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Des mémoires hors du cerveau : L’horloge de l’évolution

Vous êtes ici : » » Des mémoires hors du cerveau : L’horloge de l’évolution ; écrit le: 14 juillet 2013 par imen modifié le 8 novembre 2014

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L’horloge de l’évolution

On s’interroge toujours, non pas sur la réalité, mais sur l’exactitude d’une autre forme de mémoire, qu’on appelle l’horloge de l’évolution, ou encore horloge moléculaire. Ce compteur de temps est basé sur la comparaison de fragments d’acides nucléiques – les réceptacles de l’hérédité des êtres vivants – pris sur diverses populations. Les biologistes qui ont mis au point cette horloge s’en servent pour mesurer la vitesse de l’évolution, ce qui devrait permettre, en théorie, de remonter jusqu’à l’origine de chaque espèce. Mais cela suppose que l’évolution avance régulièrement, ce qui n’est pas évident : elle procède souvent par saccades, qu’on ne peut mesurer a posteriori. L’horloge de révolution ne tourne pas toujours à la même vitesse, et son exactitude est donc discutable.
Le principe de cette remontée dans le temps a été pourtant appliquée à l’homme : on a comparé, sur quelques centaines d’individu de types différents, des éléments de leur l’hérédité, et recherché leur ancêtre commun. La seule chose certaine, actuellement, c’est que cet ancêtre commun était africain. Des biologistes estiment que l’homme moderne aurait quitté l’Afrique pour envahir l’Europe et l’Asie en deux vagues, l’une il y a cinq cent mille ans, l’autre il y a cent mille ans. Mais ces résultats sont encore discutés, au moins quant à leur date, l’origine africaine de l’homme moderne ne faisant plus de doute. Ce dont on n’est pas certain, c’est si cet homme moderne, baptisé Homo sapiens, est apparu d’abord en Afrique et qu’il a ensuite émigré en Europe, ou si ce sont des hommes « anciens », venus d’Afrique en Europe il y a très longtemps, qui y ont évolué pour donner l’homme moderne. Cette dernière hypothèse semble avoir, pour le moment, la faveur des préhistoriens, car on a trouvé dans divers gisements européens, notamment en Géorgie, des restes fossilisés d’hommes possédant des caractères anciens, et datés de plus d’un million d’années, mais montrant une évolution vers J’Homo sapiens.
Luigi Cavalli-Sforza, généticien des populations à l’université Stanford, en Californie, a passé quarante ans à reconstituer de son côté l’arbt’e généalogique de l’humanité, en étudiant et en comparant les éléments de l’hérédité des populations isolées qui subsistent encore dans le monde, et qui portent en eux les fragments les plus anciens de l’hérédité humaine, et donc de l’histoire de l’humanité. Il a pu, ainsi, reconstituer une bonne partie des migrations que les hommes ont faites depuis près d’un million d’années, lorsqu’ils sont venus d’Afrique pour conquérir l’Europe et l’Asie, et surtout depuis cent mille ans, !’âge que l’on attribue généralement à l’homme moderne. C’est lui qui a, par exemple, montré le cheminement des premiers agriculteurs d’il y a dix mille ans, du Proche-Orient vers l’Europe de l’Ouest, que nous avons évoqué plus haut, suivant, d’une part le cours du Danube, d’autre part la voie maritime, en Méditerranée. Il a pu ainsi remonter le cours du temps et retra­cer une partie de l’ancienne histoire européenne.
Le Pr Cavalli-Sforza déplore que ces populations isolées, si précieuses pour les généticiens, soient en voie de disparition, emportant avec elles des éléments essentiels de l’histoire excep­tionnelle et unique que racontent leurs gènes. Ils se bat pour que soit conservé le maximum de ce patrimoine génétique, si menacé. Il donne comme exemple le cas des populations du Basra, qui sont les descendants des Mésopotamiens, c’est-à-dire de la première civilisation, et qui ont été décimés par la guerre entre l’Iran et l’Irak. Il ne reste plus que deux cents membres des Oroke, peuple sibérien, et les Indiens Yanomani sont mena­cés par la destruction de la forêt, au Brésil, comme les Akala- lufs de Patagonie par l’alcool et les maladies occidentales. Toutes ces populations sont pourtant non seulement essentielles pour comprendre notre histoire génétique, mais elles sont aussi, nous l’avons vu, les vecteurs de traditions orales et de langages, dont il est capital de garder le souvenir.
La génétique des populations a également pu montrer, en examinant une goutte de leur sang, la parenté entre des popula­tions asiatiques, sibériennes, et des Indiens de l’Amérique du Sud. Ce qui prouve que ces derniers sont bien les lointains des­cendants de migrants qui, il y a sans doute vingt mille ans, ont profité que le détroit de Behring était pratiquement à sec, pour venir de Sibérie en Alaska, et ont assez rapidement, suivant les bisons, traversé l’Amérique du Nord et du Sud. On a pu aussi reconstruire la généalogie de certains groupes, qui l’ignoraient. Des spécialistes français ont étudié les quelques centaines de membres de la communauté touareg Kel-Kummer, qui vit, iso­lée, au Mali. Examinant des éléments de leur sang, ils ont établi que cette communauté de trois cent quatre-vingt-deux per­sonnes provenait d’une vingtaine de fondateurs, qui vivaient il y a trois siècles, au moment où les Kel-Kummer se sont sépa­rés des autres groupes. On a pu, de la même manière, vérifier en 1934 que les deux cent vingt-cinq habitants de la petite île de Pitcairn, dans le Pacifique, étaient bien les descendants du rescapé des révoltés du navire britannique le Bounty et de femmes indigènes.



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