Des mémoires hors du cerveau : La mémoire de l’immunité

> > Des mémoires hors du cerveau : La mémoire de l’immunité ; écrit le: 14 juillet 2013 par imen modifié le 7 novembre 2014

La mémoire de l’immunité

On ne peut clore ce tour d’horizon de quelques mémoires du vivant sans évoquer l’une des plus importantes, bien qu’elle ne se situe pas non plus dans le cerveau. C’est la mémoire de l’immunité, répartie dans tout l’organisme et qui y joue un rôle si essentiel qu’on l’a comparé, sur le plan de son importance vitale, à la respiration, aux systèmes digestif ou nerveux. On a dit d’elle qu’elle était le deuxième cerveau des vertébrés. On avait remarqué depuis longtemps que certaines maladies ne touchent jamais deux fois la même personne. On ne comprenait pas pourquoi, jusqu’au jour où le biologiste Jenner démontra qu’en inoculant le microbe de la vaccine, maladie proche de la variole, mais sans danger, on pouvait protéger contre cette redoutable variole. La vaccination allait pouvoir naître. Il fallut encore plus d’un siècle pour que l’on commence à comprendre le mécanisme de l’immunité, qui reste encore incomplètement élucidé. Il fait appel à une mémoire bien spécifique, celle qui fait que l’organisme reconnaît ce qui lui est fondamentalement étranger. Il distingue le « soi » du « non-soi », et il commande, avec une grande rapidité, la production de substances qui détruiront les éléments étrangers s’ils pénètrent dans l’orga­nisme – ce peuvent être des microbes, mais aussi des tissus ou des organes appartenant à un autre individu, comme dans le cas des greffes rejetées.
Cette mémoire est multiple : non seulement l’organisme se souvient de ce qui est « lui » et de ce qui est « étranger », mais les cellules qui organisent l’attaque contre l’ennemi agissent d’autant mieux et plus vite qu’elles Font déjà rencontré. Elles gardent la mémoire de cet ennemi déjà attaqué. C’est pourquoi seuls certains vaccins réclament des rappels, chez les autres les cellules-mémoire fonctionnent parfaitement toute la vie. Il est surprenant de constater qu’un être peut ainsi réagir, non seule­ment contre des microbes ou des virus qu’il a déjà rencontrés et contre lesquels il a pu se préparer à lutter – mais aussi contre ceux qu’il n’a jamais eu l’occasion de côtoyer. On dit même qu’il pourrait réagir contre ce qui n’existe pas sur la Terre, et cela même si l’étranger se présente sous la forme d’une seule molécule. Notre organisme naît avec la possibilité de lutter contre tout élément étranger, quel qu’il soit.
Cette fantastique mémoire n’a pu se mettre au point qu’au fil d’un temps très étendu. On suppose qu’au cours de l’évolution, ce système de l’immunité a envisagé des milliards d’opportuni­tés de rencontres dangereuses, et qu’il est ainsi prêt à contrer tout étranger, même parfaitement inconnu. Nous avons en per­manence, dans notre sang, des milliards d’éléments-tueurs, aux aguets de tout élément suspect. Certains n’en ont jamais ren­contré et n’en rencontreront jamais. Cette mémoire est à long terme : elle subsiste, sans avoir de contact avec l’agent infec­tieux, pendant des dizaines d’années, voire davantage.
On connaît désormais les gènes responsables de la définition biologique de chaque individu et donc de la reconnaissance du « soi » et du « non- soi ». Ces travaux ont valu en 1980 le prix Nobel de médecine au Pr Jean Dausset, ainsi qu’à deux cher­cheurs américains. Ces recherches ont connu, depuis, des déve­loppements spectaculaires et de très nombreuses applications, notamment de permettre des greffes d’organes en identifiant les caractéristiques intimes, au niveau de certains composants du sang, du donneur et du receveur. C’est aussi cette mémoire immunologique qui fait que, biologiquement, nous sommes tous uniques, qu’il n’existe pas deux êtres rigoureusement sem­blables, si l’on excepte les vrais jumeaux, nés du même œuf. C’est ce qu’on appelle l’identité biologique.

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