Les risques du tout électrique

> > Les risques du tout électrique ; écrit le: 26 janvier 2012 par Mahfoudhi modifié le 17 novembre 2014

Si les lignes à haute tension sont responsables de champs magné­tiques qui traversent les murs, qu’en est-il des dangers de dizaines d’appareils que l’on utilise quotidiennement à la maison ? Tout appa­reil électrique crée un champ magnétique et électrique et serait donc susceptible de provoquer les mêmes maux que les lignes haute ten­sion. Sans parler des appareils utilisant des hautes fréquences, com­me les téléphones mobiles, qui émettent dans la gamme des 900,1800 et 2 100 Mhz, et qui sont depuis longtemps soupçonnés d’être respon­sables de cancers cérébraux.

Nous vivons en effet constamment dans un bain d’ondes électriques et électromagnétiques. Maintenant, la plupart des objets de notre vie quotidienne sont dépendants de l’électricité : non seulement dans la cuisine, mais aussi pour le loisir (home cinéma, musique, projecteurs, décodeurs), le travail (ordinateurs, scanners, imprimantes), la com­munication (téléphonie) et… le sommeil (nous dormons souvent la tête près d’un radio-réveil). La maison est peu à peu envahie par des câbles et de nombreux objets électriques, dans toutes les pièces, si bien qu’il est difficile d’échapper à leur rayonnement.

C’est l’avènement de la téléphonie mobile qui a relancé la question de la pollution par les ondes électromagnétiques. Mais, si la crainte de contracter un cancer du cerveau à force de téléphoner est évoquée par le grand public, le téléphone portable n’est pas la seule source de pol­lution irradiante et a fortiori pas forcément celle qui présente le plus de danger.

Ce n’est pas la première fois que la question de l’innocuité des ondes fait débat.

Les fours à micro-ondes

Dans les années 80, au moment de la mise sur le marché des fours à micro-ondes, le même type de craintes a été évoqué. La cuisson au four à micro-ondes serait-elle cancérigène ?

Le rapprochement entre ces deux technologies se justifie d’autant plus que ce sont des mêmes types d’ondes dont il est question.

Le problème de la cuisson

La crainte des consommateurs à propos des fours à micro-ondes était focalisée sur la qualité de la nourriture cuite dans ces appareils. On craignait que les ondes ne dénaturent les aliments et produisent des éléments toxiques voire cancérigènes. On les accusait aussi de dé­truire les vitamines. Depuis, des études ont été réalisées et ont montré que non seulement la cuisson par le four à micro-ondes ne créait pas plus

de produits toxiques mais plutôt que ce mode de cuisson en créait moins que la cuisson traditionnelle, en particulier les grillades. Bien sûr, à condition de bien se servir du four ! Ainsi, la question s’est déplacée vers les pratiques de cuisson et notamment sur la tempéra­ture. Car il a été montré que c’était plus une température importante et l’ajout de matières grasses lors de la cuisson, qui généraient des substances toxiques, que la nature des ondes. En effet, que ce soit avec un four à micro-ondes, un four traditionnel ou même le gaz, la cuisson prolongée et excessive des aliments génère des sous-produits toxiques.

Ainsi, les micro-ondes des fours ont été mises hors de cause en ce qui concerne leurs effets toxiques vis-à-vis de la nourriture. Ceci bien sûr dans la limite d’une utilisation adaptée, c’est-à-dire avec des puissan­ces et des temps de cuisson optimum. Chose qui n’est cependant pas toujours facile à obtenir.

Le problème des ondes

D’autres études ont révélé l’existence de fuites d’ondes lors du fonctionnement de ces fours. On s’est aperçu que les micro-ondes s’échappaient et qu’elles présentaient un risque pour la santé des per­sonnes se trouvant à proximité. À la suite de ces constatations les nor­mes ont été renforcées pour obliger les fabricants à limiter ces fuites. Mais cela ne veut pas dire pour autant, que les fours sont devenus étanches aux ondes. Les normes limitent les fuites à un niveau accep­table mais n’exigent pas l’étanchéité parfaite. Il suffit de faire fonc­tionner un four à micro-ondes près d’une télévision en marche pour s’en apercevoir. Et même si les performances d’un four neuf dans ce domaine sont bonnes, ses composés s’usent… Désormais, le four à micro-ondes trône dans presque toutes les cuisines, et sa simplicité d’utilisation et l’avènement du surgelé ont eu raison des réticences et des craintes. Pourtant aujourd’hui, les mêmes risques perdurent et les mêmes conseils d’utilisation doivent s’appliquer.

Cette polémique sur les fours à micro-ondes a montré que le danger n’était pas là où on le pensait. Elle a mis en évidence que les craintes étaient fondées quant au risque de générer des aliments cancérigènes mais qu’il n’était pas dû à cette technologie en particulier. En fait, c’est un risque inhérent à la température de cuisson et aux types d’ali­ments cuits. Un tel constat aurait dû être à l’origine d’une modifica­tion sensible de nos façons de cuisiner. On sait notamment que la cuisson la moins nocive et qui préserve le mieux les vitamines est la cuisson à la vapeur. Pourtant, il n’y a pas eu de révolution de nos pra­tiques culinaires ni de campagne claire sur la bonne utilisation du four à micro-ondes. Il est étonnant de voir avec quelle facilité l’opi­nion publique, pourtant extrêmement sensible aux problèmes de san­té, oublie et ignore les risques au profit de l’aspect pratique. Ainsi, le débat sur le four à micro-ondes n’a pas permis aux consommateurs de prendre en compte les vrais risques liés à ce dernier. Certes les ris­ques sont limités, mais l’utilisation du four à micro-ondes nécessite un minimum de précautions. Car il ne s’agit pas tant de se méfier a priori des nouvelles technologies que de prendre les mesures nécessai­res pour les utiliser dans les meilleures conditions.

Les téléphones mobiles

Le même type de polémique semble se profiler au sujet des télépho­nes portables. L’opinion publique est à la fois méfiante et inquiète mais n’est absolument pas prête à modifier son comportement pour limiter un impact éventuel. Car si la prudence à l’égard des nouvelles techno­logiques est plutôt saine, encore faudrait-il en tirer tous les bénéfices. Les effets nocifs du téléphone mobile sur la santé n’ont pas encore été établis. Cependant, il est quand même démontré qu’il n’est pas sans effet biologique sur l’organisme. Les émissions d’ondes radios qu’il gé­nère sont responsables d’échauffements dans les tissus se situant à proximité de l’antenne du téléphone et modifient la perméabilité des parois cellulaires. Cet échauffement commence à être perceptible à partir de cinq minutes de communication.

Pour le moment, on ne sait pas quelles sont les conséquences sur la santé à moyen ou à long terme. Mais cet échauffement n’est pas

étonnant compte tenu de la nature des ondes émises. En effet, les té­léphones mobiles utilisent des ondes très proches de celles des micro­ondes des fours ! Bien sûr, les puissances n’ont rien à voir dans les deux cas, mais on peut raisonnablement penser que s’il n’est pas bon de mettre la tête près d’un four à micro-ondes, il est raisonnable de ne pas abuser du téléphone. Pour les mêmes raisons, il est fortement dé­conseillé aux adolescents de garder leur téléphone dans les poches proches des organes sexuels.

On peut toutefois se demander pourquoi le principe de précaution ne s’applique pas partout de la même façon. Aux États-Unis, les mobiles sont tous munis d’antennes externes, qui permettent d’éloigner la source d’émission des ondes de la tête. Au Japon, les constructeurs de téléphones mobiles proposent des appareils qui limitent grandement la pénétration des ondes dans les tissus.

Les antennes relais

Si les effets nocifs des téléphones mobiles n’ont pas été démon­trés, la question est différente en ce qui concerne les antennes relais. Leurs puissances d’émissions sont infiniment supérieures et présen­tent effectivement un danger. C’est pourquoi, il existe un périmètre de sécurité autour de ces antennes, qui assure une distance minimum au-delà de laquelle tout effet thermique est nul. Mais attention, ce pé­rimètre ne correspond pas à une sphère qui aurait pour centre l’an­tenne, car elles sont directionnelles, et selon les normes officielles, elles n’émettent pas uniformément dans toutes les directions.

Leur mode d’émission

Les antennes relais n’émettent presque pas vers le bas, elles n’émettent pas à leur verticale mais beaucoup en rayonnant devant elles. Les émissions d’ondes occupent un cône déformé couvrant à l’horizontale entre 120 et 150 degrés et 6 degrés à la verticale. C’est pourquoi les antennes relais sont installées par trois afin de balayer toutes les directions. C’est pour cette raison qu’au pied d’une antenne, il arrive fréquemment que la couverture ne soit pas bonne. On est donc beaucoup plus exposé à 50 mètres juste en face d’une antenne relais qu’à cinq mètres dessous. Cependant, comme la puissance s’étale sur une surface de plus en plus grande à mesure que l’on s’éloi­gne de l’antenne, l’intensité du champ électrique décroît très vite avec la distance.

De nombreuses associations de riverains s’inquiètent de la proliféra­tion des antennes relais.

En effet, la mesure des champs électriques générés par les antennes relais montre que les riverains de ces installations sont plus exposés que les autres. Cependant, les valeurs restent inférieures aux normes recommandées par les instances européennes. Ces normes qui sont de 41 volts par mètre (V/m) pour le réseau GSM à 900 MHz et 58 V/m pour le GPRS à 1 800 MHz, garantissent l’absence d’effet thermique. En effet, le seul effet de ce type de rayonnement reconnu aujourd’hui, est une élévation de la température corporelle. Mais cette élévation de la température corporelle n’intervient que dans le cas d’une exposi­tion

prolongée à des champs électriques intenses (plusieurs centaines de V/m).

Les risques sur la santé

De nombreux détracteurs de la téléphonie mobile pensent que les fréquences utilisées étant proches de celles des fours à micro-ondes (qui se situent à 2 400 MHz) sont a priori plus nocives. On les accuse d’ailleurs d’être responsables de migraines, de fatigue chronique, de pertes de mémoires, de nausées, d’insomnies. Et c’est la crainte d’un effet cancérigène à long terme qui inquiète le plus les riverains des an­tennes relais. Mais ces troubles ne sont ressentis que de façon ponc­tuelle dans la population, et les personnes atteintes ont beaucoup de mal à les faire reconnaître comme étant dus à la présence d’antennes relais. Les autorités sanitaires et les opérateurs s’appuie sur le fait que ces troubles sont relativement marginaux.

Quoi qu’il en soit, cela pose quand même la question de l’impact de cette technologie sur la santé. Tout d’abord, ce n’est pas parce que ces effets ne touchent que 2 à 3 % de la population qu’il ne faut pas en te­nir compte. Par ailleurs, on peut se demander si les troubles ressentis par les personnes sensibles ne reflètent pas un impact latent sur la santé, qui n’apparaîtra qu’après une longue période d’exposition sur une plus large population.

Des enjeux différents

Actuellement, il n’est pas possible de trancher, et l’enjeu économi­que est trop important pour que cette question soit traitée avec toute l’objectivité nécessaire. Malheureusement, les autorités sanitaires françaises sont très discrètes dans ce débat, alors qu’il semblerait

raisonnable d’inciter à une attitude favorisant le principe de précau­tion. Cela ne semble pas être le cas, puisque la France ne s’aligne pas sur les normes les plus protectrices en vigueur dans d’autres pays européens. En effet, chez beaucoup de nos voisins, les périmètres de sécurité autour des antennes relais sont beaucoup plus importants et la limite des puissances d’émission a une valeur beaucoup plus basse que chez nous, parfois divisée par 10. Pourtant les opérateurs, en France, n’utilisent en moyenne qu’un quart de la puissance autorisée. Les personnes les plus exposées sont les riverains les plus proches des antennes relais. Pour limiter leur exposition, il faudrait diminuer la puissance des antennes relais. Mais d’après les opérateurs, cette dimi­nution de puissance entraînerait une multiplication des antennes et donc des riverains concernés… Cependant aujourd’hui, on pourrait déjà diminuer considérablement le nombre d’antennes en évitant qu’une même zone soit couverte par les antennes des trois opéra­teurs. Pourquoi ces derniers ne partagent-ils pas leurs installations ? Là encore, c’est une stratégie adoptée à l’étranger mais pas en France, sauf dans certaines zones rurales pour assurer une couverture du ré­seau dans des secteurs peu rentables.

La radio et la télévision

Malgré tout ce débat, il ne faudrait pas oublier que la téléphonie mobile ne génère qu’une petite partie des champs électriques aux­quels nous sommes exposés. Ceux créés par les ondes de la télévision ou de la radio sont parfois bien supérieurs. On peut aussi s’interroger sur l’utilisation des téléphones fixes sans fils. Si les mobiles ont des ef­fets sur la santé, il est assez logique de penser que les téléphones sans fils en ont aussi. La prolifération des modes de transmission sans fils (wifi, bluetooth…) participe à créer un environnement dense en terme d’ondes électromagnétiques. Pour le moment, on ne sait pas si cet en­vironnement est plus nocif que celui où des fils électriques parcourent sols, murs et plafonds de nos maisons.

La présence de champs magnétiques

Attention, les champs électriques ne sont pas seulement générés par les appareils équipés d’émetteurs d’ondes radio. Nous sommes entourés par de nombreux appareils électriques qui créent le même type de champs : c’est une caractéristique des courants électriques. Et là encore, ces champs électriques sont fréquemment supérieurs à ce­lui lié à la téléphonie mobile. Ils sont modulés par le courant utilisé (alternatif ou continu) et par le type de circuits électriques présents dans les appareils. Tous les appareils électriques, même les plus ano­dins, participent à l’électrisation de notre environnement. Bien sûr, tout est question de puissances, de proximité et de durée d’exposition. Par exemple, les radio-réveils font partie des appareils qui nous expo­sent le plus. Placés en général proches de la tête, nous restons à proxi­mité toutes les nuits, et leur champ électrique est supérieur à celui des antennes relais ! Il est donc préférable d’installer ce genre d’appa­reil à plus d’un mètre de soi. Aùtres gros pollueurs, les moniteurs ca­thodiques et les télévisions. Certaines personnes soupçonnent l’électronique embarquée à bord des véhicules modernes, en particu­lier dans les sièges, d’être à l’origine de certains de leurs troubles. De même, les batteries de moto, placées en général sous la selle, sont ac­cusées de diminuer la fertilité des hommes. Mais sur ce sujet, comme sur celui de la téléphonie mobile, il semble que les troubles constatés à court terme soient dus à une hypersensibilité peu fréquente dans la population. Les personnes sensibles à ce type de pollution souffrent essentiellement de maux de tête, de fatigue chronique, de sensation de chaleur, de douleurs dentaires, musculaires et articulaires, d’in­flammation des muqueuses des voies respiratoires, de palpitations et même d’irritation cutanée.

Mais là encore la question des conséquences à long terme à l’échelle de la population demeure. Y a-t-il un lien avec l’augmentation des cancers, et de la baisse de la fertilité dans les sociétés très développées ?

Le fonctionnement simultané

Si tous les objets électriques de la maison fonctionnaient simulta­nément, nous pourrions être en effet soumis à des champs magnéti­ques très importants. Certains génèrent des champs d’une importance souvent méconnue, comme les aspirateurs ou les rasoirs électriques, d’autres ont des effets encore mal évalués. Par exemple, les plaques de cuisine à induction, à elles seules, sont responsables d’un champ magnétique de 50 microteslas, les planchers chauffants sont également responsables d’un champ magnétique permanent. En moyenne, nous sommes soumis à un champ magnétique de 0,6 microtesla dans un appartement, mais ce champ peut varier de plusieurs milliers de microteslas en fonction des appareils utilisés.

Vidéo: Les risques du tout électrique

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