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Pétrole : Le risque politique de rupture des importations

Vous êtes ici : » » Pétrole : Le risque politique de rupture des importations ; écrit le: 22 mars 2012 par lamia modifié le 17 novembre 2014



Le risque politique de rupture des importations

La hausse constante de la consommation d’hydrocarbures suppose le recours grandissant aux importations. Cette dépendance n’est pas exempte de risques, car en effet, que se passerait-il en cas de rupture des approvisionnements ?

Il apparaît nécessaire d’envisager un tel scénario, de plus en plus probable aujourd’hui, en raison non seulement de l’importance du volume des échanges, mais aussi de l’évolution de la répartition géographique des sources de production d’énergie.

Les importations d’hydrocarbures proviennent en effet, de façon croissante, du Moyen-Orient et des pays de l’ex-Union soviétique (Russie et Asie centrale). S’y ajoutent les pays d’Amérique latine, dont le Venezuela, le Brésil et la Bolivie, ainsi que les pays d’Afrique, dont la production connaît parfois une nette augmentation.

Or, ce sont des pays potentiellement instables. Plusieurs cas d’instabilité sont à envisager D’abord, les crises sociales ou politiques intérieures aux Etats. En 2004, les troubles sociaux survenus au Venezuela pendant plusieurs semaines avaient gravement porté atteinte à la production pétrolière du pays, en raison des grèves survenues. Les exportations s’en étaient alors ressenties, et par extension, le marché mondial de l’offre et de la demande, faisant grimper le prix du baril.



Ensuite, plus grave, le chantage effectué par certains pays qui, pour des questions d’ordre politique, pourraient être tentés de faire monter les prix en diminuant volontairement leur production ou en s’abstenant de fournir des approvisionnements. Ce scénario est déjà bien connu puisqu’il est notamment à l’origine du choc pétrolier de 1973 Il faut aussi envisager les risques de blocage des zones de transit, comme les routes maritimes ou les détroits très fréquentés par les tankers ou encore les régions traversées par les pipelines. Ce blocage peut être d’origine politico-militaire, mais aussi terroriste ou plus simplement, provoqué par une catastrophe naturelle.

Enfin, les risques de conflit dans les pays producteurs ou de transit des hydrocarbures sont également une menace sérieuse, comme en témoigne la situation irakienne, déjà évoquée. On se souvient aussi de la réaction immédiate de la communauté internationale après l’invasion du Koweït par l’Irak de Saddam Hussein. Des pays arabes, s’estimant directement menacés au niveau de leur production pétrolière, avaient participé à la coalition militaire qui était alors intervenue pour déloger les troupes irakiennes. Demain, que se passerait-il en cas de crise politique grave en Arabie Saoudite, voire de renversement de la dynastie au pouvoir ?

Les graves perturbations rencontrées en Angola, pays en guerre pendant près de trois décennies, qui avaient considérablement freiné sa production de pétrole, en sont une autre illustration.

Plus récemment, à l’ouest du Pakistan, la rébellion des clans baloutches a été sévère-ment réprimée par les autorités d’Islamabad car d’une part, elle portait atteinte à leu- souveraineté, et d’autre part, elle survenait dans une région hautement stratégique au niveau énergétique, puisque située dans la zone de passage des pipelines reliant l’Asie centrale à la mer d’Oman via la côte occidentale du Pakistan.



De même, en raison de la guerre en Tchétchénie, les Russes avaient été contraints de construire une dérivation de leur oléoduc Bakou-Novorossisk. Ainsi, les exemples ne manquent pas pour illustrer les risques politiques encourus pales approvisionnements de pétrole. Or, il est impossible de renoncer aux importations, d’où qu’elles viennent.
Outre la prise en compte du risque de rupture des importations, il faut également prévenir les effets secondaires d’une telle éventualité, qui pourraient être très graves si l’on ne s’y prépare pas. En effet, si, dans les années 1970, les pays occidentaux avaient pt

réagir assez rapidement à la crise pétrolière en ayant recours au charbon, au gaz natu¬rel et au nucléaire, ainsi qu’à l’exploitation de nouveaux gisements comme ceux de la mer du Nord, l’importance actuelle de la demande en pétrole, produit indispensable dans le secteur des transports, rend aujourd’hui une telle solution insuffisante. On ne peut pas, en effet, changer brutalement de type de carburant, même si des efforts ont été entrepris pour trouver des substituts, qui, de toute façon, resteront insuffisants encore longtemps (voir le chapitre 3 de la troisième partie : « les solutions énergétiques alternatives »). Outre le problème du carburant, les conséquences porteraient aussi sur le prix du baril ; on constate déjà à quel point la moindre perturbation survenant au niveau de l’offre peut entraîner la flambée des prix.

De plus, le risque de rupture des approvisionnements ne concerne pas seulement le pétrole, mais aussi le gaz et, à une moindre échelle, le charbon puisque les pays occi-dentaux en détiennent.

Les inquiétudes suscitées auprès des Européens par la prépondérance de la société russe Gazprom en sont la preuve. Celle-ci fournit une partie non négligeable du gaz naturel consommé sur le continent européen, de sorte qu’un chantage effectué par les Russes quant à leur fourniture de gaz aurait des conséquences politiques et économiques très graves. Or, ce cas de figure a déjà eu lieu envers l’Ukraine en 2005, lorsque les Russes avaient suspendu leurs livraisons de gaz pour des motifs politiques. Enfin, un problème d’ordre technique peut surgir : que se passerait-il si les Russes, faute d’inves¬tissements suffisants dans leurs installations, ne pouvaient faire face à une hausse plus ou moins brutale de la demande ?

Les solutions

Il est donc indispensable de se préparer à l’éventualité d’une rupture des approvision-nements en hydrocarbures, qu’elle soit brève ou prolongée. La première solution consiste à renforcer les capacités de production et de raffinage, ce qui suppose de nouveaux investissements, dont l’insuffisance est régulièrement dénoncée (voir la partie sur « l’état des réserves », deuxième partie, chapitre 1). Cela implique une véritable démarche de la part des gouvernements pour créer un climat de confiance qui puisse rassurer les investisseurs.



D’autre part, l’incitation à une véritable libéralisation des marchés de l’énergie peut consolider la sécurité en stimulant l’efficacité et la diversité des approvisionnements. Par exemple, les inquiétudes suscitées par Gazprom pourraient diminuer au fur et à mesure de l’ouverture du marché russe. Or, il demeure très difficile d’investir dans les régions

politiquement peu sûres : ainsi, British Petroleum avait dû verser en avril 2003 la somme astronomique de sept milliards de dollars pour détenir 50 % des parts de la société russe TNK, une somme qu’il faut ensuite justifier auprès des actionnaires… Ensuite, il faut encourager la coopération internationale, pour renforcer la lutte contre le terrorisme et la piraterie, mais aussi les progrès en faveur de la protection de l’environnement, et surtout, entretenir le dialogue politique avec les pays producteurs, comme en a témoigné le rapprochement entre les pays de l’OPEP et l’AIE. Ces mesures visent à sécuriser les approvisionnements de manière générale.

Ensuite, il faut faire preuve d’initiative, comme le fit l’Agence internationale de l’énergie : pour répondre au risque d’une éventuelle rupture des approvisionnements, l’AIE a mis en place l’obligation de se doter de stocks stratégiques. Chaque Etat est tenu de consti¬tuer des stocks pétroliers équivalents à au moins 90 jours d’importations nettes de l’année précédente (le japon, très dépendant, a constitué des stocks plus importants de l’ordre de 150 jours). En 2006, ces réserves représentent au total 4 milliards de barils de pétrole. Les pays doivent également se tenir prêts, en cas de crise, à restreindre leur demande, à augmenter leur propre production, à avoir recours à d’autres sources énergétiques, et même à partager leurs réserves disponibles. Ces stocks peuvent ainsi permettre de faire face à une brusque augmentation des prix du baril, en amortissant provisoirement la facture pétrolière, et même faire baisser les prix en faisant diminuer la demande. Ainsi, en septembre 2005, à la suite des destructions engendrées par les cyclones Rita et Katrina, les Etats-Unis ont eu recours aux stocks stratégiques pour calmer les marchés. Un tel recours n’avait pas été utilisé depuis plus d’une décennie, lors de la première guerre du Golfe de 1991. Le recours aux stocks stratégiques a fait la preuve de son efficacité, tant en matière de production que de raffinage dans le golfe du Mexique.

Enfin, il s’agit de diversifier les sources d’énergie (voir le chapitre 3 de la troisième partie, « les solutions énergétiques alternatives ») et de tenter de réduire ainsi la consommation d’hydrocarbures. Cela suppose, comme l’a prouvé la panne géante d’électricité survenue en Europe en octobre 2006, de réévaluer le parc électrique européen, qui pourrait utiliser d’autres sources d’énergie que les hydrocarbures, et de renforcer les politiques nationales visant à maîtriser les besoins énergétiques, pour adopter des comportements « raisonnables » et réduire le plus possible cette dépendance, de plus en plus source de risques majeurs.

Vidéo : Pétrole : Le risque politique de rupture des importations

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