bienfaits du « feu » radioactif. Les dieux dans leur courroux font en sorte que Prométhée, sous l’impulsion de la curiosité, ouvre la boîte de Pandore, libérant la maladie et la mort. Certains médias jouent à merveille le rôle des chœurs antiques, dramatisant l’action et interpellant le spectateur. Mais que ce jeu ne nous trompe pas : la mytho¬logie grecque est elle-même une création de l’inconscient collectif qui conserve présents à nos esprits, par des images évocatrices, les enjeux des questions essen¬tielles. Nous ne parlerons que de la radioactivité et de ses usages, mais nous invitons le lecteur à procéder de lui-même à la généralisation du propos.

Pour nous éviter de nous égarer trop loin de notre sujet, le hasard nous a délivré un repère facile à retenir : il existe un élément chimique du groupe des terres rares, appelé prométhéum (Pm, Z = 61), qui possède la propriété d’avoir uniquement des isotopes radioactifs. Prométhée est enchaîné à la radioactivité.
Transposons l’intrigue de notre tragédie dans le langage fort prosaïque d’aujourd’hui. Le détenteur d’un savoir («la science») fournit à ceux qui le lui demandent («la société») un bienfait nouveau («la technique»). Mais, ce faisant, il donne aussi ce qui n’est pas souhaité. Nous nommerons ce dernier «détriment». C’est lui qui vient troubler la relation triangulaire initiale, laquelle tend à la satisfaction des deux parties. Les chœurs seront l’expression de ceux qui n’ont pas l’initiative de l’action, n’en perçoivent pas les bienfaits et en subissent les détriments réels ou imaginaires, certains ou potentiels. Ils sont à la fois la population présente, les générations futures, la planète et son devenir. Nous poserons les mêmes interrogations pour chaque application de la radioactivité : qui a demandé le «feu», et pour quoi faire ? Qu’a apporté Prométhée ? Quels méfaits sont sortis de la boîte et que peut-il faire pour les maîtriser ? Quel impact ces actions ont-elles sur les acteurs extérieurs ? Qu’est-ce qui leur est intolérable et pourquoi ? Peut- on espérer les associer aux bienfaits escomptés ?

Vidéo : La radioactivité : Un siècle d’utilisation

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