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Communication, transmission de l’expériencecollective et genèse des cultures

Vous êtes ici : » » Communication, transmission de l’expériencecollective et genèse des cultures ; écrit le: 4 mai 2012 par abir modifié le 14 novembre 2014

Communication, transmission de l'expériencecollective et genèse des cultures

La culture est la somme des comportements, des savoir-faire, des techniques, des connaissances et des valeurs accumulés par les individus durant leur vie, et à une autre échelle, par l’ensemble des groupes dont ils font partie. C’est un héritage transmis d’une génération à la suivante, mais il n’est pas figé : les communications à l’œuvre dans les groupes sociaux la transforment sans cesse ; on peut la comparer à un film, pas à une image fixe



La culture génère des flux d’informations qui permettent à la société de fonctionner et de se transformer. Ces flux la modèlent aussi, car ils assurent la diffusion des innovations, font connaître de nouvelles attitudes, provoquent des réactions d’acceptation ou de refus. Ce qui se transmet dépend des médias à la disposition du groupe : les sociétés qui ne communiquent que par le geste et la parole sont différentes de celles qui maîtrisent l’écriture ou de celles qui disposent des moyens modernes de communication à distance. C’est en partant des processus de communication que l’on saisit le caractère dynamique de la culture.

Le contenu de chaque culture est original et pourtant, les mêmes composantes essentielles se retrouvent partout. Les membres d’une même culture partagent la même langue et les mêmes codes de communication ; leurs habitudes quotidiennes sont similaires. Ils ont en commun un stock de techniques de production cl de procédures de régulation sociale qui assurent la survie et la reproduction du groupe. Ils adhèrent aux mêmes valeurs, justifiées par une philosophie, une idéologie ou une religion partagé.

Ceci se traduit par des aménagements visibles de l’espace habité, des paysages dont la géographie culturelle s’efforce d’assurer l’analyse.

Transmission, supports et codes de communication

La transmission des savoirs implique des systèmes de communication efficaces. Chaque culture mobilise des supports d’information qui dépendent de son niveau technique, et de codes qui lui sont souvent propres.

La communication orale et gestuelle

Mode naturel, la communication orale et gestuelle ne nécessite aucun instrument et est utilisable par tous. Le mouvement observé et la parole qui l’accompagne souvent permettent l’acquisition de pratiques : l’apprenti brandit son marteau et vise le clou pour l’enfoncer droit : « Tiens bien la pointe, regarde le clou, frappe un bon coup ! » conseille le maître. Dans les cas simples, le geste peut suppléer au langage. Les règles abstraites de la morale, les croyances, les connaissances rationnelles n’ont en revanche d’autre support que le discours.

Les moyens de transmission naturels, gestes et paroles, n’ont qu’une portée très courte (Westly et MacLean, 1957) (fig. 1-A et B). Il faut être près de ceux dont on veut copier les gestes pour en suivre les étapes, être mêlé à un groupe pour saisir les règles de politesse ou d’échange. La voix ne porte qu’à quelques mètres pour des messages un peu complexes, quelques dizaines de mètres pour des ordres simples que l’on peut hurler.

Les aires où les connaissances et les techniques sont transmises par la parole et par le geste sont normalement très étroites. Pour les élargir, il faut accepter de se déplacer, comme le faisaient autrefois les compagnons du Tour de France.

L’écriture

L’invention de codes graphiques pour traduire le langage apporte un progrès décisif et un changement important dans l’efficacité et la richesse des cultures.
I ‘écriture permet de triompher du temps et de l’espace (Havelock, 1981 ; Ong,
19X2 ; Goody, 1985,). La préservation des expériences du passé ne dépend plus de lu mémoire des individus : elle est assurée par des inscriptions gravées sur la pierre ou sur des tablettes d’argile, des signes Iracés sur des supports de bois, de parchemin, de papyrus et plus tard de papier.

Le privilège du local disparaît en partie. Les messages sont acheminés intacts sur de longues distances à partir du moment où les supports deviennent légers et résistants {fig. 7-C). Désormais, on peut distinguer deux cercles de diffusion : les savoir-faire techniques, qui nécessitent une observation directe du geste, restent longtemps limités à des aires étroites, et ce qui se dit et s’écrit facilement, et peut être partagé par des groupes éloignés.
I ,es injonctions et les contrôles du pouvoir peuvent, grâce aux messagers, parvenir aux limites des grands États qui se forment dès l’Antiquité (Mann, 1986).
I es livres permettent de diffuser les éléments d’une même culture intellectuelle sur des aires étendues (Goody, 1979). L’ Europe est une mosaïque de peuples qui n’emploient pas les mêmes mots pour dire les mêmes choses. Ils ont créé des paysages divers, et des maisons et des styles urbains variés dans lesquels chacun se reconnaît. Mais l’unité du continent ne fait pas de doute. Partout, de l’Atlantique à l’Oural, c’est le texte de la Bible et des Évangiles, et les grandes grecques ou romaines qui ont nourri les âmes et les esprits. Les traditions judéo-chrétiennes et le rationalisme scientifique sont omniprésents.

À lu transcription de la langue parlée s’ajoute celle des nombres. L’écriture des 11 n H i es permet également la diffusion du pouvoir : enregistrement, en chaque lieu, des hommes et des richesses, prélèvement de l’impôt. Les comptes rendent possibles des échanges qui vont au delà du simple troc : marchandises contre monnaie.

I es membres des sociétés où l’oralité règne exclusivement ont tous accès à la MU me culture. Avec l’apparition de l’écriture, la situation change. Le coût de I apprentissage et celui des supports limitent très longtemps l’accès à la lettre et à lu lecture à un très petit nombre d’initiés . Aux cultures populaires de tous ceux 11111 continuent à être uniquement formés par le geste et la parole s’opposent les i connaissances transmises par l’écrit que maîtrisent les élites. Un dualisme social et culture  de fond caractérise ainsi toutes les sociétés historiques.

le papier de chiffon est connu en Chine dès l’Antiquité et l’imprimerie à caractères mobiles pratiquée à l’époque T’ang (vne-xe siècles). Ces inventions filtrent peu à peu  peu en Europe à partir du xiiie siècle. L’imprimerie y multiplie les livres à partir  des années 1460. Il a fallu plusieurs siècles pour que tous les petits Européens aillent à l’école : tous les citoyens d’une démocratie doivent savoir lire !

Aujourd’hui, la plupart des pays font de gros efforts pour que la majorité de 11*in s enfants soient scolarisés, mais l’alphabétisation des aînés demeure souvent faible. Cela veut dire qu’une rupture entre les générations se produit. La culture familial traditionnelle des aînés entre en concurrence avec celle qui résulte de I alphabétisation d’une part croissante de la jeunesse.

Une bibliothèque n’est pas un simple conservatoire, une mémoire morte. Lire et permet de voyager dans l’espace, de connaître d’autres façons de voir et de dire, d’autres idées. Lire et écrire sont des activités inquiétantes, subversives parfois. L’intelligentsia menace le pouvoir et prépare la révolution culturelle. Parlant de la diffusion du savoir, Paul-Louis Courrier écrivait: «De cette époque date les Mincis des gens en place, des courtisans » (cité par Stendhal)

Le dessin et les arts plastiques

Certains formes très anciennes de dessin annoncent l’écriture. Les pictogramme animes, hiéroglyphes et idéogrammes égyptiens ou chinois représentent des i luises ou des actions de façon très schématique avant que l’écriture phénicienne et ses dérivés n’atteigne la pure abstraction des signes alphabétiques.

Mais le dessin figuratif et son expression plastique dans le bas-relief et la sculpture sont capables à eux seuls d’exprimer un message compris de tous. Les dessina leurs et les sculpteurs arrivent à saisir et à fixer la course éperdue des animaux sauvages sur les parois d’une grotte, ou à faire apparaître les dieux et les héros, et If monde idéal de la transcendance. Les architectes et tous ceux qui décorent les palais et les temples, qui dressent les statues et ornent les murailles de fresques ou de bas-reliefs historiés, provoquent chez les foules analphabètes émerveillées émotion et respect pour les puissances divines et terrestres.

Le dessin technique

II   existe une autre fonction du dessin : le dessin technique, à l’échelle qui permet de saisir et d’inventer le monde, que ce soit la carte, le plan d’architecte,
le croquis du maçon ou du menuiser, ou le dessin technique de l’ingénieur qui conçoit de nouvelles machines.
La maîtrise de la perspective a joué un grand rôle dans l’explosion machiniste de la culture occidentale. La cartographie a accompagné, et souvent suscité, la conquête de l’espace.

La précision des dessins et les moyens de reproduction ont pu diffuser bien des éléments des savoirs techniques. Les recueils de dessins d’architectures qui circulent chez les maîtres maçons dès le XVIe siècle popularisent les règles de la composition classique et la manière de dessiner un fronton, de donner une juste proportion à une colonne dorique ou à un chapiteau corinthien chez des praticiens qui par ailleurs n’ont aucune culture antique. La publications des volumes de planches de Y Encyclopédie de Diderot marque une date dans l’histoire de la trans¬mission et de la diffusion des techniques occidentales.

Le xviiie siècle découvre la puissance du dessin (comme exemple d’utilisation scientifique : Alexandre de Humboldt, Vues des Cordillères et monuments des peuples indigènes de l’Amérique, Paris, 1810-1813). Au siècle suivant, la litho¬graphie, puis la photographie (Daguerre, 1837) facilitent la diffusion de l’information visuelle. Elles assurent la circulation d’éléments de culture qui restaient jusqu’alors prisonniers des environnements locaux. L’image, avant et plus que l’écriture, assure la propagation des modèles de la civilisation occidentale.

L’importance des nouveaux médias

Les systèmes de communication apparus depuis un siècle atteignent aujourd’hui leur pleine et quasi mondiale efficacité (Griset, 1991).
L’enregistrement de la voix qu’ouvre l’invention du phonographe (Edison, 1877) est contemporaine des premiers pas de la téléphonie (Graham Bell, 1876) qui permet sa transmission dans l’espace. Mais il faut attendre le perfectionne¬ment des moyens d’enregistrement et des câbles et l’invention de la radiodiffusion pour que les messages oraux puissent ravir à l’écrit le monopole de la durée et de la diffusion. Les bouleversements qui en résultent commencent à être ressentis à partir des années 1920 (fig. 1-D, p. 36).

A l’image immobile que véhiculait le dessin et depuis 1840, la photographie, le cinématographe des frères Lumière (1895) ajoute le mouvement. Dès les années 1920, l’enregistrement simultané de l’image et du son deviennent possibles, et des essais sont faits pour assurer leur transmission instantanée à distance. La télévision ne se popularise vraiment qu’après la Seconde Guerre mondiale, tandis que le transistor libère la radio des fils de branchement électrique. L’enregistrement magnétique facilite la conservation du son et de l’image. À cela s’ajoute la formidable puissance de la télématique, qui permet d’utiliser à distance les performances de l’ordinateur.

Dans les sociétés purement orales, la reproduction était à base locale, quels que soient les messages. L’écriture laisse subsister le morcellement des pratiques et des savoir-faire de la vie quotidienne et de la production. Elle pousse à la diffusion et à l’uniformisation, sur de vastes espaces d’intertextualité, des connaissances théoriques et scientifiques, des idéologies, des philosophies et des croyances religieuses. Ces connaissances, longtemps réservées à une étroite élite  de lettrés. assurait à celle-ci son pouvoir sur une masse populaire subjuguée par les incantation rituelles et les images de piété.

La révolution des médias rend possible la diffusion lointaine et généralisée de h ni. 1rs types de messages. Le milieu local et l’oralité ne perdent pourtant pas h mit- pertinence, loin de là. Le rassemblement irrésistible des populations dans les villes, dans de grandes métropoles surtout, le montre bien.

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Une réponse pour "Communication, transmission de l’expériencecollective et genèse des cultures"

  1. paraphrase  13 juin 2012 at 20 h 20 min

    sources…. La géographie culturelle, paul claval… !!!!!

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