Les paradoxes du temps

> > Les paradoxes du temps ; écrit le: 6 juillet 2013 par imen modifié le 11 novembre 2014

Les paradoxes du temps

« Quand on ne me le demande pas, je sais ce qu’est le temps ; quand on me le demande, je ne le sais plus », dit saint Augustin dans ses Confessions, écrites vers l’an 400. Il est peu d’exemple d’une remarque aussi ancienne qui garde autant sa valeur. Car il est vrai que le temps est l’un des phénomènes les plus étranges qui existent : sa réalité nous semble évidente, mais personne ne sait la démontrer. Tout en étant perpétuellement à nos côtés, il reste invisible, impalpable et mystérieux. Nous avons conscience qu’il se déroule de façon régulière, qu’on ne peut ni l’arrêter, ni le ralentir ou l’accélérer. Qu’il est, comme dit le philosophe, la forme la plus inexorable de notre destin. Mais personne ne sait en quoi il consiste.
Nous avons pourtant le sentiment intime du temps qui passe. Mais comment démontrer qu’il s’agit d’autre chose que d’une construction de notre esprit? Nous avons l’impression qu’il existe, indépendamment de nous, un temps sur lequel nous n’avons aucune prise, mais aucun organe de nos sens ne nous informe sur sa réalité. La vie quotidienne nous apporte cepen­dant d’innombrables témoignages de son existence. La nuit suc­cède au jour, le Soleil, la Lune, les étoiles ne sont pas à la même place d’un moment à l’autre. Les saisons se suivent, les enfants naissent et grandissent, les rides apparaissent, les vieillards meurent. Cela signifie-t-il qu’il existe un temps absolu ?
Le sentiment d’un déroulement régulier, inéluctable, du icinps n’a-t-il pas été acquis, au contraire, avec l’apparition des systèmes permettant de le compter ? Comment penserions-nous le temps si nous n’avions aucun instrument pour mesurer son avancée ? Quels attributs lui donnerions-nous ? Les compte- temps perfectionnés que nous connaissons aujourd’hui ont mis longtemps à naître, mais il en a toujours existé de plus rudimen­taires, car l’homme civilisé a toujours cherché à ‘mesurer le temps : dans l’Antiquité lointaine, on estimait la fuite du temps en regardant la longueur de son ombre – mais fallait-il encore que le soleil brillât ! Puis on imagina d’ingénieux instruments avant l’invention des horloges et des montes, les premières véritables machines à mesurer le temps de façon exacte. Il est difficilement imaginable d’identifier le temps avec la manière dont on le mesure. Mais il est intéressant de se demander quels étaient les rapports de l’homme avec le temps avant ces inven­tions. Nous allons le voir: ils sont très différents chez les peuples qui n’ont toujours pas de montres.
Ces interrogations sur le temps ont été longuement débattues par tous les penseurs, depuis les Grecs. Elles ont donné lieu à des discussions, passionnées, dans un langage que nous avons parfois du mal à comprendre, mais cela n’a pas fait avancer d’un pouce notre connaissance sur la nature du temps. Les poetes peuvent-ils nous fournir des images plus excitantes ? « Le temps est la substance dont je suis fait », dit Jorge Luis Boiges. « Le temps est un fleuve qui m’entraîne, mais je suis le fleuve ; c’est un tigre qui me déchire, mais je suis le tigre ; c’est un feu qui me consume, mais je suis le feu. » Et Jacques Pré­vert : « Le temps, dont il dit qu’il passe, alors qu’il s’assoit et reste là à vous regarder passer. » Un autre supplie : « Ô temps, suspends ton vol ! » Mais le temps ne suspend jamais son vol.
« Les jours s’en vont, je demeure », soupire Guillaume Apolli­naire. «Tenir l’infini dans la paume de sa main/Et l’éternité dans une heure », dit William Blake. Et l’humoriste de conclure qu il n’a rien contre le temps, mais que, par moments, il a très envie de le tuer !
On pourrait aussi, ne serait-ce que pour se distraire un peu dans ce sujet austère, relire les délicieux paradoxes de Lewis Canoll, 1 auteur de Alice au pays des merveilles. Comme celui- ci, résumé : « J ai deux horloges, l’une ne marche pas du tout,l’autre retarde d une minute par jour. Laquelle préférez-vous ? Celle qui retarde ? Regardez bien : elle doit attendre de retarder douze heures avant d’être de nouveau à l’heure juste. Par consé­quent, elle n’est à l’heure que deux fois par an. Tandis que l’autre, qui ne marche pas, est à l’heure deux fois par jour. » Sir Thomas Browne, en 1642, disait : « Le temps ? C’est facile à comprendre : c’est ce qui a été créé cinq jours seulement avant nous. » « Ne me demandez pas mon âge, disait l’humoriste Alphonse Allais, il change toût le temps. »

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