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Des mémoires hors du cerveau

Vous êtes ici : » » Des mémoires hors du cerveau ; écrit le: 14 juillet 2013 par imen modifié le 7 novembre 2014

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Le cerveau

Le temps ne s’exprime pas, chez les êtres vivants, que par la mémoire cérébrale. Tous disposent, en outre, d’autres mémoires, situées non dans le cerveau, mais ailleurs dans l’organisme — et ce ne sont pas les moins essentielles. Par exemple celle de l’espèce, fixée dans ce qui se trouve au plus intime de tout indi­vidu, son hérédité, probablement le bien le plus précieux de toute espèce vivante, car elle garantit sa pérennité. Nul ne symbolise mieux ce destin que ce petit insecte que nous avons évoqué, l’éphémère, qui passe la seule journée de sa vie à se reproduire, car il ne peut rien faire d’autre. Il semble qu il naisse dans un seul but : perpétuer son espèce. C’est cette mémoire héréditaire qui fait qu’un brin d’herbe est toujours un brin d’herbe, et un homme toujours un homme. C’est grâce à elle que chaque être vivant transmet à ses descendants les caractéristiques de son espèce, qui sont fixés dans les gènes, ces grains d’hérédité enfermés dans les acides nucléiques, vecteurs du patrimoine de l’espèce.



Chaque être porte en lui cette mémoire de l’espèce et son destin est de la transmettre intacte à ses descendants, auxquels chaque être sexué donne la moitié — au hasard — de sa propre hérédité. L’être nouveau qui va naître sera unique, différent de tous ceux qui existent, de tous ceux qui ont existé et de tous ceux qui existeront. Il est un instant fugace, mais essentiel par son exceptionnelle unicité, dans le temps immense de l’héré­dité. Le généticien des populations Albert Jacquard s’est amusé a calculer que le volume des spermatozoïdes qui pourraient être constitués à partir du patrimoine génétique d’un seul individu ne tiendrait pas dans l’univers. Le nombre colossal de combiliaisons possibles que l’on peut imaginer avec les cellules sexuelles de deux humains n’est jamais entièrement exploité ?ors de la création d’un être nouveau. Il est cependant suffisant pour le rendre unique.
Au fil de l’évolution, se sont mis en place des procédures qui protègent cette précieuse hérédité, dont le matériel dispose, en outre, de systèmes qui lui permettent de s’auto-réparer. Elle a traversé déjà des centaines de millions d’années, pour certaines des espèces animales. Depuis que l’homme est apparu, le visage de la Terre s’est considérablement modifié, des morceaux; de continents se sont ouverts, le niveau des mers changé. Des océans ont disparu, d’autres sont nés. L’hérédité humaine n’a pas bougé : elle est plus stable qu’un continent, qu’un océan.
Si cette hérédité est fixe, en principe, elle peut cependant se modifier parfois, nous l’avons vu, au gré des mutations qui touchent, au hasard, les êtres vivants, lorsqu’il se produit une anomalie dans la recombinaison des deux hérédités, celle du père et de la mère, au moment de la fécondation. Chez l’homme, comme dans la plupart des espèces, la nature fait bien les choses : la très grande majorité des êtres porteurs d’une mutation défavorable sont éliminés très vite, dès la formation de l’embryon. Leur naissance ne représente qu’une erreur, dramatique pour ceux qui vont la vivre.
Lorsqu’on examine l’hérédité des populations, même en remontant aussi loin qu’on ne peut dans le passé, l’hérédité de l’homme ne semble pas avoir été modifiée depuis, disons au moins dix mille ans. L’espèce humaine est donc un système stable dans le temps, ce qui est intéressant à considérer à l’heure où l’on brandit les menaces les plus diverses qui pèseraient sur cette hérédité, des aliments génétiquement modifiés à la pollution de l’air, en passant par l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire. André Langaney, professeur à l’université de Genève et spécialiste reconnu de la génétique des populations, est formel : ces effets éventuels ne pourraient avoir un effet que si l’ensemble de la population humaine était touchée par ces mutations – et il est très probable que la sélection naturelle aurait renforcé, alors, son action, et diminué par conspuent les effets de ces mutations. « Notre patrimoine génétique collectif est doué d’une très grande inertie et de mécanismes de régula­tion trop puissants pour que des interventions aléatoires le menacent beaucoup », dit-il.

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