Les modifications structurales : La migration des neurones

La migration des neurones est l’étape du développement du système nerveux au cours de laquelle les jeunes neurones, nés près des cavités du tube neural, se déplacent jusqu’à leur position définitive, notamment dans le cortex cérébral. Chez l’être humain, elle se déroule pour l’essentiel pendant la première moitié de la grossesse et conditionne l’organisation en couches de l’écorce cérébrale.

D’où partent les neurones ?
Les neurones du cortex naissent dans une zone de prolifération qui borde les ventricules, au centre du cerveau en formation. Les cellules qui viennent d’en sortir, appelées neuroblastes, doivent ensuite parcourir une distance qui s’allonge à mesure que la paroi du cerveau s’épaissit. Certaines structures profondes, comme les noyaux gris centraux, se forment au contraire à proximité de leur lieu de naissance.
La glie radiaire, un échafaudage
Au début des années 1970, le neurobiologiste Pasko Rakic a montré, chez le singe, que de nombreux neurones migrent en grimpant le long des longs prolongements de cellules gliales particulières, les cellules de la glie radiaire. Ces prolongements, tendus de la surface des ventricules jusqu’à la surface du cerveau, forment un véritable échafaudage. Le guidage est à la fois mécanique, par contact avec cette fibre, et chimique, grâce à des molécules d’adhésion et à des signaux sécrétés.
On sait aujourd’hui que d’autres neurones, en particulier de nombreux interneurones inhibiteurs, empruntent une migration dite tangentielle : nés dans les régions profondes du cerveau, ils se déplacent parallèlement à la surface pour rejoindre le cortex.
Un cortex construit de l’intérieur vers l’extérieur
Le cortex cérébral se met en place selon un ordre précis : les neurones nés les premiers s’installent dans les couches les plus profondes, et les vagues suivantes traversent les couches déjà formées pour s’établir de plus en plus près de la surface. Une protéine sécrétée près de la surface du cortex, la reeline, joue un rôle important dans cet arrêt des neurones au bon niveau ; son absence, chez la souris mutante dite reeler, désorganise les couches.
Une fois arrivés à destination, les neurones développent leurs dendrites et leur axone. Les longues connexions, comme celles qui relient la rétine au thalamus puis au cortex visuel, résultent de la croissance guidée des axones et non du déplacement des neurones eux-mêmes.
Quand la migration se dérègle
Des anomalies de la migration neuronale peuvent entraîner des malformations du cortex, regroupées sous le nom de malformations du développement cortical :
- la lissencéphalie, cerveau dont la surface est anormalement lisse, liée notamment à des mutations des gènes LIS1 ou DCX ;
- les hétérotopies, amas de neurones restés en chemin ;
- la polymicrogyrie, multiplication de petites circonvolutions.
Ces anomalies peuvent se manifester par une épilepsie, un retard de développement ou des troubles moteurs ; leur diagnostic repose sur l’IRM et l’avis de spécialistes en neurologie et en génétique.
Des facteurs extérieurs
La migration neuronale est sensible à l’environnement de la grossesse. L’alcool, certaines infections et certains toxiques peuvent la perturber, ce qui justifie les recommandations de prévention pendant la grossesse, à commencer par l’absence de consommation d’alcool.


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