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Les dioxines et autres POPs (polluants organiques persistants)

Vous êtes ici : » » Les dioxines et autres POPs (polluants organiques persistants) ; écrit le: 25 janvier 2012 par Mahfoudhi

Les dioxines et autres POPs (polluants organiques persistants)L’industrie chimique est largement responsable de la pollution de l’environnement et donc de l’alimentation. Plus de 10 000 molécules aux effets pour la plupart inconnus se retrouvent un jour dans notre assiette, après un long parcours dans les airs, le sol ou l’eau. Parmi ceux-ci, les plus décriés sont les dioxines, qui, comme nous allons le voir, regroupent un ensemble complexe de produits, dont le dosage est difficile et les effets peu visibles à court ou moyen terme.



Seveso

Les dioxines doivent leur célébrité non seulement à leur toxicité (à faible dose) mais à un accident survenu à Seveso (Italie) en 1976, dans une usine chimique qui fabriquait alors un herbicide aujourd’hui dis­paru. Au cours de cet accident, une certaine quantité de dioxines, que l’on évalue entre 100 grammes et 3 kilogrammes, fut dispersée dans l’environnement proche, dans un rayon d’environ 15 kilomètres, où vivaient 37 000 personnes.

Après cet accident, qui fut un événement de grande ampleur, on a envisagé le pire (comme la naissance d’enfants monstrueux et une hécatombe par cancers). Heureusement rien de tout cela n’est arrivé, et il a fallu près de 20 ans pour évaluer les effets de Seveso et en tirer les leçons. Les dioxines ne sont bien sûr pas sorties indemnes de l’af­faire, mais on connaît mieux aujourd’hui leurs effets .

Que sont les dioxines ?

On regroupe sous le nom de dioxines un groupe formé par plus de 400 composés chimiques, dont le plus célèbre est la 2,3,7,8-tétrachlo- rodibenzodioxine (TCDD) dite « dioxine Seveso ». On trouve aussi dans cette famille les polychlorodibenzodioxines (PCDD) ainsi que les poly- chlorodibenzofuranes (PCDF) ou furannes et certains polychlorobi- phényles (PCB). Parmi tous ces produits, une trentaine d’entre eux est considérée comme hautement toxique. Ces trois groupes de substan­ces sont des substances chimiques persistantes et particulièrement toxiques pour l’homme et l’environnement. Elles constituent 3 des 12 polluants organiques persistants (POPs) recensés au niveau inter­national. Les POPs s’accumulent dans les organismes vivants et résis­tent à la dégradation pendant une période de 7 à 10 ans. Ces trois groupes de substances ont notamment des effets de perturbation en­docrinienne, des effets sur la reproduction et des effets cancérigènes.

Le dosage des dioxines

Une très faible quantité de dioxines dans l’atmosphère entraîne une pollution considérable, et à l’échelle du corps humain, on parle de quantités de substances de l’ordre du picogramme (10″12 gramme ou millionième de millionième de gramme). Le dosage de dioxine dans le corps n’est donc non seulement pas facile à doser mais en plus coûte cher, et seuls quelques rares laboratoires dans le monde sont capables de donner des résultats fiables.

Afin d’évaluer et comparer la toxicité des dioxines, on a inventé une unité de mesure, qui évalue la toxicité moyenne d’un ensemble de produits « dioxines ». Il s’agit de 1’« équivalent toxique » (TEQ- toxic équivalent quantity), estimé à partir de la dioxine la plus toxique, la 2,3,7,8-TCDD ou dioxine Seveso.

Leur transmission

Après leur émission, les dioxines contaminent les sols, l’air, l’eau, par dépôt des particules atmosphériques, pendant une période d’en­viron 10 ans. On les retrouve dans les végétaux puis, rapidement, dans les graisses des animaux, les poissons, les crustacés, le lait, les œufs, puis chez l’être humain, où elles se concentrent dans les grais­ses, le lait maternel, et par voie de conséquence sont transmises au nouveau-né. C’est l’illustration parfaite d’une longue chaîne de poilu- tion, qui concerne l’agriculture, l’industrie et nécessite une sur­veillance sanitaire à très long terme.

Où trouve-t-on des dioxines ?

Les dioxines proprement dites – au contraire des PCB qui intervien­nent dans différents processus chimiques ou industriels, comme les transformateurs électriques – ne sont pas des produits directement utiles. Elles sont des sous-produits de processus chimiques industriels (combustion) ou naturels (éruptions de volcans, feux de forêt, mais aussi chauffage résidentiel au bois). Les dioxines sont issues de pro­cessus industriels variés, comme les fonderies, la fabrication de la pâte à papier, la fabrication de produits chimiques comme les agro­toxiques. Mais ce sont surtout les incinérateurs de déchets qui sont le plus souvent incriminés, comme celui de Gilly-sur-Isère qui fut fermé en octobre 2001 après la détection d’un taux de dioxines dans le lait de vache, supérieur de 3 picogrammes par gramme de matière grasse par rapport au seuil autorisé, et cela dans un rayon de 10 kilomètres.

Les incinérateurs

Les émissions de dioxines par l’industrie ont sensiblement dimi­nué depuis les années 1990. Aujourd’hui les usines d’incinération de déchets ménagers représentent la principale source d’émission (60 % de toutes les dioxines), même si leur émission a été divisée par quatre entre 1995 et 2001. Cette baisse est due à l’amélioration des techni­ques d’incinération. Depuis le 28 décembre 2005, tous les incinéra­teurs français, au nombre de 129, doivent respecter une loi draconienne en matière d’émission de dioxines (maximum 1 ng/m3).

Une contamination parfois naturelle

Les dioxines sont parfois présentes dans les aliments, pour des rai­sons souvent complexes ou impossibles à définir. Par exemple, une contamination de poulets et œufs par des dioxines a été repérée en 1997 aux États-Unis, pour laquelle a finalement été incriminée une ar­gile, la bentonite, utilisée dans la fabrication d’aliments pour ani­maux. Mais la carrière d’où provenait cette argile n’avait jamais été le site de déchets ou de fabrication industrielle. L’origine des dioxines était donc probablement naturelle et fort ancienne.

Les recommandations de l’OMS

Entre 1980 et 1990, la quantité totale de dioxines ingérées par voie alimentaire à l’âge adulte était en moyenne d’environ 2,3 picogrammes TEQpar kilo de poids corporel et par jour, dans la plupart des pays in­dustrialisés, et on estime que ces chiffres sont en baisse. Depuis 1998, les recommandations de l’OMS établissent un taux maximum de dioxines de 1 à 4 pgTEQ/kg/jour (contre 10 picogrammes auparavant). Pour les grands groupes d’aliments, il existe des teneurs maximales en dioxines définies par la réglementation européenne, révisables tous les deux ans, généralement à la baisse.

Les effets des dioxines sur la santé humaine

L’exposition de l’homme aux dioxines est responsable de troubles cutanés, comme une acné persistante et bénigne appelée chloracné, de la formation de taches sur la peau, ainsi que de troubles hépati­ques. À plus long terme, les dioxines sont responsables de perturba­tions du système nerveux, endocrinien et immunitaire. L’exposition expérimentale d’animaux à des doses importantes de dioxines mon­tre clairement que les dioxines sont cancérigènes.

Certaines populations sont plus exposées que d’autres aux dangers des dioxines, pour des raisons professionnelles (le personnel des inci­nérateurs ou de l’industrie de la pâte à papier) ou alimentaires (l’ab­sorption des dioxines étant principalement alimentaire, surtout par la consommation de poisson).

Les dioxines = produits cancérigènes

Les études réalisées sur les personnes exposées (proximité d’usi­nes de pâte à papier, de pesticides, habitants de la région de Seveso) ont permis de classer les dioxines comme produits cancérigènes. Dans cette étude, on remarque chez les personnes exposées, une augmen­tation du nombre de cancers du poumon et de lymphomes non hog- kinien, ce qui a été confirmé en 2003 par une étude française concernant une population vivant près d’une usine d’incinération de déchets. Certes, le risque est minime et, pour le mettre en évidence il faut éliminer un grand nombre de biais, liés aux facteurs qui peuvent masquer la cause réelle du cancer (tabagisme, conditions de vie, ha­bitudes alimentaires), ce qui est particulièrement difficile lorsqu’il faut étudier de larges populations durant plusieurs années. Cepen­dant, le risque est bien réel, et, pour donner une idée de son importan­ce, on peut considérer, par exemple, que dans des circonstances d’exposition à un taux élevé de dioxines (supérieur aux normes re­commandées), il y aura 5 cas supplémentaires de cancer comme le lymphome non hodgkinien sur une population de 100 000 habitants.

Les lymphomes non hodgkiniens

Les lymphomes non hodgkiniens sont des tumeurs cancéreuses qui se développent dans les ganglions lymphatiques et parfois dans différents organes (rate, foie). On les distingue de la maladie de Hodgkin, beaucoup moins fréquente et caractérisée par la présence de cellules anormales dans les ganglions lymphatiques (les cellules de Stern- berg). Ces cancers se développent à partir d’une catégorie particulière de globules blancs (les lymphocytes, d’où le nom de la maladie) et pré­sentent deux caractéristiques principales :

  •  la première est celle qui concerne un groupe très précis de cellules lymphocytaires, ce qui aura une influence sur le pronostic et la répon­se au traitement ;
  • -la seconde caractéristique est que ce cancer augmente en fréquence plus que tout autre cancer humain, dans tous les pays occidentaux et depuis plusieurs décennies (+ 3 à 4 % en moyenne par an).

Les effets sur le système hormonal

Les dioxines, comme d’autres polluants persistants, peuvent avoir aussi des effets sur la reproduction et le système endocrinien, mais ceci n’a pas été formellement démontré. On a souvent évoqué par exemple, une augmentation préoccupante du nombre d’avortements spontanés à Seveso, de malformations congénitales, une diminution du poids de naissance, un retard de maturation sexuelle ou une aug­mentation de nombre de naissances de filles par rapport aux garçons. En ce qui concerne ce dernier point, une étude publiée en 2005 montre que la pollution en général, influerait sur ce rapport et qu’elle serait responsable effectivement de l’augmentation du nombre de nou- veaux-nés de sexe féminin. Enfin, on accuse les dioxines d’augmenter la mortalité cardio-vasculaire et d’être responsable d’une augmenta­tion des lipides sanguins.

Le problème du lait maternel

Une préoccupation centrale, dans le problème des dioxines, est celle du lait maternel. On sait que ces polluants ont une tendance na­turelle à s’accumuler dans les graisses et le lait. En raison de la durée de vie des dioxines, plus la mère est âgée, plus le taux de dioxines dans son lait est élevé : si la différence d’âge entre deux mères est de 5 ans, le taux de dioxines dans le lait de la mère la plus âgée est 24 % plus élevé. De même, le poids maternel ou le taux de graisses dans le lait peuvent influencer sensiblement le taux de dioxines.

Cependant, dans l’état actuel des connaissances, l’intérêt de l’allaite­ment maternel est bien supérieur au risque potentiel de l’absorption de dioxines par le nouveau-né. Il s’agit pourtant d’un élément majeur de la surveillance sanitaire pour les prochaines générations.

Comment se protéger des dioxines ?

Hormis la surveillance constante des contaminations possibles dans les lieux industriels sensibles et les déchetteries, le consomma­teur ne peut guère se protéger des dioxines, à moins d’éviter de con­sommer trop de poissons et autres aliments susceptibles d’être contaminés ce qui, dans les circonstances actuelles, serait considéré comme un excès de protection (personne ne diminue sa consomma­tion de yaourts par peur des dioxines !).

En conclusion, il n’existe aucun doute sur le fait que les dioxines et produits apparentés soient toxiques pour les animaux et l’homme. De nombreuses études ponctuelles ont montré la relation entre l’exposi­tion aux dioxines (essentiellement alimentaire) et certaines maladies en particulier cancéreuses, comme dans le cas du lymphome non hodgkinien. Les taux de dioxines dans les aliments sont sous sur­veillance régulière, avec une tendance à la baisse du fait de l’amélio­ration du contrôle de la pollution industrielle. Cependant, de nombreuses inconnues demeurent, non seulement sur l’effet à long terme des dioxines, mais aussi sur les interactions avec d’autres polluants connus ou inconnus.

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