Le temps de la création : Les illusions du cinéma

> > Le temps de la création : Les illusions du cinéma ; écrit le: 15 juillet 2013 par imen modifié le 11 novembre 2014

Les illusions du cinéma

Certaines formes de création se prêtent particulièrement bien à une manipulation du temps. Le cinéma, par exemple. Nous  avons vu que le spectateur d’un film a vite tendance à remplacer son temps par celui de l’action qui se déroule sur l’écran. Beau­coup de films sont vécus comme des rêves et c’est l’une des raisons du succès du cinéma. Il permet au metteur en scène d’accélérer ou de ralentir le cours du temps, de faire des ellipses ou, au contraire, de figer un instant décisif, de l’étirer au maxi­mum. Le flash-back, ou retour en arrière, permet de remonter le temps, il introduit le passé dans le présent. On voit le temps défiler à toute vitesse sur des images montrant une horloge dont les aiguilles tournent en accéléré. « Compression et dilatation du temps sont des principes et des effets généraux du cinéma », dit le sociologue Edgar Morin.
Jean-Claude Carrière, qui fut le dialoguiste du cinéaste Luis Bunuel, raconte comment il est facile de montrer le déroule­ment d’un repas entier en quelques minutes. Un personnage est en train de manger son potage. Il pose une question. La caméra filme alors un second personnage qui lui répond – en se servant de gigot. Après un changement de plan, on passe sur un troi­sième personnage, qui s’introduit dans le dialogue – en man­geant sa salade. Et ainsi de suite. On arrive ainsi au dessert et au café : « Imperceptiblement, à demi dissimulé derrière le dialogue, le repas se déroule à toute vitesse, sans que nous ne remarquions cette anomalie. » Jean-Claude Carrière raconte comment un monteur de Hollywood lui a expliqué comment s’articulent les duels dans les westerns. Ils sont tous bâtis sur le même modèle : deux hommes s’avancent l’un vers l’autre. Au moment fatidique, la caméra passe toujours sur celui qui va mourir. Il saisit son arme et la porte à sa hanche. La vision passe alors sur l’autre, qui fait le même geste : « Le temps, on le voit très bien dans une salle de montage, est parfaitement dédoublé, sans que cela nous choque. Les grands monteurs sont ceux qui parviennent à rallonger ce temps fictif au maximum, sans que nous nous en étonnions […] Le cinéma se perd dans le temps, devient le temps. »

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