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Les société modernes, où l’unité retrouvée à travers la généralisation de l’écriture

Vous êtes ici : » » Les société modernes, où l’unité retrouvée à travers la généralisation de l’écriture ; écrit le: 10 mai 2012 par Samouha modifié le 14 novembre 2014

Les sociétés modernes, où l’unité retrouvée à travers la généralisation de l’écritureLes société modernes, où l'unité retrouvée à travers la généralisation de l'écriture

La modernisation s’attaque au dualisme sur lequel reposaient les grandes civilisations historiques. Elle le fait de deux manières, par la généralisation de l’écrit, qui cesse d’être l’apanage d’étroites élites, et par un développement sans précédent de la productivité lié à la mécanisation et à la mise en œuvre de formes concentrées d’énergie qui bouleversent les conditions de transport et la fabrication des objets manufacturés. Les économies d’échelle deviennent de plus en plus sensibles dans ces domaines. Les premières formes de télécommunication apparaissent aussi mais leur impact ne devient sensible que plus tard, ou ne concerne longtemps que certains aspects de la vie économique, nouvelles de marché, fonctionnement des entreprises (Griset, 1991 ).

La réduction des contrastes culturels et sociaux

Les sociétés que la modernisation met en place en Europe et en Amérique du Nord refusent les privilèges héréditaires. Elles reposent sur la généralisation du salariat. Le progrès assure à une part croissante de la population une alimentation suffisante et lui donne les moyens de se loger et de s’habiller convenablement ; il la fait bénéficier d’un minimum de loisirs. Dès 1870, la modernisation est corrélative de l’élargissement des classes moyennes. Celles-ci incluent une masse croissante d’ouvriers et les employés de plus en plus nombreux que nécessitent une circulation plus active et l’accroissement de la demande de services.



Des écarts sociaux plus réduits certes, mais aussi et surtout une extension sans précédent de l’accès aux formes élitaires de la culture : la généralisation de l’instruction, qui devient obligatoire dans la plupart des pays occidentaux dans le courant du xixe siècle, en est responsable (fig. 39). La substitution, dans les écoles primaires, des langues de culture aux dialectes locaux élargit les horizons : l’enseignement a un impact social immense. Il ouvre à une proportion de plus en plus large de la population l’accès direct aux textes sur lesquels se fonde la religion et repose le régime politique. Il diffuse les connaissances techniques que requièrent les formes nouvelles du machinisme et pour lesquelles les modes traditionnels d’apprentissage ne conviennent plus. L’école est libératrice.

La démocratisation des formes élitaires de la culture a un prix : beaucoup de traditions locales disparaissent faute d’être transmises par les nouveaux modes d’acculturation. La régression des dialectes appauvrit les cultures.

A ces effets en grande partie involontaires de la modernisation s’ajoute celui de la dévalorisation systématique dont les pratiques populaires sont l’objet. Chez les protestants et les jansénistes aux xviie et xviiie siècle par exemple, l’action en ce domaine exprime la volonté d’épurer des mœurs jugées grossières et de réduire les occasions de tentation et de péché. Au XIXe siècle et au début du XXe, les idéologues du progrès luttent contre des préjugés qui retardent l’avancée de la civilisation. Pour les ruraux, que l’industrialisation déracine et jette dans de grandes villes d’échelle jusqu’alors inconnue, le choc est brutal : la plupart des repères ont disparu.

Des bases écologiques élargies

La transition à la modernité n’aurait pas pris le même visage si elle ne s’était accompagnée de la révolution industrielle. A partir du milieu du xviiie siècle en effet, les rapports que les groupes humains entretiennent avec l’environnement ne cessent de se transformer : grâce à l’efficacité accrue du travail dans l’agriculture,la production des denrées primaires est assurée par une part décroissante de la population active totale ; les sources de produits alimentaires, de matières premières ou d’énergie concentrée dont dépendent les groupes humains deviennent de plus en plus lointaines grâce à l’accélération des transports et à la baisse corrélative de leurs prix. Les gens mangent mieux et davantage, habitent dans des logements généralement plus vastes, mieux isolés et mieux chauffés, sont mieux vêtus et disposent de garde-robes plus variées. Ils apprennent à utiliser de nouveaux artefacts pour se distraire — l’appareil de photo, le phonographe , ou se déplacer — le chemin de fer, le bateau à vapeur, et aux générations suivantes,le tramway électrique, l’automobile ou l’avion.

La part d’autarcie qu’avait toujours impliquée la satisfaction des besoins humains disparaît : on ne puise plus dans le milieu immédiat que l’air que l’on respire : les adductions et systèmes de distribution qui se multiplient permettent de se passer de puits ou de citernes individuels au profit de systèmes municipaux ou régionaux de prélèvements dans les cours d’eau, les lacs, les étangs ou les nappes phréatiques. Effluents liquides et déchets sont parallèlement évacués hors des espaces habités.

Les transformations spectaculaires des fondements de la vie économique résultent de la mise en œuvre de nouveaux savoirs technologiques (Daumas, 1962- 1965-1968). Ceux-ci n’apparaissent plus comme l’apanage de groupes professionnels fiers de leurs compétences et peu soucieux de les faire partager à d’autres. Ils résultent de la connaissance scientifique des processus, matériaux et méthodes propres à domestiquer les sources concentrées d’énergie. L’élargisse¬ment des bases écologiques des groupes est donc corrélatif d’une réorganisation des sociétés elles-mêmes : pour faire face aux dimensions nouvelles de la production et de l’échange, la part des bureaucraties privées que constituent les grandes entreprises augmente dans la vie économique, alors que le tissu des affaires familiales, fondées sur des savoir-faire lentement acquis et jalousement transmis sur place, se désagrège. La révolution industrielle contribue ainsi à sa façon à la dévalorisation des éléments populaires de la culture. La mutation ne s’effectue cependant pas brutalement en ce domaine. Cela explique la lenteur de la diffusion des techniques industrielles hors des foyers où elles sont nées et où elles ont pu compter sur des artisanats progressivement reconvertis.

De nouveaux systèmes de représentation : la montée de la science et des idéologies

La modernisation s’accompagne de la généralisation d’attitudes très critiques vis-à-vis des systèmes traditionnels de croyances, des religions en particulier. N’ont-elles pas détourné les hommes de l’étude précise de leur environnement et des moyens de le mettre en valeur, puisqu’elle dépréciaient les réalités matérielles et mettaient l’accent sur l’autre monde ? Ces critiques ne font pas pour autant disparaître la vie religieuse, mais elles la transforment. Dans les sociétés laïques de tolérance qui se mettent en place, la foi n’est plus qu’une affaire privée ; elle cesse d’être le garant du lien social et de donner un sens à la vie commune.

Les idéologies remplissent le vide laissé par ce retrait forcé du religieux : ce sont des doctrines fondées sur l’idée de progrès qui donnent désormais un sens à l’existence (Claval, 1980). Ne voit-on pas poindre un avenir meilleur pour tous et des lendemains qui chantent ?
Les idéologies sont-elles aussi différentes des religions traditionnelles qu’elles le prétendent ? Non : à bien des égards, elles apparaissent comme des rituels assez frustes. La révélation, ici renouvelée, est le fait des intellectuels qui discernent le dessin des avenirs possibles dès l’instant où ils commencent à s’annoncer. Le mal n’est plus individuel : il réside dans les structures sociales qui freinent les mouvements souhaitables. Certaines classes sont marquées d’opprobre parce qu’elles s’opposent au changement. Leur sacrifice contribue à dénouer les freins qui s’opposaient au progrès et sanctifient la cause nouvelle : la Révolution apparaît
ainsi comme un rite sanglant destiné à conjurer et éliminer à la fois les forces rétrogrades.

Les autres mondes sur lesquels reposait l’univers symbolique traditionnel se trouvent dévalorisés. La modernité colle aux choses palpables, aux réalités matérielles. Elle trouve son sens dans la découverte de ce que l’histoire fait émerger : la vérité si fugace des arts d’avant-garde repose sur l’aptitude à percevoir sous le chaos de l’instant les structurations du futur (Compagnon, 1990).
Sur le plan politique, la modernité révoque en doute les régimes de droit divin. La souveraineté n’a désormais qu’une source, le peuple sur lequel elle s’exerce. Dans les démocraties, l’autorité se fonde sur le respect de procédures formelles de consultation. Elle peut également être revendiquée par la fraction des intellectuels capables de saisir la vérité qui se forme : c’est la justification de toutes les démocraties totalitaires qui ont si profondément secoué le développement de l’humanité au cours des deux derniers siècles.

Une urbanisation de plus en plus profonde

Karl Marx voyait dans l’opposition des villes et des campagnes le trait le plus spectaculaire des contradictions de la société où il vivait. Une bonne partie de la pratique des socialismes réels de l’Europe de l’Est s’explique par la volonté de redonner à l’humanité l’unité dont l’urbanisation l’avait privée.

Ce n’est pas dans les pays socialistes que la contradiction entre villes et campagnes se résorbe pourtant, mais dans les pays qui ont laissé jouer les mécanismes concurrentiels : la part de la population active dans le secteur primaire finit par se réduire à quelques pour cent ; la dispersion qui lui est liée ne touche plus qu’une petite partie de la population. Les progrès des transports rapides et des télécommunications permettent de mener des genres de vie urbains dans des milieux de densité moyenne. L’environnement des villes diffère toujours de celui des campagnes, mais leur rôle symbolique ne s’oppose plus.

Les rapports au paysage prennent alors une autre dimension : l’environnement immédiat n’est plus perçu fondamentalement comme un tout productif ; il est conçu comme un cadre de vie. De sa qualité dépend le bonheur des hommes. Le paysage devient l’enjeu d’âpres contestations : de son harmonie découle la bonne volonté des électeurs ; de son partage résulte le sentiment de justice ou d’injustice qui caractérise la société. Les valeurs esthétiques et l’idée de préservation prennent une dimension politique : les premières influent directement sur l’appréciation que l’on se fait de l’existence ; la seconde traduit l’émergence de nouvelles formes d’identités (Berque et alii, 1994).

Quelques orientations de lecture

Il existe quelques études classiques sur les forces qui ont modelé le monde industriel (Braudel, 1967) et lui ont donné des formes spécifiques d’organisation de l’espace (Claval, 1968). Les grandes monographies que les géographes français ont consacré, entre les deux guerres mondiales, aux grandes puissances développées ou aux pays neufs méritent d’être lues : Albert Demangeon sur l’Empire britannique ( 1922), la Belgique, les Pays-Bas et le Luxembourg (1927) ou les îles Britanniques (1927), Henri Baulig sur l’Amérique septentrionale (1935-1936) ou Pierre Denis sur l’Argentine (1920). Sur le Japon, mais pour une période plus récente, on se reportera à Augustin Berque (1982 ; 1986 ; 1993).

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