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Les défis culturels du monde actuel

Vous êtes ici : » » Les défis culturels du monde actuel ; écrit le: 10 mai 2012 par Samouha modifié le 14 novembre 2014

Les défis culturels du monde actuelLes défis culturels du monde actuel

Les transports rapides, les télécommunications instantanées et la standardisation croissante des outillages et des artefacts conduisent à l’uniformisation de la planète : partout les mêmes immeubles aux formes géométriques, les mêmes échangeurs autoroutiers, la même musique ; partout des jeunes moulés dans les mêmes jeans !

Beaucoup pensaient que la disparition de la plupart des traits qui faisaient l’infinie variété du monde traditionnel présageait l’érosion des différences culturelles. Que découvre-t-on ? Des sociétés où les problèmes d’identité sont plus envahissants que jamais. C’est ce paradoxe qu’il faut comprendre pour saisir les défis que nos sociétés doivent relever dans le domaine de la culture.



La poursuite et les ratés de la modernisation

Un modèle inchangé

À bien des points de vue, les sociétés industrielles poursuivent l’œuvre de modernisation commencée il y a plusieurs siècles. Pour assurer une égalité plus grande des chances et donner à tous les mêmes possibilités dans la compétition économique, la scolarité n’a cessé de s’allonger. Elle s’arrêtait à 13 ou 14 ans dans la plupart des pays occidentaux à la veille de la Seconde Guerre mondiale. Elle a presque partout été portée jusqu’à 16 ans. L’évolution se poursuit : c’est le cycle secondaire tout entier qui se généralise maintenant.
Au-delà de l’accès à l’enseignement, c’est la démocratisation des formes de la culture élitaire de jadis qui demeure, ou est demeurée jusqu’il y a peu, l’objectif avoué des États. Les pays de l’Est ne cachaient pas leur volonté de faire goûter à tous les grands chefs-d’œuvre russes ou étrangers du roman, du théâtre, de la musique ou de l’opéra.

Après la guerre, la fondation du TNP montre à quel point les attitudes sont alors semblables en France : le but est de créer des salles capables de recevoir un public beaucoup plus large que celui des théâtres traditionnels ; Corneille, Racine ou Molière doivent devenir des auteurs populaires (Abirached, 1990). Lorsqu’on se rend compte que le public du TNP est moins populaire qu’on ne le pensait, on transporte les tréteaux ou l’orchestre à l’usine ou dans les prisons !

La politique de transferts sociaux crée des sociétés de classes moyennes où l’accès aux formes supérieures du savoir est largement ouvert : on n’est pas très loin de l’unification vers laquelle tend depuis deux siècles l’idéal de progrès et de modernisation. Mais le résultat obtenu n’est pas enthousiasmant : c’est plutôt la grisaille que les lendemains qui chantent !

L’exportation des programmes de modernisation

Les recettes sur lesquelles la modernisation repose et qui ont réussi en Occident sont systématiquement exportées (Badie, 1992). L’effort de scolarisation réalisé par les puissances coloniales était variable, mais demeurait généralement limité : seule une partie de la population apprenait à lire et à écrire.

Depuis le début des années 1950, sous l’égide de l’UNESCO, les programmes d’alphabétisation sont vigoureusement développés partout dans le monde. Les résultats sont spectaculaires. En Asie orientale, en Amérique latine et dans certains pays du Moyen-Orient ou de l’Afrique subsaharienne, la généralisation de l’obligation scolaire est effective. L’école moyenne pénètre beaucoup plus vite qu’elle ne l’avait fait dans les pays anciennement industrialisés.

L’accès à la culture écrite va de pair avec une ouverture plus large sur le monde et avec la croissance des aspirations au mieux-être. Elle facilite l’industrialisation dans la mesure où l’école apprend la discipline des horaires sans laquelle il n’est pas de vie de bureau ou d’atelier possible ; les connaissances assimilées permettent de commander ou de contrôler les machines et appareils à voyants, affichage des données sur cadran ou sous forme numérique, et écrans de visualisation. Le passage à la modernité culturelle et économique semble partout possible. Dans la mesure où l’enseignement ne se fait pas en langue locale, il rompt en revanche la solidarité entre les générations et conduit les jeunes à s’interroger sur leur identité.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les pays développés ne constituaient qu’un petit peloton : l’Europe du Nord, de l’Ouest et du Centre, l’Amérique du Nord, le Japon et les pays de peuplement blanc de l’hémisphère sud. Malgré les ratés des systèmes socialistes, tous les pays de l’Europe de l’Est et la Russie ont franchi la barre. Leurs performances restent cependant loin en dessous de celles des pays non-socialistes de l’Asie orientale et du Sud-Est, et maintenant de la Chine. Dans des sociétés fortement structurées, à institutions bureaucratiques anciennes et où la tradition confucéenne valorise le savoir (Morishima, 1987), il suffisait de peu de choses pour que la modernisation démarre. La combinaison de valeurs qui avait permis aux sociétés occidentales de venir à bout de leurs dualismes n’est sans doute pas la seule qui puisse dynamiser les sociétés et les propulser sur la voie de la croissance : un mélange de nationalisme, de valeurs familiales, de pragmatisme intellectuel et de sens de la face peut conduire à des résultats voisins.

Les ratés de la modernisation

L’exportation des recettes de la modernisation accélérée mises au point en Occident à la fin des années 1940 ou dans les années 1950 n’est pas partout couronnée du même succès. Pour les pays du Tiers Monde qui avaient cru que l’Occident offrait deux modèles également viables, le libéral et le socialiste, et qui avaient choisi le second, le réveil est brutal. Le tissu social traditionnel est en lambeaux, la production agricole stagne ou diminue, la société étouffe sous une bureaucratie inefficace. La modernisation a créé un besoin de mieux-être et des aspirations égalitaires, mais pas de moyens de les satisfaire.

Les buts de la scolarisation n’ont pas été compris par la population : l’idée d’une promotion intellectuelle et morale des couches défavorisées par l’accession à la science, aux belles lettres et aux arts ne trouve aucun écho dans des cultures qui ne valorisent pas la recherche de la vérité et de la beauté. Les sociétés du Tiers Monde ont vu dans l’instruction une voie rapide de promotion sociale : un salaire régulier est apparu comme un idéal que quelques années à l’école primaire et au collège assuraient à tous les coups. Pour ceux qui n’avaient pas pu acquérir une formation occidentale, les vieilles solidarités familiales ou claniques permettaient
de profiter des miettes du festin.

Là où les sociétés traditionnelles échappaient au dualisme grâce à leurs fortes solidarités, l’égalitarisme est battu en brèche par la montée de l’individualisme. L’Amérique andine, certaines parties de l’Amérique centrale et l’essentiel de l’Afrique (Sandbrook, 1985 ; Médard, 1991) sont mal parties.

Une nouvelle transition culturelle

L’âge des masses et des médias

L’œuvre de modernisation à laquelle la société internationale s’applique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale est contrecarrée par la mutation qualitative de la culture qui résulte des formes nouvelles que revêt sa transmission. Le cinéma, la radio et la télévision créent les conditions de transferts de masse. L’oralité retrouve ses privilèges ; comme dans les situations face-à-face, le geste
et la parole vont de pair.

Les nouveaux médias ont des impacts inégaux sur les composantes de la culture : ils facilitent l’acquisition des habitudes de consommation, mais se prêtent mal à la transmission des connaissances techniques. Les économistes dénoncent depuis quarante ans ce qu’ils appellent des effets de démonstration : les populations démunies aspirent à une gamme élargie de consommations alors même que leurs revenus sont stationnaires. Comment, dans ces conditions, nourrir l’épargne élevée sans laquelle les niveaux de l’investissement productif restent insuffisants ?

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