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Le temps du groupe : Le sens du passé des hommes

> > Le temps du groupe : Le sens du passé des hommes ; écrit le: 14 juillet 2013 par imen modifié le 8 novembre 2014


Le sens des hommes

Aujourd’hui, l’histoire cherche à se dégager des faits et à comprendre le sens du passé des hommes au travers de leur comportement et non plus seulement en évoquant des événe­ments ou des personnages importants. Mais le temps forme tou­jours l’élément essentiel de l’histoire, non seulement parce qu’il fournit l’indispensable outil de classement qu’est la chronologie, mais aussi parce que les historiens se doivent de replacer dans leur contexte les faits qu’ils racontent, les documents qu’ils consultent, les monuments qu’ils décrivent. Ce qui revient à faire revivre les aspects du temps qui ne sont pas dans les calendriers, ceux des idées, des pensées, comme des moments symboliques. « Ce n’est pas la strate superficielle, le temps rapide des événe­ments qui serait le plus important, dit Jacques Le Goff, mais le niveau plus profond des réalités qui changent lentement. »
L’histoire raconte désormais comment le monde s’est modi­fié au cours des âges. C’est une chronologie du changement.
Elle s’efforce de gommer l’importance de la discontinuité des laits, des événements. Car à toutes les époques, hommes politiques, philosophes ou militants de tous bords se sont appliqués a faire revivre de façon privilégiée des moments essentiels, selon eux, du passé, à faire resurgir dans la mémoire collective des éléments liés à une idéologie – comme celle des grandes révo­lutions, des luttes ouvrières, des mouvements nationaux, voire celle des déportations staliniennes ou nazies et des génocides. Une exception, peut-être, celle de la Révolution française, dont les acteurs avaient une telle haine de ceux qu’ils avaient com­battu qu’ils voulaient tout oublier de ce passé d’avant 1789.
Le grand historien Femand Braudel, célèbre pour son étude sur le développement des peuples de la Méditerranée, a fondé une problématique originale pour l’étude du passé, pour distin­guer les mouvements de la durée. Il cherchait, tout d’abord, à tenir le moins compte possible de ce qu’il a appelé le temps court, celui des menus faits, celui qui était à mesure des indivi­dus. Cette masse de faits, disait-il, ne constitue pas toute la réa­lité, toute l’épaisseur de l’histoire, ce qui l’a conduit « à cette recherche d’une connaissance pour qui tout commence et tout finit par le temps, dont la densité est lourde de pluralités de rythmes et d’une perpétuelle diversité d’espaces chronolo­giques », dit l’écrivain Jacques Laurent dans l’éloge qu’il fit de Fernand Braudel, lors de sa réception à l’Académie française.
Dans la préface de son ouvrage sur la Méditerranée, l’historien s’explique sur cette problématique, laquelle deviendra célèbre sous le nom de théorie des trois temps : « Il y a l’histoire qui ne bouge pas, puis l’histoire rythmée (la conjoncture, le mouvement de la population, les Etats et surtout les guerres) enfin il y a l’his­toire des individus et des événements, très rapide, qui n’est qu’agitation en surface. Je suis arrivé à décomposer le temps et à comprendre que nous sommes confrontés à des histoires parallèles à vitesse différente ». L’histoire qui ne bouge pas était, pour lui, celle des structures, des civilisations, par exemple, qu’il jugeait immortelles, « qui repoussent comme du chiendent. »
Regarder l’histoire de son groupe, c’est, en vérité, retrouver ses origines, son patrimoine, sa fierté, le sens de son évolution, la façon dont le temps s’y déroulait, et cela pas seulement au travers des grands moments et des grands hommes. Selon un autre grand historien, François Châtelet, il existerait un « esprit historien », caractérisé par la croyance en la réalité d’un passe nécessairement différent du présent. Ce qui signifie, en fait, que l’affirmation biblique « Ce qui fut sera, ce qui s’est fait se refera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil », qui illustre l’immanence de l’état naturel, ne peut avoir de sens pour un historien. Mais ce dernier réfléchit aujourd’hui à ces choses du passé avec sa mentalité actuelle, et non pas avec celle des hommes contemporains des faits qu’il étudie, et cela peut avoir son importance quant à l’interprétation qu’il en donne. « Les historiens n’écrivent pas l’histoire, mais l’histoire de l’histoire, dit Jacques Laurent devant !’Académie française. Et celle-ci se laisse découper par celle-là selon le choix, conscient ou non. » À partir du XVIIIe siècle, s’est développé l’idée de progrès, liée d’abord à une rupture avec les traditions, au temps des Lumières, et elle est devenue l’un des éléments de l’histoire. On a trop souvent tendance à la prendre comme un but, ou lui attri­buer de grands pouvoirs, comme celui de gouverner le destin de l’homme. Le temps joue en faveur du progrès, car il permet, d’abord, de le concevoir, puis aide à venir à bout des résis­tances conservatrices et des préjugés. Mais il faut souligner que le progrès, étroitement lié aux avancées de la science et des techniques, s’il est désormais étroitement associé à notre vision du monde, est spécifique à l’Occident : d’importantes civilisa­tions, comme celle de l’Inde ou d’autres, en d’Afrique, sont res­tées étrangères à cette idée et n’ont pas adhéré à ce besoin de changement chargé de signification, qu’a vécu l’Occident – probablement parce qu’elles ont gardé la notion d’un temps cyclique. La science, liée au progrès au point d’en devenir le symbole, est devenue comme une nouvelle religion, avant de subir des critiques, ce qui ne l’empêchera pas d’entrer dans l’histoire – laquelle, selon certains, serait une science.

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