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Grands fleuves et grands travaux : Les grands ouvrages

> > Grands fleuves et grands travaux : Les grands ouvrages ; écrit le: 9 mars 2012 par tayechi modifié le 17 novembre 2014


La digue

Digues hautes et digues basses

Aux origines de la digue, définie comme une construction longitudinale destinée à contenir les eaux fluviales à l’intérieur d’un lit qu’elles délimitent, un phénomène naturel, le bourrelet alluvial déposé à l’occasion des grandes crues. Discontinus à l’état naturel, ces bourrelets peuvent être facilement raccordés les uns aux autres pour former un système continu. À partir de ce schéma initial, observable aussi bien dans le Val de Loire qu’en Chine, divers systèmes ont été développés avec plus ou moins de bonheur en fonction d’une double finalité.

Les digues érigées aux fins de protection contre les crues permettent la mise hors d’eau des plaines d’inondation planes, aux sols limoneux facilement cultivables, éventuellement propices aux développements urbains. L’implantation de ces digues est plus ou moins facile, selon qu’elles peuvent ou non s’ancrer soit sur un étroit rocheux, soit sur une haute terrasse alluviale. À défaut, elles risquent d’être submergées par l’amont en cas de crue. Cette faiblesse constitutive explique la tendance observée sur tous les systèmes d’endiguement réalisés sur de larges plaines alluviales, à remonter d’aval en amont avec le temps : dans le cas des levées du Val de Loire, ce transfert amorcé à partir de l’Anjou au XIIe siècle atteindra la Touraine puis l’Orléanais au xviie siècle, pour s’achever au bec d’Allier au milieu du XIXe siècle. Les endiguements continus ne sont tout de même pas la règle générale et beaucoup ne sont édifiés que sur des espaces limités, particulièrement exposés à des débordements ou à des attaques érosives en rive concave. Ils sont alors protégés de la poussée des eaux par des enrochements ou des perrés maçonnés.

Les digues destinées à faciliter la navigation visent le plus souvent à concentrer les eaux de bras multiples, instables et peu profonds, en un chenal unique. D’abord rudimentaires et limitées à un simple rétrécissement du lit fluvial entre des digues hautes jusqu’à la fin du XVIIIe siècle (système ligérien ou padan), les méthodes de correction s’affineront progressivement au cours du XIXe siècle avec la fermeture des bras secondaires et la construction de digues plus basses ne contenant que les eaux moyennes ou les débits d’étiages et normalement submergées par les crues. Dès 1781, l’ingénieur magyar Vasarhelyi propose de rétrécir le lit de la Tisza pour provoquer son enfoncement et le drainage de la grande plaine hongroise. À partir de 1827 et des travaux de l’ingénieur badois von Tulla, apparaîtront d’abord sur le Rhin, l’Elbe, le Danube et le Rhône, des ouvrages visant à stabiliser le chenal fluvial au préalable par des épis plongeants,

puis par des systèmes de tenons reliant entre eux ces épis. L’ensemble de ce dispositif obligeait le fleuve à écrêter les seuils (bancs de graviers ou de sables affleurant aux périodes d’étiage) et à combler les mouilles (fosses d’eau profondes creusées par le mouvement tourbillonnant des eaux entre deux seuils), de façon à ce que les eaux façonnent un chenal régulièrement calibré et d’une profondeur à peu près constante. Les résultats obtenus ne furent pas négligeables puisque sur le Rhône en aval de Lyon, le mouillage garanti à 2 mètres passa de 96 jours en 1876, à 300 jours en 1925. Les résultats de cette méthode connue en Allemagne sous le nom de Strombau furent encore plus marquants sur le Rhin.


Les limites du genre

Contrairement à ce que suggère une logique simple, les digues hautes n’instaurent pas une séparation nette entre l’espace du fleuve et celui des activités terrestres, que celles-ci soient urbaines, agricoles ou autres. Dans certains cas, le champ d’inondation délimité se révèle trop étroit, de sorte que les grandes crues finissent par rompre les digues. Ce type d’événement étant tout de même exceptionnel et le temps aidant, une parade classique consiste à ne pas modifier le calibrage des digues mais à ménager des points de rupture qui, en cas de danger, dériveraient les eaux excédentaires vers de vastes bassins de rétention. C’est sur ce principe que les levées de la Loire ont été maintenues après les grandes crues de 1846 et 1856, les bassins de rétention (Saint-Benoît, Montaliveau, etc.) pouvant être mis en culture mais non pas habités. 11 est vrai qu’avec le temps, la mémoire des risques s’estompe et que des constructions légères et provisoires se muent progressivement en structures permanentes, habitat, entrepôts ou infrastructures routières qui remettent en cause le principe de gestion initial.

Une autre méthode, couramment employée en Chine mais qu’on retrouve dans la plaine du Po consiste, après rupture provoquée le plus souvent par exhaussement du lit, à construire une nouvelle digue, parallèle à la première et délimitant un champ d’inondation plus large. Bien entendu, l’espace compris entre les deux jeux de digues ne tarde pas à être cultivé si ce n’est habité de façon théoriquement précaire. Cette appropriation discrète ou non des terres endiguées affecte également les zones de digues basses frangées par des atterrissements progressifs qui passent, de façon non moins progressive, de l’espace du fleuve à l’espace cultivé.

La seule logique à d’éventuelles appropriations dans le champ d’inondation serait non pas Pendiguement mais la délimitation préalable de ce qu’on appelle l’espace de liberté du fleuve, entendons par là l’espace inondé avec une fréquence régulière qui peut être de l’ordre de trois à dix ans. C’est dans cette zone que s’effectuent le glissement des méandres, la succession des dépôts et des reprises de sédiments d’une crue à l’autre, que se fait éventuellement le partage des eaux entre plusieurs bras qui sont tour à tour actifs ou secondaires. Il est certain que ce type d’espace indécis et le plus souvent partiellement asséché ne manque pas d’exciter de multiples convoitises citadines ou rurales en attendant la venue des ingénieurs-aménageurs. Rien d’étonnant donc si, dans la plupart des pays riches, les lits fluviaux ont été tôt ou tard « aménagés » ou « corrigés ». En Europe, ce processus amorcé dès le Moyen Age sur la Loire, a pris toute son ampleur au XIXe siècle sur le Rhône, le Rhin et la partie amont du Danube (entendons par Là le Danube austro-hongrois). Il s’est poursuivi jusqu’aux toutes dernières années du XXe siècle en Roumanie et en Bulgarie. De façon générale et sur beaucoup de fleuves de taille moyenne ou même sur de grands fleuves comme la Volga, l’évolution dans le temps passerait d’un stade à peu près naturel, à un stade de digue hautes enserrant un vaste lit majeur, puis à un stade de réduction des bras et des îles pour s’achever avec un stade de linéarisation et d’artificialisation radicale L’enchevêtrement des digues du Rhône n’a rien d’exceptionnel ez peut être considéré comme un cas d’école qui se retrouverait aussi bien sur k Rhin ou le Danube.

Il est vrai que dans des pays plus richement pourvus d’espaces que ceux de l’Europe, traversés également par des fleuves dont la puissante pulsation découragent les ingénieurs, l’espace de liberté est mieux respecté : les digues da Mississippi en aval du système d’écluses qui va de Minneapolis à Saint-Louis, ne constituent qu’un système discontinu dont les objectifs se sont limités pour l’essentiel à la suppression de faux-bras et au recoupement de méandres. Ce vaste espace n’en est pas moins occupé ; le plus souvent par des champs non protèges des crues, mais parfois par des structures permanentes, appontements, scieries ou autres qui sont protégées par leurs propriétaires car, au-delà de certaines limites spatiales supposées être connues grâce à des panneaux indicateurs, « au-delà de cette limite, la loi de l’état n’existe plus ». A chacun donc de se protéger et. si le peut, de s’assurer. Peut-être convient-il de préciser que le Mississippi ne respecte pas toujours les limites ainsi définies.


Que le champ délimité soit large ou resserré, que les digues soient hautes ou ruses, reste que les digues n’assurent jamais une protection absolue. Elles peuvent être sapées à la base, affectées par le tassement de leur noyau argileux ou refoulement de leurs composants sablo-limoneux. Dans la partie amont du K-creur endigué, le resserrement des eaux provoque une reprise d’érosion, un encaissement et un affaiblissement du système. Dans la partie aval, les sédiments prélevés à l’amont se déposent et suscitent un exhaussement du lit. Le temps pendant, toute digue est donc vouée à la rupture. Dans certains cas, il se pourrait me que les digues soient inutiles : comment endiguer le système deltaïque Ginge-Brahmapoutre, sachant que les multiples bras qui le forment sont xsiables et qu’il suffit d’opposer un quelconque obstacle aux fleuves pour qu’ils changent leur cours de façon quasi instantanée ?

Terres basses et polders

Étymologiquement parlant le polder est un espace endigué. Encore faut-il rreciser que cet espace est situé en dessous du niveau que peut atteindre la mer, ce qui implique que les eaux pluviales ou infiltrées à l’intérieur du périmètre endigué doivent être collectées et évacuées soit par gravité en période de basses soit par pompage.

A partir de ce schéma, on peut opérer la distinction entre les polders d’enciuement qui gagnent sur la mer, le lac ou le fleuve à partir du rivage, les polders c’issèchement qui sont entièrement ceinturés par des digues et un canal annulaire, les polders de type « Zuiderzee » qui séparent un golfe de la mer par endiguement avant assèchement. Si les polders ne sont pas des formes spécifiquement ruviales et peuvent intéresser aussi bien des marais intérieurs (Marais poitevin) eue des laisses de basse mer (Halligen du littoral frison), leurs développements les plus caractéristiques – Camargue, bonifications padanes et surtout Pays-Bas – n’en sont pas moins liés aux deltas du Rhône, du Po et du Rhin. Les polders iu premier type sont également caractéristiques des rivages des grands lacs chinois, Yaïhu, Poyanghu, Dongtinghu.

Il suffit pour comprendre la logique de ces empiétements, d’apercevoir par beau temps et vent favorable, la Sacca di Scardovari au Sud du Po ou la mer des Wadden depuis les dunes de Texel : de vastes prairies dont l’occupation semble facile si ce n’est inéluctable ; il est vrai que par gros temps, ces mêmes golfes sont envahis par des vagues que le vent pousse sur des dunes ou des cordons sableux qui paraissent soudain bien fragiles. Le risque et l’attractivité expliquent donc également des emprises qui, d’abord discrètes, se sont amplifiées au fur et à mesure des progrès techniques : aux 250 kilomètres carrés conquis en un siècle au temps des moulins à vent, répondent aux Pays-Bas, laes 1 170 km2 conquis à l’aide de la pompe à vapeur au XIXe siècle et les 2 500 km2 occupés au XXe siècle çrice aux pompes électriques.


Pour remarquable que soit la réalisation du Zuiderzee, le dernier en date des crands systèmes poldérisés, son examen n’en est pas moins révélateur des limites du genre . La digue de fermeture longue de 30 kilomètres achevée en 1932, clôt un ancien golfe devenu le lac d’Ijssel, trop profond pour être asséché. Seules, ses rives ont été endiguées et aménagées en une série de quatre polders dont  le plus vaste (Flevoland Est) couvre 54 000 hectares. Le plan initial, réalisé dans les seuls polders de Wieringermeer et du Nord-Est, prévoyait le partage de lesçace en fermes de 30 à 50 hectares, la construction de villages de services Proie élémentaire, services quotidiens) et la création d’une ville neuve. Si ces ville  Wieringerwerf, Emmelord et Lelystad – se sont bien développées, force est constater que les villages de services languissent et que les agriculteurs leurs maisons isolées pour résider en ville. En tout état de cause, les mâts d’investissement (endiguement, assèchement, dessalement et première mise en culture, construction des infrastructures et des bâtiments publics) sont 3=5 que toute idée de rentabilisation est exclue. En dernière instance, et pour réduire ces coûts, le cinquième polder aménagé (Flevoland Sud) est devenu un espace de loisir proche d’Amsterdam, cependant que le sixième et dernier projet, Mirken, reste en suspens. Les Hollandais ne regrettent rien, tant est grande leur soif de terres et tant reste présente la double menace des crues fluviales et des ons marines.

C’est cette permanence du risque, ainsi que le souvenir de la catastrophe du r février 1953 (1 800 morts, 160 000 hectares de terres submergées) qui justi- ir.: la réalisation entre 1961 et 1978, de cet ensemble qui constitue le plan Dri ta : une série de trois barrages à la mer et de trois barrages intérieurs qui Œcsolident les multiples îles qui s’échelonnent entre l’estuaire de l’Escaut au Sœc et le Nieuwe Waterweg au Nord. Toute sensibilité écologique mise à part, Ik formule selon laquelle : « Dieu ayant créé les eaux, le Hollandais fit la terre », une part de vérité.

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