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Aires culturelles,cultures et civilisation

Vous êtes ici : » » Aires culturelles,cultures et civilisation ; écrit le: 7 mai 2012 par Samouha modifié le 14 novembre 2014

Aires culturelles,cultures et civilisation

Aires culturelles,cultures et civilisation

La culture est une réalité mouvante : chacun reçoit un bagage qui lui est propre en fonction de l’époque et du lieu où il vit et de l’itinéraire qu’il parcourt ; l’expérience lui permet d’enrichir et d’adapter ce dont il a hérité. Les processus de transmission et de réinterprétation tendent à différencier les formes de la culture, puisque les individus qui composent une société ne suivent pas les mêmes trajectoires, ne rencontrent pas les mêmes personnes et ne sont pas impliqués dans les mêmes cercles intersubjective (Hagerstrand, 1970 ; Giddens, 1984).

Dans certaines aires, la similitude des outillages intellectuels, des attitudes cl des aspirations individuelles est cependant frappante : c’est qu’il y existe des facteurs d’homogénéisation qui contrecarrent la fragmentation. C’est à leur analyse, et aux entités auxquelles elles donnent naissance, aires culturelles, cultures ou civilisations, qu’est consacré ce chapitre.



Il  est normal que les gens qui vivent proches les uns des autres partagent beaucoup de façons de faire et de voir : le rôle de l’imitation et de la parole dans la transmission des pratiques et des savoirs suffit à l’expliquer. Dans les petits groupes que les ethnologues étudiaient avec prédilection dans la première moitié du XXe siècle, la cohabitation et l’oralité favorisaient ainsi la reproduction indéfinie des mêmes thèmes culturels. Le conditionnement que créaient les modèles de perception et les discours dominants suffisaient à maintenir les gens à l’unisson (Linton, 1968). Dans le même temps, des différences ne tardaient pas à se creuser d’un lieu à l’autre, là où les relations manquaient.

L’établissement de facilités de communication favorise la diffusion des innovations : grâce aux échanges, les techniques voyagent. L’ensemble des recettes mises en œuvre par les groupes implantés en des points souvent éloignés finissent par se ressembler. On parle généralement d’aires culturelles pour désigner les ensembles qui résultent ainsi, d’une manière quasi mécanique, de la mobilité des hommes, des informations et des biens. Leur étendue dépend des obstacles que rencontre la communication : la distance gêne l’acheminement des informations ; les échanges s’arrêtent souvent aux bornes des aires où les mêmes conventions de communication sont employées, les limites linguistiques par exemple.

Les trajectoires de vie sont d’autant plus variées que les populations sont plus mobiles, les informations plus nombreuses et plus faciles à acquérir en tout point, cl les rôles plus nombreux au sein des cellules où se forment les gens. Les forces qui tendent à la différenciation individuelle des cultures se renforcent donc dans le monde actuel. Dans ce cas, les facteurs qui poussent à accepter les attitudes, les pratiques et les valeurs des voisins, ou à les rejeter, ne sont plus techniques : il mit leur source dans les sentiments d’identité et dans le souci de préserver ce sur quoi la personnalité est fondée. Les individus ont le sentiment d’appartenir à une culture. Ils y sont d’autant plus attachés que celle-ci les fait accéder à la condition supérieure qui est celle des civilisations.

I e rôle de la distance dans la formation des aires culturelles

Quels sont les effets à long terme de la communication ? Certains des problèmes auxquels les hommes sont confrontés sont universels (donner une formation aux enfants, structurer les relations sociales et contrôler des comportements déviants) alors que d’autres dépendent des conditions géographiques : on no peut cultiver les mêmes plantes dans tous les environnements ; les matériaux utilisables changent d’un lieu à l’autre. Il faut alors chercher au moins autant de réponses spécifiques aux problèmes qu’il y a d’unités naturelles. Au sein de chacune, l’homogénéité l’emporte souvent.

Là où les conditions naturelles ne changent pas, rien ne pousserait à abandonner une solution au profit d’une autre si elles étaient strictement équivalentes : cela conduirait à une distribution en mosaïque des traits culturels. La diffusion l’emporte cependant souvent : c’est le cas lorsqu’il y a innovation radicale, invention d’une procédure plus efficace, d’un instrument plus performant. Celui qui réussit le premier à faire face à une difficulté, à fabriquer un outil, à mettre au point une substance utile, à perfectionner une technique de transformation, apporte à ceux qui l’entourent un avantage substantiel : l’innovation fait rapidement tache d’huile ; l’homogénéisation de l’espace est inévitable. Avec les moyens de communication quasi instantanés dont disposent les sociétés contemporaines, elle est rapide. Le remplacement d’artefacts régionalement différenciés par les produits standardisés de l’industrie moderne marque le triomphe de techniques assez performantes pour avoir une valeur universelle. Pourquoi y aurait-il des variantes régionales ou locales de tracteurs, de fusils, d’aspirine ou d’allumettes ? La situation était autrefois différente.

La diffusion de proche en proche

Dans le monde d’hier, la diffusion obéissait à des processus simples que l’on a pu modéliser. Hagerstrand (1968/1953) l’a fait pour la Suède méridionale dans les premières décennies du xxe siècle, au moment où la campagne traditionnelle est pénétrée par le « progrès » de la société industrielle. Il s’agit d’un milieu rural où la majorité des gens ne connaissent encore que des façons de faire traditionnellement pratiquées. Certaines familles ont pourtant reçu une instruction plus large cl disposent de ressources économiques plus importantes.

La masse de ceux que l’innovation peut intéresser est hésitante. Pour se décider, il ne leur suffit pas de savoir qu’il existe des équipements plus performants ou des semences mieux sélectionnées. Ils veulent constater de leurs yeux les avantages que les innovations apportent et mesurer leurs effets pervers éventuels. Ils attendent pour se décider que quelqu’un ait franchi le pas à proximité : ils lui rendent visite, le questionnent, lui demandent s’il est satisfait. Ils se jugent alors suffisamment informés et acceptent la nouveauté ou la refusent. Dans la Scanie de la première moitié du XXe siècle, l’utilisation des prairies artificielles, la tuberculinisation des vaches et la diffusion de l’automobile se propagent ainsi de manière très similaire à quelques années de distance.

Aussi longtemps que la société est socialement peu différenciée et que le déplacement des gens et des idées se fait au rythme de la marche à pied, la diffusion se fait par vagues concentriques autour des centres d’innovation: c’est sur cette idée que repose, en archéologie, la reconstitution des vagues de diffusion : elle apparaissent dans des couches d’autant plus anciennes que l’on est plus près du foyer d’innovation, que l’on détermine de la sorte. La propagation est en fait plus lapide là où les voies de passage sont plus faciles et plus fréquentées : des terres lointaines sont ainsi touchées avant les zones proches, mais qui  vivent dans l’isolement.

La culture des céréales à la charrue et la domestication des bovins, des ovins et des caprins apparaissent ainsi dans le Croissant fertile du Moyen-Orient au cours des VII’ et VIe millénaires avant notre ère et gagnent de là l’Inde, l’Asie centrale et l’Extrême-Orient d’une part, le monde méditerranéen et l’Europe de l’autre entre l’Asie mineure et l’Europe occidentale, le processus prend à peu près trois millénaires, 100 km par siècle, 30 km par génération (Renfrew, 1990).

La diffusion hiérarchique

La propagation du changement est beaucoup plus rapide et le dessin des aires mi elle s’étend plus irrégulier dans des sociétés plus avancées. Lorsqu’elle i mil mue à dépendre de contacts directs, les niveaux supérieurs de la hiérarchie mitaine sont touchés les premiers ; les lieux de résidence des classes supérieures, lu où ils ne coïncident pas avec les grandes métropoles, servent également de foyers.

L’étude de Hagerstrand nous apprend ce qui se passe chez ceux dont les horizons ont été élargis par une meilleure éducation. Un rien suffit à attirer l’attention lit’ ces élites ouvertes aux innovations et qui lisent beaucoup et se déplacent volontiers : elles flairent la nouveauté et l’adoptent sans mal. La répartition de ceux qui accueillent les premiers un procédé révolutionnaire se fait au hasard, livre davantage de chances pourtant pour les centres placés au sommet des hiérarchies s urbaines ou à leur proximité : c’est là que la proportion de gens instruits est lu plus forte, là aussi que les informations originales arrivent le plus vite (Hâgers- trand, 1968/1953).

Nous avons affaire à une diffusion hiérarchique (Brown, 1968 ; Hudson, 1972). Celle-ci est canalisée par des systèmes de transports et de communication généralement polarisés. Elle reflète aussi la structure pyramidale de lit .société : l’information s’y répand en cascade, du haut vers le bas.

La diffusion des aspects techniques de la culture est assez facile à analyser.C’est dans ce domaine que des régularités dans les rythmes, les fronts ou les modalités hiérarchiques de diffusion ont été mises en évidence.

L’analyse des traits culturels et leur cartographie

Les études culturelles ont été développées, dans le courant du xixe siècle, par îles ethnographes. Ils étaient fascinés par les sociétés qu’ils découvraient, mais leurs voyages étaient généralement de trop courte durée pour qu’ils maîtrisent les Lingues locales. Ils accordaient donc une grande attention aux traits matériels de la culture. Ce penchant était renforcé par les demandes qui émanaient des musées ethnographiques qui se constituaient alors.

Dans ces conditions, les cultures étaient appréhendées comme des collections de traits distincts et indépendants les uns des autres : artefacts (outils, vêtements, habitations), langues (une attention particulière était souvent accordée aux mots eux-mêmes), contes et légendes, rituels et cérémonies. Le but était de les répertorier et de les cartographier (exemples de ces distributions dans Spencer et Thomas, 1969 ; Varii Auctores, 1982-1983). Les linguistes s’intéressaient en particulier au vocabulaire. Certaines limites leur apparurent aléatoires. Le tracé de la ligne (ou isoglosse) qui sépare, dans les patois languedociens, les zones où le chêne se dit cache, et celles ou il se dit garri, est fort irrégulière et ne répond à aucune logique.

Le milieu géographique n’est jamais homogène. Les sociétés n’ont souvent qu’une emprise fragile sur leur environnement, et les techniques qui conviennent pour un milieu sont inutilisables lorsque les conditions changent. Rien d’étonnant à voir l’extension des espèces cultivées, des systèmes agricoles, des matériaux et modes de construction de l’habitat, et celle du vocabulaire qui permet de les saisir, coïncider alors avec les compartiments du monde naturel (sur la notion d’aire culturelle, voir Wissler, 1924; sur son adaptation, sous forme de «cercles» culturels, aux réalités africaines, voir Baumann et Westerman, 1947).

Les alignements où viennent se superposer les limites de traits culturels ne coïncident cependant pas forcément avec les grandes discontinuités que la géographie naturelle repère. Ils correspondent souvent aux limites linguistiques. Un exemple : dans la France de l’Est, la consommation commune du chou rouge accompagne presque exactement les parlers germaniques (Thouvenot, 1982- 1983).

Prise de possession et migrations, substitutions et mélanges

Les témoignages archéologiques, restes mortuaires et outillages utilisés par une culture, se superposent souvent à d’autres qu’ils supplantent ; ils s’étendent ainsi sur des domaines progressivement élargis. Lorsque le remplacement est total et brutal, il traduit rarement le jeu pacifique de la diffusion. Il résulte plutôt de la migration de peuples entiers ou d’invasions de groupes mieux armés ou matériellement plus avancés.

Si un peuple A se met en marche vers d’autres territoires déjà occupés, en B (ainsi les Helvètes pressés par les Germains et décidant de s’installer au pays des Santons, à l’époque de César), plusieurs cas peuvent se présenter :

  •  La culture B et ses signes visibles sont totalement détruits ;
  • La culture A remplace la culture B, mais elle s’enrichit de quelques traits conservés, toponymie, éléments linguistiques (on parle alors de la persistance d’éléments du substrat) ;
  • Une fusion et un enrichissement mutuel conduisant à la formation d’une culture AB interviennent parfois, à l’exemple de la culture gallo-romaine ;
  • Il arrive aussi qu’on observe une juxtaposition de communautés qui conser vent leurs spécificités culturelles sur le même territoire tout en ayant perdu leur indépendance politique. Cela pose évidemment des problèmes de tolérance mutuelle et de subordination, comme le montrent les Balkans et le Moyen-Orient, où ces situations sont nombreuses.

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