L’importance des mythes : La vision cyclique du monde

> > L’importance des mythes : La vision cyclique du monde ; écrit le: 14 juillet 2013 par imen modifié le 7 novembre 2014

La vision cyclique du monde

Ces cérémonies rituelles ont eu, depuis les époques les plus reculées, une double fonction pour le groupe : s’assurer, à des intervalles donnés, de la réalité du monde, et recréer un temps qui menaçait de lui échapper, car il n’en existait aucune mesure. Jusqu’aux chrétiens, dans de très nombreuses civilisations anciennes, le temps passé avait souvent, de ce fait, une structure cyclique. Ce qui venait probablement de l’observation des phé­nomènes naturels, lesquels se renouvellent presque tous de façon régulière, du retour du Soleil aux phases de la Lune et au trajet des constellations dans le ciel nocturne. Il est une autre raison à la vision cyclique de l’univers. Comme nous l’avons vu, les hommes des temps anciens ont cherché, par le biais des mythes, à s’associer à leur environnement pour le rendre plus familier, plus accessible. Ils ont tenté de construire une histoire commune avec le monde, afin de lui donner un sens. Mais ce monde n’a survécu qu’au prix de catastrophes, et beaucoup de mythes sont donc liés au fait que tout doit passer par des des­tructions et des reconstructions. Le mythe de l’éternel retour est basé sur la certitude de la réapparition de l’environnement, après sa disparition. C’était un moyen pour l’homme des temps anciens de se persuader qu’il sera encore vivant demain, comme le Soleil se lèvera à l’aube.
Il n’est donc pas surprenant que l’un des mythes que  l’on rencontre souvent, dans les sociétés anciennes comme chez les populations vivant encore hors de notre civilisation, soit celui qui raconte que le monde doit être symboliquement recrée chaque année, car, par sa propre durée, il tend à dégénérer et a s’épuiser. Pour les hommes des sociétés traditionnelles, le retour de la nouvelle année, qui a longtemps été fêté au prin­temps, saison du renouveau, est comme l’arrivée d’une nou­velle vie et l’espoir qu’elle se poursuivra, tout comme l’est la nomination d’un nouveau souverain, la consécration d’un nou­vel autel en Inde. La fête de Fan nouveau, dont la date a été dif­férente suivant les sociétés, a toujours gardé son caractère de fin d’une période et ouverture d’une autre. Elle réclame des cérémonies rituelles particulières, dont la purification du village par l’expulsion des démons. Cette fête a existé dès le tout début de notre civilisation, dans le monde de Sumer, chez les Mésopotamiens comme chez les Égyptiens. C’est au cours de la fête du nouvel an, à Babylone, que le mythe était lu et le roi intronise, dit le philosophe Paul Ricœur. Cette fête perpétuait de très anciens rites, qui dataient sans doute de la préhistoire. L’année nouvelle commençait avec une reprise du temps à son commen­cement, comme s’il fallait annuler le temps passé, abolir  histoire, gommer la durée profane au profit de la durée mythique. « Chaque nouvel an participe du premier jour. La mémoire de la création est d’emblée une promesse pour le futur ; par son caractère exemplaire, le mythe est un modèle pour toute créa­tion à venir, toute nouvelle naissance récapitule la première naissance », dit Paul Ricœur. « Ce qui revient à exprimer, dit Mircea Eliade, que si on n’accorde aucune attention au temps, le temps n’existe pas. » L’homme d’avant 1 histoire souhaitait, au fond, vivre dans un présent éternel.
On pourrait penser que cette vision cyclique du monde et du temps fait partie d’une mentalité primitive qui a disparu avec l’avènement du monde moderne, la naissance de 1 histoire et l’arrivée des grandes religions a dieu unique. Mais son carac­tère païen a été récupéré par des religions, qui ont repris le thème populaire qu’il faut régulièrement aider le temps a repar­tir. « Allah est celui qui effectue la Création, donc il la répété », dit le Coran. Cependant, le christianisme est une religion histo­rique, qui impose la « flèche du temps » : le monde est né de la volonté divine et se terminera dans l’apocalypse, également voulue par dieu, dans un temps linéaire. Certains défendent la thèse selon laquelle la poursuite d’une croyance dans l’aspect cyclique du temps, qui s’est longtemps maintenue après l’avè­nement du christianisme, aurait été une réaction de rejet contre le sentiment, ressenti depuis l’aube de l’humanité, de l’inexo­rable fuite du temps. Elle aurait été une tentative désespérée pour briser l’implacable « flèche du temps » qu’avait imposé le christianisme. D’autres, comme le psychanalyste C. G. Jung, soutiennent que la croyance dans l’aspect cyclique du temps est liée à une vision parfaitement logique du sacré. C’est, en effet, la croyance d’autres religions, comme le bouddhisme. On peut aussi remarquer qu’il serait ridicule de supprimer d’un hausse­ment d’épaule, au nom de notre raison ou d’une religion, ce thème de l’éternel retour qui a hanté les esprits de générations d’hommes et de femmes pendant des millénaires, et dont il est probable qu’il reste quelque chose dans notre subconscient.

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