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Pétrole : La politique énergétique américaine

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Petrole americaine 150x120 - Pétrole : La politique énergétique américaineL’administration Bush a, dès son arrivée au pouvoir, examiné attentivement l’état de la situation du pays à l’égard de sa dépendance énergétique. Au printemps 2001, un rapport mené sous l’autorité du vice-président Dick Cheney, intitulé Report of National Energy Policy Development Group, dénonçait la croissance préoccupante des importations américaines au cours des prochaines années et proposait notamment d’adopter des mesures fiscales et juridiques pour relancer la production nationale. Trois ans plus tard, l’Annual Energy Outlook 2004, publié par l’Administration de l’information sur l’énergie, précisait que ce seraient les pays de l’OPEP, dont le Nigeria et l’Algérie, qui fourniraient 60 % des importations américaines de pétrole d’ici à 2025, et posait la question, une nouvelle fois, de la diversification des zones d’approvisionnement.

Cette double préoccupation, à savoir la dépendance envers l’extérieur et la nécessité de diversifier des sources d’approvisionnement, devait conduire le président Bush à présenter, en février 2002, un nouveau plan énergétique, privilégiant la production nationale, en s’appuyant notamment sur les réserves pétrolières de l’Alaska. Celle-ci devrait augmenter de 30 % environ pour compenser les importations du Moyen-Orient.

Ce plan énergétique devait être complété trois ans plus tard par des mesures législatives visant à réduire la dépendance énergétique et à limiter les dégâts potentiels sur l’économie, la politique et le mode de vie américains que pourrait créer une crise géopolitique au sein de pays producteurs d’hydrocarbures, mais aussi une catastrophe naturelle, ce qui est une préoccupation de plus en plus compréhensible, comme l’a prouvé le cyclone Katrina survenu au mois d’août 2005 aux Etats-Unis.

Plusieurs mesures ont été adoptées. En 2005, deux lois ont ainsi concerné plus particulièrement le domaine de l’énergie. D’abord, l’Energy Policy Act, adopté le 8 août, considéré comme une sorte de texte fondateur de la nouvelle politique énergétique américaine. Répondant aux préoccupations de la population américaine quant au maintien de son mode de vie, ce texte législatif a pour objet de garantir la régularité de l’approvisionnement énergétique et ce à des prix raisonnables.

Cela supposait plusieurs initiatives : la hausse de la production énergétique nationale, l’amélioration des infrastructures et du rendement énergétique, la révision des normes environnementales pour construire plus facilement de nouvelles raffineries, le dévelop-pement des énergies alternatives telles que l’éthanol, et l’assurance des approvisionne-ments, c’est-à-dire la sécurisation des zones de production et des voies d’approvisionnements. Donc la diversification, le plus possible, de l’offre, c’est-à-dire des pays fournisseurs d’énergie.

Deux mois plus tard, le 11 octobre 2005, une nouvelle loi venait compléter les dispositions de l’Energy Policy Act : cette loi, appelée Gasoline for America’s Security (ou Energy Bill II), visait à renforcer la capacité de construction des raffineries et l’allégement des normes de protection de l’environnement.

Une diversification des sources d’approvisionnement

Réduire la dépendance à l’égard de l’étranger

La diversification des sources d’approvisionnement en hydrocarbures apparaît donc particulièrement importante dans l’esprit des Américains, conscients des enjeux à venir.
En janvier 2006, lors de son discours sur l’état de l’Union, le président Bush annonçait son intention de réduire la dépendance de son pays à l’égard du pétrole en provenance de l’étranger.

Cependant, il est clair que nul ne peut aujourd’hui, y compris les Etats-Unis, se passer d’importations de pétrole en provenance de l’étranger, même dans l’hypothèse d’une forte augmentation de la production nationale. Actuellement, les importations pétrolières des Etats-Unis proviennent surtout de six pays : le Canada (17 %), le Mexique (13 %), le Venezuela (11 %), l’Arabie Saoudite (10 %), le Nigeria (9 %) et l’Algérie (5 %).

Cette réduction de la dépendance à l’égard des importations de pétrole étranger concerne plus particulièrement les énergies en provenance des pays du golfe Arabo- Persique. C’est toutefois déjà le cas, puisque la part du Moyen-Orient dans les importa-tions américaines de pétrole diminue de façon régulière : elle est ainsi passée de 24,5 % en 1990 à 18,9 % en 2004.

Mais le président Bush veut aller plus loin. Aussi a-t-il précisé, lors d’une conférence de presse, le 21 mars 2006, qu’il entend la réduire de 75 % d’ici 2015, ce qui est très important, voire irréalisable dans un aussi court terme. Cette volonté s’explique notamment par les risques de radicalisation politique, le soutien de certains pays aux groupes armés terroristes (notamment ceux qui mettent en péril le processus de paix israélo-palestinien), le fait que 15 des 19 kamikazes du 11 septembre aient été de nationalité saou-dienne… tout ceci ayant contribué à dégrader les relations entre les Etats-Unis et ses partenaires moyen-orientaux ces dernières années. Le golfe Arabo-Persique n’est pas la seule zone qui préoccupe Washington : récemment, on constate en effet la montée du nationalisme en Amérique latine, d’où les Etats-Unis importent 19 % de leur pétrole. Le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur et même le Mexique entendent désormais s’affirmer de plus en plus face à leur grand voisin, dont ils ont saisi la vulnérabilité.

Là encore, les Etats-Unis se méfient des velléités indépendantistes. Ainsi, si le Venezuela demeure un partenaire important, on s’aperçoit que sa part dans les importations pétrolières des Etats-Unis a diminué puisqu’elle est passée de 17 % en 1997 à 11 % en 2006. Les Américains n’apprécient pas la politique du président Hugo Chavez à leur égard, tandis que celui-ci ne se fait aucun souci pour l’écoulement de la production de pétrole vénézuélien. Parallèlement à la baisse des exportations en direction des Etats-Unis, il augmente ses échanges commerciaux avec la Chine.

Il apparaît donc clairement que les Américains s’orientent aujourd’hui vers d’autres pays producteurs plus fiables que ceux du Moyen-Orient (voire d’Amérique latine), la diversification de l’offre pétrolière mondiale apparaissant comme une solution visant à limiter les risques de rupture de l’approvisionnement énergétique.

L’approche américaine du Moyen-Orient

Lorsque le président Bush déclare qu’il veut réduire sa dépendance envers le pétrole du Moyen-Orient, il entend également par-là réduire le rôle de cette région dans sa contribution à la satisfaction de la demande mondiale. Or, cette approche américaine n’est pas nouvelle. On s’aperçoit en effet que, si la quantité de pétrole produite par le Moyen-Orient n’a pas diminué depuis la première crise pétrolière de 1973, elle n’a pas non plus augmenté : en effet, la production annuelle du Moyen-Orient entre 1973 et 1979 est la même que celle de la période comprise entre 1997 et 2003, soit entre 1 050 et 1 100 millions de tonnes. Ce ne sont donc pas les pays du Moyen-Orient qui ont, par leur production, répondu à la hausse de la demande.

En effet, parallèlement à l’augmentation de la demande mondiale, l’offre s’est diversifiée continuellement depuis trois décennies. Les Etats-Unis ont su profiter du choix des pays de l’OPEP, adopté dans les années 1970, de privilégier une augmentation du prix du baril au détriment de leur part de marché dans la production mondiale. Dans le même temps, les Etats-Unis ont profité de leurs bonnes relations avec l’Arabie Saoudite, principal pays producteur de l’OPEP, pour briser les tentatives des autres pays producteurs (en particulier du Moyen-Orient) d’augmenter à nouveau les prix du brut et pour s’assurer que les prix restent stables.

Donc, si la part des pays producteurs du Moyen-Orient apparaît importante en raison de l’abondance de leurs réserves, leur contribution à l’offre mondiale a proportionnellement baissé au cours des trois dernières décennies.

De plus, en dépit de la volonté américaine de diversifier les sources d’approvisionnement énergétique, on s’aperçoit que l’intérêt manifesté à l’égard du Moyen-Orient ne faiblit pas. Il est d’autant plus manifeste depuis que le lobby pétrolier, allié aux conservateurs, est au pouvoir aux Etats-Unis par l’intermédiaire de la famille Bush. On constate que plusieurs membres de l’administration Bush ont des liens étroits avec les grandes compagnies pétrolières américaines : par exemple, le vice-président Dick Cheney a été le président de la compagnie Halliburton de 1995 à 2000, et Condoleeza Rice, ancienne conseillère pour la sécurité nationale et actuelle secrétaire d’Etat, est devenue membre du conseil d’administration de la compagnie Chevron au début des années 1990.

Sensibles aux enjeux du pétrole, les Etats-Unis, alors gouvernés par George Bush père (de 1988 à 1992), étaient intervenus à la tête de la coalition internationale visant à expulser les Irakiens du Koweït en 1991. Récemment, le président George Bush junior élu en novembre 2000 puis réélu quatre ans plus tard à la présidence des Etats-Unis, a à son tour, manifesté son vif intérêt pour cette région, notamment en intervenant militairement pour renverser Saddam Hussein sous prétexte de la présence d’armes de destruction massive en Irak (qui n’ont toutefois pas été trouvées depuis le conflit, au printemps 2003).

L’approche américaine au Moyen-Orient semble donc s’apparenter parfois à une tentative d’étendre la pax americana, ou plutôt à une volonté des Etats-Unis de contrôler cette région aux réserves si importantes. Pourtant, la politique américaine au Moyen-Orient connaît actuellement bien des revers : les maladresses commises, dont l’absence d’ur projet concret de stabilisation de cette région si souvent qualifiée de « poudrière » contraignent aujourd’hui les Etats-Unis à avoir recours de façon croissante aux menaces et à la force pour calmer les tensions.

Cependant, on ne saurait résumer l’intervention américaine en Irak aux vues sur ses réserves de pétrole. Cela supposerait que les Etats-Unis cherchaient à s’assurer une exclusivité sur la fourniture du pétrole irakien, ce que pourtant rien ne garantit, même en cas d’intervention militaire. De même, on ne saurait défendre l’idée que les Etats-Unis sont intervenus en Irak pour bloquer les approvisionnements chinois, puisque la Chine pourrait tout aussi bien augmenter ses achats de pétrole dans d’autres régions. L’optique américaine vise donc surtout, encore une fois, à limiter les risques de voir des pays jouer sur leur production pour augmenter les prix du baril, comme s’était plu à l’évoquer Saddam Hussein, et à sécuriser les flux en provenance du Moyen-Orient. Le but de la politique américaine est donc d’affaiblir le poids du Moyen-Orient.

Enfin, pour comprendre pleinement la démarche américaine dans la région, il faut également tenir compte du contexte de lutte contre le terrorisme, particulièrement présent depuis les attentats de 2001, ainsi que, peut-être, la volonté de redessiner un grand Moyen-Orient converti aux valeurs de l’Amérique, à savoir la démocratie et l’économie de marché, sources, selon Washington, d’un apaisement des tensions.

Les craintes suscitées par l’Iran ces dernières années concernent également l’enjeu des approvisionnements en pétrole, même s’il faut y ajouter les peurs quant aux risques de prolifération nucléaire dans la région (que risquerait d’entraîner un Iran détenteur de l’arme atomique) et quant aux menaces proférées à plusieurs reprises par le président iranien Mahmoud Ahmadinejad à l’encontre de l’Etat hébreu, dont il prône la destruction. La république islamique d’Iran est actuellement aux mains d’un régime honni par les Etats-Unis, qui manifeste son hostilité envers les Etats-Unis et leurs alliés, surtout occidentaux, et qui entend retrouver un statut de puissance régionale. Or, que se passe- rait-il, par exemple, en cas de blocage du détroit d’Ormuz, situé au large des côtes iraniennes, compte tenu du fait qu’une part importante de la production pétrolière transite par cette voie de passage maritime ?

Par conséquent, l’enjeu énergétique majeur représenté par les pays du golfe Arabo-Persique ne se trouve pas, contrairement à une idée répandue, au niveau de l’accès au pétrole, mais dans la sécurisation des flux de pétrole en provenance du Moyen-Orient.

Vidéo : Pétrole : La politique énergétique américaine

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