Le cerveau et la pensée : L’existence d’un centre superieur

> > Le cerveau et la pensée : L’existence d’un centre superieur ; écrit le: 12 juin 2013 par imen modifié le 12 novembre 2014

Voyage au centre du cerveau

Le cerveau n’est ni une structure homogène faite d’unité équivalentes, ni une mosaïque de centres différents, autonomes et isolés, ni une totalité de centres rigoureusement hiérarchisés dont le supérieur commanderait aux inférieurs. Si pour certaines fonctions sensitives et motrices spécifiques ou pour certains systèmes de coordination symbolique (langage…) on peut admettre l’existence d’un centre supérieur, il n’est pas évident qu’il puisse exister un centre supérieur unique de la pensée ; cette idée a pourtant été celle de certains chercheurs qui ont admis une hiérarchie et un centre de la pensée.
La suprématie a d’abord été accordée à l’écorce cérébrale par Broad- bent et par J. Hughlings Jackson, puis aux formations centrales par W. Penfield, et ensuite à certaines aires de l’écorce cérébrale par A. R. Luria.
Broadbent (1872) développa des arguments en faveur de centres spé¬ciaux de la pensée. Pour lui, l’idéation est le résultat d’un processus d’association des sensations reçues par les circonvolutions qui sont en rapport avec le monde extérieur et transmis à des parties du cerveau qui ne communiquent pas avec l’extérieur et où s’élaborent les idées.
J. Hughlings Jackson (1834-1911) admettait trois niveaux dans le système nerveux central :

  • un niveau inférieur situé dans la moelle épinière et le tronc cérébral où seraient représentés individuellement les divers éléments du corps, les muscles par exemple ;
  • un niveau moyen correspondant aux aires sensorielles et motrices de l’écorce cérébrale ; la coordination des mouvements et l’intégration des sensations et non plus les éléments y seraient représentés ;
  • un niveau élevé de la conscience localisé dans les régions frontale et préfrontale. Fritsch et Hitzig en 1884 situèrent aussi la pensée dans les lobes frontaux. Ils cherchèrent à le démontrer par l’expérimentation : l’ablation des lobes frontaux chez le chien affecte l’intelligence ainsi qu’en témoigne la perte de la mémoire des choses apprises par le dressage.

L’importance des lobes frontaux de plus en plus marquée chez les Hominidés, leur apparition tardive au cours du développement embryonnaire sont des arguments en faveur de la localisation de l’intelligence. Ils interviennent dans le degré d’intelligence, mais ne la conditionnent pas totale-ment. La preuve a été faite des milliers de fois par les opérations de psychochirurgie (lobotomie) après lesquelles il y avait peut-être affaiblissement, mais jamais suppression de la pensée…
W. Penfield (1891-1976) situa au contraire le niveau supérieur d’intégration non plus dans l’écorce mais en une position centrale. Il fit cette suggestion dès 1936 et en 1950 proposa le nom de « centrencéphale » pour définir le système central véritable « tableau de distribution » qui contrôlerait l’activité des deux hémisphères.
L’argumentation de W. Penfield était la suivante :
•    Les courants sensitifs ne se termineraient pas dans l’écorce ; chaque sensation élaborée dans l’écorce renverrait un écho dans le cerveau central où toutes les informations sensitives et sensorielles seraient en quelque sorte fondues avec des informations semblables venues de l’écorce de l’hémisphère opposé.
•    L’influx moteur part de l’écorce cérébrale, mais il faut supposer un mécanisme de commande d’ensemble capable de le contrôler. Une électrode appliquée sur l’écorce cérébrale motrice provoque un mouvement dans le bras, la jambe ou l’hémiface opposée ; le patient sent les mouvements se faire irrésistiblement ; il ne peut pas les empêcher, mais il peut les immobiliser avec son autre main. Mais aucune stimulation électrique en un point quelconque de l’écorce ne peut provoquer les mouvements complexes adaptés ; il faut donc qu’elles aient leur origine en un autre point. Les mouvements digitaux d’un pianiste par exemple ne peuvent partir de l’écorce motrice que lorsque celui-ci est actionné par des influx provenant d’un centre qui lui est fonctionnellement supérieur ; il se trouverait dans le centre du cerveau où les informations sensitives sur la position des doigts sont présentes, où l’image visuelle du pianiste est présente, où le souvenir de la musique aussi bien que l’effet auditif sont présents et où s’exerce le contrôle conscient sur le mécanisme du mouvement.
•    Le siège de la conscience est aussi nécessairement situé dans le centre du cerveau. Il fonctionne en activité conjointe avec l’écorce cérébrale. Une lésion minime du centre peut en certains points provoquer l’inconscience, alors que des lésions corticales étendues laissent intacte la conscience. Le développement de l’écorce a coïncidé avec l’acquisition de nouvelles adaptations au milieu, mais la conscience existait avant.
W. Penfield conclut  : « Il se peut très bien que toutes les parties du cerveau interviennent dans les processus conscients, mais le substrat indispensable de la conscience se trouve en dehors de l’écorce probablement dans le diencéphale », c’est-à-dire dans le cerveau central.A.R. Luria ( 1 902-1 977)  a proposé une version d’ensemble de l’organisation du cerveau qui bouleverse les notions classiques. Tout acte mental dépendrait de la coopération de trois unités fonctionnelles :
La première unité est représentée par des formations centrales. La formation réticulée maintient en un état d’éveil l’écorce et la rend apte à recevoir l’information et à organiser les processus mentaux. Le thalamus surimpose à l’action de la formation réticulée un tonus d’éveil qui va particulièrement vers les aires corticales spécialisées, par exemple les aires visuelles quand on lit, les aires auditives quand on écoute… La formation limbique dont l’hippocampe est la partie la plus importante, active l’écorce par l’intermédiaire de la substance réticulée quand se présente un signal émotionnel. Enfin, le lobe frontal où se programment nos activités conscientes télécommande toutes les activités cérébrales par l’intermédiaire de la formation réticulée sur laquelle il agit directement.
La deuxième unité est responsable de la réception, de l’analyse et du stockage de l’information. A la différence de la première qui n’a aucune spécificité, car l’éveil cortical est le même qu’il s’agisse d’une opération visuelle ou motrice, elle est faite de groupes spécialisés : groupe de la vision, groupe de l’audition… L’arrivée des informations comme le départ des ordres moteurs se font à partir de trois zones distinctes : une zone primaire reçoit les messages spécifiques ponctuels. Dans les zones secondaires sont mises en forme et stockées les informations. Les zones tertiaires situées aux confins des aires sensitives et sensorielles intègrent et combinent les excitations venues des analyseurs visuel, auditif, etc. ; ce travail de synthèse d’informations de modes différents aboutit à la formation d’un élément nouveau, d’un symbole verbal : le mot, grâce auquel existe la pensée abstraite. Des aires primitives aux aires secondaires, puis tertiaires, les informations subissent des opérations de synthèse d’une complexité croissante et dont la spécificité diminue. Le cortex visuel primaire par exemple ne fonctionne qu’avec des messages visuels. Les aires secondaires comportent déjà des neurones associatifs en relation avec des systèmes différents mais leur réponse reste spécifique. Les aires tertiaires plus importantes chez l’Homme sont « bonnes à tout faire ». Moins une fonction est spécifique, plus elle tend vers le général, c’est-à-dire vers le concept.
La troisième unité responsable des activités de programmation, de régulation, de vérification, est la zone où s’organise la pensée. L’être humain en effet agit en actes extériorisés ou en pensée sous deux types d’impulsion : ou bien il « réagit » à une information, ou bien il forme des programmes d’action et surveille leur réalisation. Cet enchaînement est déjà ébauché dans tout réflexe qui comprend une entrée, une sortie et une boucle de servocontrole ; mais là tout est automatique. Dans la réalisation d’intentions, au contraire, tout peut sans cesse être remis en question, donc tout doit être surveillé, corrigé. L’acte libre est d’une complexité énorme par rapport à l’acte automatique ou réflexe. Les zones de la troisième unité sont différentes selon s’il s’agit d’actions extériorisées ou mentales. La zone tertiaire « préfrontale », qui n’existe que chez l’Homme, est faite de cellules associatives ; elle est en relation avec toutes les parties du cerveau. Elle est le siège de la programmation ; elle a des connexions préférentielles avec l’ensemble de la première unité où sont les systèmes d’éveil qui, à leur tour, activeront les zones cérébrales dont le programmateur frontal a besoin. Zone sans spécificité par excellence, elle est capable de tous les apprentissages ; elle est le luxe suprême de l’humanité.

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