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La culture comme ordre institué

Vous êtes ici : » » La culture comme ordre institué ; écrit le: 13 mai 2012 par Samouha modifié le 14 novembre 2014

La dimension instituant et prescriptive du discoursLa culture comme ordre institué

Une culture est, dans une large mesure, faite de mots qui traduisent le réel en le découpant, en le structurant et en l’organisant. Ces signes disent les lieux, la vie, les êtres ou les techniques : ils ont une valeur descriptive. Comme ils se lestent de connotations au cours de l’existence, ils prennent une charge émotive. Ce que l’on acquiert en parlant des objets et des êtres, c’est la capacité de leur donner une existence sociale.

Certains des énoncés que l’on construit avec les mots ont une dimension prescriptive ; ils n’indiquent pas ce qui est, mais ce qui doit être, ce qu’il faut faire advenir, ce qui est bien. La faculté de juger fait discerner le beau du laid et permet <l’ instituer, à côté de l’ordre de l’éthique, celui de l’esthétique.



La culture des sociétés animales les plus complexes se résume à des pratiques issues de l’imitation. Elle ne comporte d’autre dimension prescriptive que celle du dressage que les mères imposent à leurs petits ; elle ignore les valeurs.

Le chapitre précédent analysait le rôle que tient la culture dans le fonctionnement des sociétés La démarche était à la fois celle du naturaliste, curieux de repérer la multiplicité des formes de la vie sociale, et celle du mécanicien, soucieux de comprendre comment, à partir d’institutions aussi diverses, les mêmes fonctions peuvent être remplies. La question abordée ici est différente : pour quelle raison les hommes instituent-ils, à travers le pouvoir de structurer que leur donne le Verbe, un ordre symbolique ? Celui-ci fait passer du simple constat de l’existant à l’idée du devoir-être, propose des interprétations du Cosmos, de la nature et de la vie sociale, et détermine les idéaux à atteindre, les buis vers lesquels doit tendre l’action de ceux qui veulent accomplir pleinement leur destin d’homme.

La dimension morale de la vie sociale

Aucun État ne peut fonctionner s’il ne bénéficie pas d’une forte légitimité dans l’opinion. Aucun tyran ne peut se maintenir au pouvoir contre une révolte générale, aucune police ne peut vaincre une anarchie ou des actions terroristes généralisées. Dans les sociétés d’Europe occidentale que l’on dit menacées par la délinquance, le crime et la corruption, les chiffres officiels annoncent que les personnes incarcérées représentent de 0,3 à 1 %o de la population totale ; ce taux atteint 3 %c aux États-Unis où il est exceptionnellement fort.

Instinct ou péché originel, l’homme peut être pire qu’un loup pour l’homme — mais sa survie collective lui impose d’obéir à certains principes normalement inculqués dès l’enfance : respecter ses parents, ne pas voler, ne pas tuer, accomplir honnêtement sa tâche, etc. Ces règles sont-elles instinctives ? normalement présentes dans la conscience de chacun ? Ont-elles été fixées par une puissance divine devant laquelle tous doivent s’incliner — car le châtiment ici-bas ou dans l’autre monde serait terrible ? C’est un débat central pour toutes les cultures. Qui est cet homme, ce prochain, ce frère dont il faut respecter la vie, la liberté et les biens ? Le voisin qui a la même couleur de peau, la même langue, les mêmes mœurs, les mêmes dieux, ou tous les hommes de la Terre quelle que soit leur culture ? Les droits universels de l’homme partout semblable, pour qui cela a-t-il vraiment un sens, en dépit des grands principes affirmés ?

Assurer l’ordre du monde et de la nature

la dimension religieuse de la vie sociale

La morale n’est pas seule en cause. L’observation empirique de la nature révèle, dans l’optique de beaucoup de cultures, une harmonie profonde entre les phénomènes naturels ; la vie humaine participe à un tout réglé et cohérent. Les cycles de naissance, croissance, mort et renaissance de la lune et de la végétation donnent un sens au destin de chacun : le jeu de l’éternel retour, les travaux et les
jours sans cesse répétés, la mort et l’espoir de renaissance (Éliade, 1947).

Mais soudain, l’harmonie paisible est rompue, la terre tremble, la tempête se lève, le tonnerre gronde, l’ordre du monde est bouleversé par la colère des Dieux.

Il faut les apaiser par des rites et des sacrifices et châtier éventuellement l’impie responsable. A l’âge scientifique, la lutte contre les menaces qui pèsent sur les cycles naturels et l’ensemble de l’oecoumène soulève des ardeurs quasi missionnaires dans les sectes d’écologistes : il faut tirer parti des énergies douces, consommer « bio », créer des réserves pour assurer la survie de toutes les espèces !
Chaque religion, chaque idéologie laïque, apporte un principe social égalitaire ou hiérarchisé, une morale avec ses devoirs et ses interdits, un modèle politique qui légitime le pouvoir et un guide des relations à entretenir avec la nature (Deffontaines, 1948 ; Banton, 1966 ; Sopher, 1967 ; Dory, 1993).

l’ailleurs, l’au-delà et la construction de l’ordre «les valeurs

Sur quoi se fonde la démarche qui fonde l’ordre des valeurs et institue la société sur des bases normatives ? L’observation nous dit ce qui est, et lorsqu’elle est bien menée, ce qui va advenir. Elle ne nous permet pas de passer du constat à la prescription.

L’imagination porte l’esprit au-delà de ce qui borne la vue : le voyageur anticipe ce qu’il découvrira lorsque la ligne d’horizon sera franchie. L’enfant amoureux de cartes et d’estampes habite les pays que sa fantaisie construit. Le croyant spire à la félicité éternelle du paradis, redoute l’épreuve du purgatoire et craint le châtiment définitif de l’enfer.

L’espace que fréquente les hommes ne se limite jamais à celui que l’observa-
lion révèle : il s’accompagne de doubles auxquels on prête volontiers des vertus ii des charmes supérieurs à ceux de l’environnement familier.
Les monts hantés par les esprits invisibles et puissants, les paradis ou les enfers auxquels sont promises les âmes des morts, prennent des formes bien différentes selon les cultures. Ils sont faits de mots, d’images, d’idées, de récits transmis de génération en génération comme un des héritages les plus essentiels. Impalpables, inaccessibles aux sens, ils appartiennent à l’univers du discours. Pourtant ces mondes d’ailleurs apparaissent comme dotés de plus de sens et de réalité que celui qui est perçu ici-bas. Ils révèlent, par comparaison, les déficiences, les malfaçons et les injustices de l’ordre existant. L’esprit qui les a explorés jouit d’un point de vue suplombant qui lui permet de balayer la société et les cadres où elle se déploie d’un regard critique, et d’indiquer dans quel sens agir. Les règles de conduite, les modèles de comportement, les formes souhaitables de l’environnement se cons¬truisent ainsi. Les aspects sordides du réel ne sont pas seulement déplaisants : ils sont condamnables et traduisent l’existence de dysfonctionnements, de souillures
ou de fautes.
La topologie des réalités ultimes qui donnent un sens à l’univers, à la nature, à la société et à l’individu n’est pas très variée (Éliade, 1963 ; 1965-a; 1971 ; Wunenberger, 1981 ; Claval, 1984) (fig. 6).

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