les investissements dans l’électricité

> > les investissements dans l’électricité ; écrit le: 10 février 2012 par mariouma modifié le 17 novembre 2014

Les investissements dans l’électricité concentrent la plupart des risques décrits ci-dessus. L’électricité est un bien essentiel pour lequel se manifeste une forte préoccupation politique en matière de prix et de sécurité d’approvisionnement. Les investissements sont longs (il faut huit ans pour construire une centrale nucléaire) et très exposés aux incertitudes, notamment à celles relatives au changement climatique. L’intervention gouvernementale est presque inévitable sur les prix, les investissements, la réglementation environnementale et les choix technologiques stratégiques (tels que l’énergie nucléaire). L’opinion publique se mobilise assez facilement contre certains choix de technologiques (nucléaire), contre des sites d’implantation et la construction de nouvelles lignes de transport à haute tension. L’opposition à de nouvelles ouvertures de site a été popularisée par le concept de NIMBY (Not In My Back Yard) qui est en train de devenir BANANA (Build Absolutely Nothing, Anywhere, Near Anybody) 20.
Les choix d’investissement pour la production d’électricité sont généralement fondés sur la valeur actualisée nette (VAN) du kWh sortant d’une nouvelle centrale. Ce coût est mesuré par la somme actualisée des investissements et des coûts d’exploitation de la nouvelle centrale, divisée par la production attendue. Plusieurs organisations publient régulièrement des estimations de coût pour un kWh produit par les centrales à charbon, les turbines à gaz (principalement les turbines à gaz à cycle combiné), les éoliennes et les centrales nucléaires.

Aujourd’hui, les électriciens comparent encore les coûts de production des technologies concurrentes mais ensuite, le choix est compliqué du fait des incertitudes et des risques décrits ci-dessus. Pour une entreprise, le prix futur du carbone est une question clé, car il est en train de modifier l’ordre de mérite entre charbon, gaz et nucléaire. L’environnement actuel tend à favoriser les unités de production de taille moyenne, construites rapidement, à faible intensité capitalistique. Une turbine à gaz à cycle combiné a un faible coût en capital (mais un coût élevé en combustible), une taille moyenne (de 250 à 350 MW, ce qui permet, étape par étape, de coller à l’évolution de la demande) et une grande flexibilité, c’est-à-dire la possibilité de démarrer ou de s’arrêter présqu ’instantanément. La construction prend 18 mois, comparativement à 7 à 8 ans pour une centrale nucléaire de 1 600 MW, qui a très peu de flexibilité et nécessite une très forte mise en capital. Toutefois, la production d’énergie nucléaire est nationale (sauf pour l’importation de l’uranium), et elle ne dégage pas d’émissions de C02. Cela explique pourquoi certains pays envisagent l’option nucléaire. Un exemple intéressant de couverture des risques propres à la construction d’une nouvelle centrale nucléaire est donné par la Finlande

La diversification, avec une contribution croissante des énergies renouvelables, demeure le principe de base pour la construction du bouquet énergétique du futur, un bouquet à faible intensité en carbone. Il paraît essentiel d’explorer et d’expérimenter chacune des technologies énergétiques disponibles et de mesurer précisément les coûts sociaux qui lui sont associés. La diversification énergétique a une valeur en soi par rapport à la gestion saine de la planète. Elle a aussi de la valeur dans le portefeuille d’une compagnie d’électricité et peut apparaître comme un moyen de diviser les risques. Les investissements du futur sont très dépendants des options stratégiques et des priorités de chaque pays, mais la diversification est un élément clé.
Les investissements sont la clé de l’édification d’un avenir durable. Le rôle des mécanismes de marché est fondamental mais ils ne mènent pas automatiquement au développement durable. Les coûts sociaux associés aux pollutions locales et à la pollution mondiale doivent être intégrés. De nouvelles formes de régulation sont nécessaires à différents niveaux pour pallier de manière appropriée et probablement urgente les défaillances du marché. La construction du bilan énergétique faiblement carboné du futur passe nécessairement par la diversification.

Défis pour l’avenir de l’énergie

Dans ce chapitre, nous avons rassemblé les différentes composantes de la nouvelle crise de l’énergie. Nous avons brossé le tableau des défis de ce siècle pour l’énergie et l’environnement. Le contexte mondial est chargé en complexités, incertitudes et risques. Parmi les incertitudes, les plus importantes sont celles liées aux impacts réels du changement climatique, et celles liées à la dynamique économique et géopolitique des nations. Voyons maintenant l’évolution possible du système énergie/environnement. Nous allons voir de manière plus détaillée quels sont les défis de l’avenir afin de trouver une solution à l’équation de Johannesburg.

Les scénarios de l’avenir

Un grand nombre d’études et de scénarios, publics ou privées, sont consacrés à l’avenir énergétique du monde. Ils montrent une grande variété d’évolutions possibles, des plus optimistes aux plus pessimistes 21. En 2007, l’AIE a développé différents scénarios pour le développement énergétique mondial d’ici à 2030 : un scénario de Référence [business as usual) et un scénario « de stabilisation 450 ».  Le système énergétique mondial a émis 27 Gt de C02 en 2005. Dans le scénario de référence de l’AIE, le volume des émissions atteint 42 Gt en 2030. La communauté scientifique internationale estime que, pour éviter une augmentation de la température de plus de 2 °C qui aurait des effets catastrophiques sur la planète, nous devons stabiliser les concentrations de C02 dans l’atmosphère à un niveau de 450 ppm, ce qui signifie un volume d’émission de 23Gt en 2030, soit une réduction de 19Gt par rapport au scénario de référence. Ces chiffres résument la nouvelle crise de l’énergie. Sommes-nous prêts à trouver le « corridor de sécurité » ? En sommes-nous capables ? L’AIE propose des moyens pour atteindre l’objectif : le développement du captage et de la séquestration du carbone (CCS), le développement du nucléaire et des énergies renouvelables, la substitution de combustibles et une amélioration à grande échelle de l’efficacité énergétique. La mise en place de ces réponses est un défi pour les peuples, les gouvernements et les entreprises.

Un défi pour les peuples

La communauté scientifique internationale est en grande majorité convaincue de la nécessité d’agir maintenant afin de réduire les émissions. En dehors de ce petit groupe, les gens sont plus ou moins convaincus qu’il y a un problème, mais seule une minorité d’entre eux ont décidé d’agir, de payer et de faire pression sur les gouvernements. Toutefois, pour le moment, l’économie mondiale, même avec la crise
qui ne fait que repousser les problèmes, suit le scénario de référence. Sans une plus grande sensibilisation du public et une augmentation de la pression sur les décideurs politiques, la communauté humaine mondiale ne résoudra pas « l’équation de Johannesburg ». La sensibilisation passe par une meilleure connaissance scientifique de plusieurs questions essentielles : les externalités, le climat, les technologies énergétiques propres. La connaissance précise de l’ensemble des coûts sociaux qui sont associés à la production d’énergie et à sa consommation est un élément puissant pour accélérer la prise de conscience et l’action. Mais l’acquisition de cette connaissance prend du temps.

Un défi pour les gouvernements

Toutes les nations et tous les gouvernements n’ont pas la même sensibilité aux dossiers de l’environnement et de l’énergie. Certains pays ignorent délibérément les questions environnementales, alors que d’autres (les pays scandinaves en premiers) sont profondément engagés dans la bataille. Les pays européens partagent une vision politique commune de l’avenir énergétique : baisse des émissions, amélioration de l’efficacité énergétique, développement des énergies renouvelables, plus grande diversification énergétique. L’Europe a créé le premier marché pour les émissions de C02. Au Royaume-Uni, le gouvernement de Tony Blair a joué un rôle clé dans l’accélération de la sensibilisation du public international aux changements climatiques. Il a réussi à convaincre George Bush que le changement climatique était une question importante. L’administration Obama annonce un changement radical dans la politique énergétique des Etats-Unis. La Nouvelle Crise de l’Energie conduit à une « re-politisation » de l’énergie et de l’environnement (Helm, 2007).
Les nations gardent également une grande diversité d’attitudes concernant la question nucléaire. Certains pays refusent toujours de se doter de nouvelles centrales nucléaires : l’Allemagne, l’Autriche. Certains pays développent l’énergie nucléaire. Certains pays ont réactivé le débat. C’est le cas du Royaume-Uni, qui illustre bien les propos de l’ancienne commissaire européenne à l’énergie Mme Loyola de Palacio disant « Nous ne pouvons pas en même temps réduire sensiblement les émissions de gaz à effet de serre et fermer la porte au nucléaire ». Le cas de la Finlande fournit une autre illustration : le pays cherche à bâtir un avenir énergétique durable, qui comprend la construction de nouvelles centrales nucléaires. Le nucléaire continue à se développer, mais la « Renaissance Nucléaire » est lente et ne change pas radicalement la donne. Si la Chine construit environ 20 nouvelles centrales d’ici à 2020, la part du nucléaire dans son bilan énergétique passera de 1,5 % à 2,5 ou 3 %, tandis que la part du charbon restera supérieure à 60 %.

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