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Modifications des pratiques agricoles

Vous êtes ici : » » Modifications des pratiques agricoles ; écrit le: 28 mars 2012 par abir modifié le 17 novembre 2014

Modifications des pratiques agricolesRemplacement des prairies par des cultures laissant le sol à nu toute une partie de l’année, modifications des pratiques culturales rendant le sol plus sensible à l’impact des gouttes de pluie et se fermant plus vite à l’infiltration, croissance de la taille du parcellaire agricole : toute l’évolution actuelle liée à la modernisation de l’agriculture tend vers une augmentation du ruissellement, donc des crues.

 Intensification des systèmes de production

L’intensification des systèmes de production a conduit à l’agrandissement des exploitations et au remembrement des parcelles, à une mécanisation de plus en plus poussée des opérations agricoles avec des engins de plus en plus performants, mais aussi de plus en plus lourds.
Le travail du sol entraîne les modifications de ses caractéristiques, soit localement, soit à lechelle de la parcelle. Localement, le passage répété des engins agricoles pour les différents traitements (jusque 9 ou 10, suivant les années et les types de culture) crée, sous les roues, des zones de tassement où la structure du sol est fortement modifiée, formant ainsi des chenaux de moindre perméabilité dans lequel le ruissellement peut se concentrer et traverser la parcelle. A l’échelle de la parcelle, le poids des engins entraîne le tassement du sol sous le niveau des labours, provoquant, à 30-40 cm de profondeur, une semelle de labour de faible perméabilité, que les agriculteurs, dans les terres limoneuses du plateau de Brie, sont amenés à détruire tous les 4 ou 5 ans par un sous-solage. Le travail du lit de semence peut conduire à un émiettement très poussé du sol, qui le rend alors particulièrement sensible à la battance et à la formation des croûtes qui permettent l’apparition d’un ruissellement. Enfin, certains chantiers de récolte, tels ceux des betteraves ou du maïs, provoquent un tassement sur toute la surface, très propice au ruissellement.
Le remplacement de la matière organique par des engrais chimiques ne permet pas le maintien d’une bonne stabilité structurale, ce qui joue dans le même sens. La pro¬portion des cultures d’été, par rapport aux cultures couvrant le sol au printemps et en hiver, a souvent sensiblement augmenté et les calendriers culturaux ne sont pas tou¬jours favorables à la protection contre le ruissellement. Le remembrement a augmenté la taille des parcelles, facilitant ainsi le transfert du ruissellement.
Ces modifications des pratiques culturales sont à l’origine de l’augmentation très forte des inondations boueuses qui affectent les régions de grande culture, en France notamment dans le Nord-pas-de-Calais, en Haute-Normandie, en Île-de-France, en Picardie, mais aussi en Midi-Pyrénées. Les dégâts que ces inondations causent dans les bourgs ruraux ne sont pas sans entraîner des conflits entre les habitants de ces bourgs et les agriculteurs.



Déprise agricole

Dans les climats tempérés, la déprise agricole s’accompagne d’une colonisation pro¬gressive des parcelles abandonnées par une végétation herbacée, puis ligneuse, qui assure une meilleure protection contre le ruissellement que des cultures. À cela s’ajoute le fait que les terrains devenus libres présentent une opportunité pour des aménagements destinés à limiter le ruissellement et l’érosion.
Pourtant, la déprise agricole, dans d’autres situations, augmente les risques de ruis-sellement et de crue. C’est particulièrement le cas sur les versants aménagés en ter¬rasses de la moyenne montagne méditerranéenne. Lorsque ces terrasses ne sont plus entretenues, les pierres des murets se disjoignent, des brèches apparaissent, qui constituent autant de voies qu’empruntent les eaux de ruissellement. Le ravinement s’installe, continue à fonctionner en s’aggravant, limitant la reprise du couvert végétal. Le versant peut être entaillé de nombreux petits ravins qui finissent par emporter tout le sol, souvent peu épais ; l’eau circule alors essentiellement en surface, avec les consé¬quences habituelles au niveau des crues.

Ruissellement et érosion. L’exemple des Pyrénées espagnoles

Une étude menée dans les Pyrénées espa-gnoles montre que l’importance du ruisselle-ment et de l’érosion dépend de l’efficacité de la recolonisation par la végétation. Pendant les premières années suivant une coupe fores-tière, le sol est mal couvert et le ruissellement efficace. Au bout de 10 ans, le taux de cou-verture est déjà de 70/80%. Après 25 à 30 ans, lorsqu’un embroussaillement dense est présent, le ruissellement est pratiquement inexistant. (Carcia-Ruiz et al., 1997)

Pratiques et aménagements anti-érosifs

En face des problèmes d’érosion, un grand nombre de pratiques sont mises en œuvre pour les prévenir ou y remédier. L’idée de limiter le ruissellement à partir de l’amé¬nagement des versants est vite apparue avec les problèmes d’érosion des sols autour des années 1930 aux Etats-Unis. En 1936, The FloodAct Control conduisit à faire valoir l’idée selon laquelle les mesures de conservation du sol étaient le seul moyen de limiter les crues : « Stop the ratndrop where it falls » devint ainsi le slogan de ce pro¬gramme.
Le problème se pose actuellement de façon particulièrement grave dans les régions méditerranéennes et tropicales où la pression humaine a pu conduire à des situations catastrophiques du point de vue du ruissellement et, surtout, de l’érosion qu’il induit. Les travaux de lutte anti-érosive et de restauration de la capacité d’infiltration des sols ont souvent des conséquences très efficaces à ce niveau. Un bon exemple est fourni par des travaux d’aménagement sur des versants indiens de l’Himalaya : après la dis-
parition de la forêt naturelle, le ruissellement avait considérablement augmenté ; mais la mise en œuvre de pratiques anti-érosives dans les champs cultivés a réduit les écoulements de crue bien en deçà de ceux du milieu naturel:
Les techniques employées, comme les résultats obtenus sont extrêmement divers. L’ouvrage de Roose (1994) porte sur la «gestion raisonnée des eaux et des sols » et fait le point sur ces questions.
En région de grandes cultures, certaines pratiques agricoles, moins spectaculaires, mais pas toujours moins efficaces, vont dans le sens d’une meilleure protection contre les risques de ruissellement. Par exemple, la protection du sol contre l’impact des pluies peut être assurée par la conservation d’une litière constituée par les feuilles après la récolte du maïs. Le matériel agricole combiné permet de faire plusieurs opérations en même temps, et de limiter les passages (labours/semis, par exemple). En outre, le souci d’une meilleure gestion des produits phytosanitaires conduit les agriculteurs à réduire les épandages, ce qui réduit aussi le nombre de passages, donc le tassement. Il en est de même de l’utilisation de pneus à basse pression.

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