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Les lieux du fleuve

> > Les lieux du fleuve ; écrit le: 9 mars 2012 par tayechi modifié le 17 novembre 2014


 Ni les moyennes ni la morpho dynamique ne rendent parfaitement compte de ce qui fait la spécificité d’un fleuve, savoir l’enchaînement des formes et des paysages. La prise en compte des lieux marquants à l’échelle du bassin offre une approche complémentaire.

La source

La notion topographique de source n’a pas grande signification dans le cas d’un fleuve qu’il soit grand ou petit : la preuve en est que les touristes visitant les sources de la Loire bouchent d’une main le filet d’eau qui sourd d’une étable et disent avoir arrêté le fleuve, le résultat de cet exploit n’étant pas pour autant évident à hauteur de Nantes. En fait, les sources du fleuve sont toujours multiples et l’identification de la source officielle reste le plus souvent sujette à caution : le Danube possède une source noble et ornée de statues dans le parc de Donaueschingen, une autre source bourgeoise un peu en amont aux origines du ruisseau de la Breg, et finalement il suinte d’une prairie bien au-dessus de cette source.

La grandeur du fleuve ne suffit pas à lever ce genre d’ambiguïté et la source de l’Amazone diffère selon les auteurs : pour M. Droulers, elle se situe en été de Urubamba alors que d’après les relevés satellitaires des hydrologues américains, elle se situerait plus au Sud, sur les pentes du Nevado Mismi qui alimente l’Apurimac. De telles imprécisions soulignent la discordance entre la puissance du fleuve et la modestie des sources.

Imprécision mais aussi mystère : sur VAtlas moderne de Del marche qui faisait autorité en 1850, le Nil prend sa source dans d’imaginaires monts de la Lune ainsi nommés d’après Ptolémée) qui bordent la partie méridionale du Kordofan et le cours du Congo se réduit à deux branches incertaines et brèves qui prennent leur source dans un plateau Dembo tout aussi imaginaire que les monts de la Lune. Les sources du Nil ne seront reconnues par Stanley qu’en 1876, et cette découverte mettra un terme aux âpres contestations qui opposèrent les premiers explorateurs des temps modernes, Speke et Burton. Et c’est ce même Stanley qui identifiera les sources du Congo en 1877, mettant fin du même coup au plateau Dembo et au légendaire royaume du prêtre Jean. Les sources gardent toujours un certain mystère et ce n’est pas sans raison qu’elles ont longtemps fait et font encore l’objet de cultes.


La vallée

Forme essentielle, forme diverse, forme souvent complexe  Au demeurant, chaque fleuve affiche un style ou un ensemble de styles qui lui sont propres. Du Mississipi à l’Amazone, la différence est d’abord une question d’échelle, le débit de l’un étant douze fois plus puissant que celui de l’autre. On va donc retrouver sur de vastes secteurs, les mêmes trains de méandres, les mêmes lacis de faux-bras, les mêmes méandres abandonnés avec ou sans lacs cornus et les mêmes bourrelets fluviaux, mais le tout avec des dimensions considérables : en aval de Manaus, le lit principal est large de 5 à 10 kilomètres et sa profondeur varie de 50 à 100 mètres. Quant à la plaine d’inondation ou varzea, elle s’étend facilement sur une centaine de kilomètres et, selon les saisons, elle peut être exondée ou noyée sous 8 à 15 mètres d’eau, ce qui n’empêche pas son occupation par une forêt particulièrement dense. Les différences avec le Mississippi n’en sont pas moins frappantes, notamment, l’alternance de biefs larges ou étroits (Obi dos), de gorges de raccordement entre ces biefs et surtout de formes d’ennoiement dues à la conjonction d’une très faible pente et d’un relèvement récent du niveau marin . De là ces lacs de confluence, ces vallées envoyées ou rias intérieures qui sont propres au plus grand fleuve du monde.

Cette indécision de certains tracés se retrouve à l’état hypertrophié sur le bassin du Congo où des séries de chutes séparent des biefs qui se perdent dans de vastes cuvettes plus ou moins envoyées selon la saison et garnies de masses végétales en perpétuelle décomposition et régénération. De ces vastes tourbiers tropicaux, sortent des eaux dont la couleur va du thé léger au coca-cola. Leur acidité peut aller jusqu’à un pH de 3,5 et, la température de l’eau aidant, l’on comprend ce que peut être leur capacité érosive.

Les cours des fleuves dans la zone tropicale sèche affichent le plus souvent deux traits communs. Le premier correspond à la fréquence des lits tressés, aux bras multiples, peu profonds et parcourus d’eaux rapides qui, à chaque crue, évacuent de fortes quantités de matériaux de fond ou en suspension. Le second, particulièrement évident dans la vallée du Sénégal, consiste en l’emboîtement des lits : le lit tressé devient, en période hautes eaux, une veine unique frangée par une vaste plaine d’inondation, le wallon, qui n’est atteinte qu’au maximum de la crue et qui n’est le plus souvent parcourue que par des bras défluents saisonniers qui aboutissent à de vastes cuvettes de décantation qui deviendront des pâturages après le reflux des eaux. Le tout est surmonté par les terres toujours exondées du jeeri, la plaine sèche dont la mise en valeur dépend de l’abondance pluviale.

Altitude et haute latitude façonnent les vallées en fonction du rôle que joue la glace. En milieu montagnard, les glaciers sont à l’origine de formes répertoriées de longue date dans les hautes vallées du Rhin, du Rhône ou du Mackenzie : auges et verrous auxquels succèdent vers les avant-pays des formes d’épandage remaniées par l’eau de fusion ou le vent. Dans les régions occupées par les inlandsis et récemment déplacées (Mackenzie, Nelson, Neva) le creusement différentiel des roches a laissé un relief chaotique où alternent lacs et chutes, de sorte que le tracé des fleuves laisse une impression d’anarchie, d’inachèvement. Mais les formes les plus spectaculaires, les moins connues également, sont celles des fleuves nord-sibériens dont le cours s’est formé dans la zone tempérée. Les eaux de fusion méridionales glissent sur le lit englacé d’aval, débordent latéralement et ne peuvent façonner leur lit en profondeur dans le sol gelé. De là, une largeur démesurée de lits fluviaux à fond plat qui ne roulent de l’eau que quelques mois si ce n’est quelques semaines par an. Des lentilles de glace se forment à l’intérieur des boues du mollisol, émergent sous forme de dômes allongés (pingos) et leur fusion donne naissance à de multiples lacs, le delta du Mackenzie constituent une référence classique.


Vidéo : Les lieux du fleuve

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