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Les paradoxes du temps : Chaque fois n’arrive qu’une fois

Vous êtes ici : » » Les paradoxes du temps : Chaque fois n’arrive qu’une fois ; écrit le: 6 juillet 2013 par imen modifié le 8 novembre 2014

1La seconde caractéristique évidente du temps est qu’il génère une succession irréversible : ce qui se produit dans un instant deviendra du passé l’instant suivant, et ainsi de suite. Le présent succède nécessairement au passé et sera obligatoirement suivi de l’avenir. Chaque fois n’arrive qu’une fois. C’est ce qui fait tout le charme, unique, de cette première fois. La même vision,le même geste, s’ils sont répétés, ne créent plus la même émo­tion. Cela fait aussi partie de la logique de notre monde, même si les auteurs de science-fiction nous proposent des univers fan­tastiques où le passé, le présent et le futur n’ont pas les mêmes relations et peuvent parfois coexister.
Un instant ne peut apparaître que si le précédent a disparu. Mais n’existe-t-il pas un autre instant entre les deux ? La notion d’instant traduit bien l’un des paradoxes du temps : il assure sa continuité, mais du même coup il l’arrête. « À chaque instant, le temps nous est donné pour nous être aussitôt arraché », note le psychologue Paul Fraisse. C’est une coupure dans le déroule­ment du temps, entre ce qui vient de se passer et ce qui va se produire. Est-ce une durée ? Sans doute pas vraiment, car il ne serait plus un instant. Mais le fait même que nous le ressentons montre qu’il existe. Qu’est-il donc, cet instant tant chanté par les poètes ? Une vue de notre esprit, une invention de l’homme ou une réalité de la nature ? Si nous pouvions remonter d’ins­tant en instant, dit Platon, cité par le philosophe Alain, à chaque instant le même mot serait à dire : « Il n’est plus temps. » L’ins­tant, dit joliment le philosophe Louis Lavelle, est le croisement du temps et de l’éternité. On se souvient d’avoir été, pas d’avoir duré, dit de son côté un autre philosophe, Gaston Bachelard.
L’irréversibilité est-elle liée au temps, ou seulement à la des­cription que nous faisons des phénomènes que nous voyons se succéder ? Lorsque nous regardons par exemple l’histoire de l’univers, telle que les astronomes la décrivent, elle semble s être déroulée dans le même sens depuis sa naissance, que l’on date, aux dernières estimations, d’un peu plus de 13 milliards d’années. Et cela suivant un rythme et une durée qui ont permis à la matière de s’organiser, aux étoiles de naître, aux planètes de se former, à la vie d’apparaître sur Terre, laquelle est vieille d’environ 4,5 milliards d’années. Il en est de même pour l’histoire de cette vie terrestre, qui paraît s‘être déroulée de façon irrégulière, mais continue, depuis plus de 3,6 milliards d’années, de la première cellule rudimentaire jusqu’à l’homme. Nous-mêmes sommes prisonniers de ce mouvement qui nous conduit d’un néant, celui d’avant la naissance, à un autre, celui de la mort. I .? ,seule manière dont nous disposons pour combattre ce mouvement qui semble inéluctable, c’est de procréer: chaque être est condamné à mourir, mais son patrimoine héréditaire, qu’il transmet à ses enfants, est immortel s’ils le transmettent à leur tour à leur descendance. « Rien ne peut te défendre contre la faux du temps, sinon ta lignée », dit Shakespeare dans l’un de ses sonnets.
Il en est de même pour la matière inerte : lorsque deux liquides se mélangent ils ne reviennent jamais à leur état initial. Le morceau de sucre fond dans notre tasse de café et ne se reconstitue pas. L’eau tiède ne redonnera jamais de la froide et de la chaude. Ce sont là des observations évidentes, mais qui sont théorisées et validées par des lois physiques largement confirmées depuis des siècles. L’irréversibilité du temps semble un phénomène indiscutable. Pourtant, pour les physiciens, seuls les systèmes composés d’un très grand nombre d’éléments sont irréversibles, alors que d’autres, faits de peu d’éléments, peuvent être réversibles en apparence. On prend souvent l’exemple de deux boules lancées sur un billard : si on filme leur comporte­ment, on peut passer la bande à l’envers sans problème, le phé­nomène reste cohérent. De même, on peut enregistrer la Lune tournant autour de la Terre et repasser le film à l’envers : la trajectoire est la même. En fait, tout ce qui, dans l’espace, est lié à la loi de’ la gravitation universelle est insensible au temps. En revanche, cela est impossible avec un grand nombre de boules de billard : on ne comprendrait pas qu’après avoir été disper­sées, elles se retrouvent groupées. Ce serait comme si le mor­ceau de sucre fondu dans le café se reconstituait. Les systèmes que nous rencontrons dans notre vie quotidienne étant tous faits d’un très grand nombre de composants, ils obéissent tous à la loi d’irréversibilité.
Le calcul des probabilités, qui gouverne, entre autres choses, les jeux de hasard, met en question ce principe d’irréversibilité. 11 indique que si l’on bat suffisamment longtemps un jeu de cartes en désordre, l’ordre normal des cartes finira par s’établir. Car le fait de battre fait passer en revue toutes les possibilités d’ordre des cartes – y compris le bon. Mais « suffisamment longtemps » signifie des milliards, des milliards et des milliards de fois, un temps qu’on ne peut pas calculer et encore moins imaginer. On cite souvent l’exemple des singes qui taperaient au hasard sur le clavier d’une machine à écrire et qui finiraient par produire une pièce de Racine. Le principe est le même : en exploiant au hasard toutes les combinaisons des mots, on doit arriver, selon le calcul des probabilités, à ce résultat. Mais on oublie souvent de dire que cette probabilité est d’un sur 10. ce qui signifie qu’il faudrait, pour passer en ,revue toutes les combinaisons. que les singe tapent: pendant un temps égal à l’âge de 1 univers, c’est-à-dire pendant plus de 13 milliards d’années.

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