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Des fleuves à fins multiples : Pêcheurs et pisciculteurs

Vous êtes ici : » » Des fleuves à fins multiples : Pêcheurs et pisciculteurs ; écrit le: 10 mars 2012 par tayechi modifié le 17 novembre 2014

Pêcheurs et pisciculteursDes fleuves à fins multiples : Pêcheurs et pisciculteurs

Il existe dans le domaine de la pêche, une imprécision statistique qui affecte surtout la production des eaux continentales. L’insuffisance de la collecte dans de nombreux pays y est pour beaucoup, mais aussi l’imprécision des lieux et des genres, certains pays rapportant ou non aux eaux douces les pêches lagunaires, tandis que d’autres décomptent les diadromes1 tantôt au registre des espèces

océaniques, tantôt à celui des espèces d’eau douce. Il existe même un doute statistique sur certaines captures comme celle du lamantin, mammifère que d’aucuns assimilent à un poisson. En tout état de cause, pour un total des prises évalué à 113 millions de tonnes pour l’ensemble du monde, les pêches en eau douce n’entrent en ligne de compte que pour 18 millions de tonnes2. Ce pourcentage I assez faible de 16 % doit cependant être nuancé par la prise en considération de 1 plusieurs correctifs : d’une part, le domaine des eaux douces ne représente qu’un I volume insignifiant par rapport à celui des eaux océaniques ; d’autre part, la proportion des prises en eau douce tend à s’accroître grâce aux progrès de la J pisciculture, alors que le tonnage des prises océaniques est sujet à régression, à la suite des pratiques de surpêche. On observera incidemment la différence fondamentale existant entre, d’une part, la pêche proprement dite correspondant à la capture de poissons dont le cycle biologique est naturel et, d’autre part, la pisciculture qui correspond en fait à un élevage dans un milieu contrôlé.



Cette distinction n’est pas sans importance, sachant que la productivité moyenne des eaux océaniques n’atteint pas 1 kilogramme de poisson par hectare, contre 5 kg/ha dans les grands lacs et 300 kg/ha sur les étangs de pêche. Mais si l’on apporte dans ces eaux contrôlées de la nourriture et des sels minéraux, les rendements peuvent atteindre jusqu’à 7 000 kg/ha dans les eaux tropicales. Le statistiques n’accordent bien entendu aucune importance aux qualités gustatives de telles pêches dont le produit est simplement évalué en termes de protéines.

Autre précision statistique relative aux pêches en eaux douces, les dia dromes ne représentent que 10 % des prises contre 82 % de poissons sédentaires, le solde consistant en mollusques, crustacés et poissons de mer fréquentant les estuaires. Sur le plan géographique, il est important de noter que 75 % du tonnage global est pris et consommé dans le domaine asiatique, la Chine représentant à elle seule près de la moitié du total avec un peu plus de 5 millions de tonnes.

Les pêches et le risque de sur-pêche

Pour autant que le fonctionnement biologique d’un fleuve ne soit pas perturbé ou bien par de grands ouvrages, digues ou barrages, ou bien par de? rejets polluants, la masse et la diversité de Pichtyofaune sont fonction de multiples paramètres commandant la diversité des espèces et leur abondance.

La diversité, c’est-à-dire le nombre d’espèces, est fonction de la taille du bassin : on recense plus de 1 200 espèces dans le bassin de l’Amazone et 960 dans celui du Congo, contre 80 dans la Gambie et la Vistule. Quel que soit nombre de ces espèces, leur répartition spatiale se fait toujours selon la même logique : les segments amont des fleuves et de leurs affluents, caractérisés par de fortes pentes, leur richesse en oxygène et la faible teneur en matière organique de leurs eaux (cours d’eau oligotrophes) abritent surtout des salmonidés don: l’espèce la plus représentative est la truite ; les segments aval, caractérisés par la faiblesse de leurs pentes, la lenteur de leurs eaux faiblement oxygénées et leur richesse en matière organique (cours d’eau eutrophes) sont le domaine des cyprinidés, brèmes, tanches et carpes ; les zones intermédiaires abritent plutôt des espèces comme l’omble vers l’amont, des perches, barbeaux et brochets vers l’aval.

La diversité peut être réduite et s’accompagner de l’apparition d’espèces endémiques sur les segments isolés vers l’amont et l’aval par des chutes infranchissables à la remontée. Cette remarque vaut également pour les lacs mais don être nuancée par la prise en compte de leurs caractéristiques, profondeur, régime thermique et surtout âge : dans l’Afrique orientale, le lac Tanganyilca, profond et formé de longue date abrite 200 espèces, alors que le lac Albert (ex-Mobutu. peu profond et de formation récente n’en abrite qu’une vingtaine.

L’abondance, c’est-à-dire le tonnage des espèces capturables sur une surface donnée, est fonction de l’importance de la production primaire (algues uni- jellulaires, micro-organismes) et de la diversité des chaînes trophiques qui exploitent cette production. La chaleur et l’ensoleillement jouent un rôle essentiel à ce stade. Le cycle biologique des poissons dépend aussi de la diversité des milieux sur un tronçon donné. Selon les espèces ou selon la phase de leur cycle biologique, les poissons accomplissent des migrations de plus ou moins grande ampleur et séjournent plus ou moins longtemps dans des sites de ponte, d’alevi- r.age ou de nourriture : chenal principal, affluents, cuvettes de défluviation, faux- bras, forêt ou prairie inondée, zones d’ombre ou de soleil. Cela étant, il est bien évident que toute réduction de ces zones entraîne une diminution corrélative de .i biodiversité et de l’abondance.

 Le déclin des pêches commerciales dans les pays riches

L’exploitation des ressources que procure la pêche oppose de plus en plus nettement pays riches et pays pauvres. Non que la pêche soit inexistante dans les eaux des pays riches mais, pour autant qu’il s’agisse de pêche commerciale, elle relève de plus en plus de la pisciculture, ne fut-ce que par le biais des alevinages contrôlés. Cette pratique est d’autant plus nécessaire sur les fleuves européens, que les barrages ont coupé la route des anadromes et que l’impact combiné des endiguements et des rejets urbains ne laisse subsister sur le Rhin et le Rhône – le Danube étant moins appauvri en dépit du déclin des esturgeons – que des espèces résistantes mais de faible intérêt économique ou sportif, gardons, brèmes, chevaines, ablettes, sandres et sur le Rhin des anguilles en grande quantité. Témoigne de ce déclin, l’évolution des captures d’aloses sur le Rhône entre Lyon et la mer 53 tonnes en 1927, 34 tonnes en 1937 et 10 tonnes en 1960. Depuis cette date, .’espèce a disparu avec l’aménagement du fleuve mais on tente actuellement de la réintroduire. Cette évolution récessive explique le déclin de la pêche professionnelle : on comptait plus d’une centaine de pêcheurs professionnels à l’amont et à .’aval de Lyon dans les années trente, il n’en existe plus que 10 actuellement.

Le constat que fait P. Marchand sur la Volga n’est pas moins sévère . Le fleuve fournissait quelque 800 000 tonnes par an entre 1913 et 1930, contre un minimum de 300 000 tonnes et un maximum de 470 000 tonnes pour la période 1950-1985. Mais alors que l’essentiel des prises portait sur des espèces nobles (salmonidés et sterlets) jusque dans les années trente, ce sont maintenant les espèces de faible valeur marchande qui dominent : pour un total de 372 000 tonnes/an pêchées entre 1976 et 1978, on compte 59 000 tonnes d’espèces nobles contre 313 000 tonnes d’espèces banales. La situation tend d’ailleurs à se dégrader, soit en raison du manque de contrôle de la qualité des eaux, soit en raison de Partificialisation des lâchers d’eau qui sont loin de respecter les rythmes biologiques de l’ichtyofaune.

En fait, et dans le contexte actuel des pays riches, la faune piscicole satisfait à deux catégories d’intérêts. Il y a bien sûr la pêche sportive pratiquée aussi bien à

l’amont des fleuves (truite et saumon) que dans les zones estuariennes ou deltaïques (cat-fish, brochet, barbeau). Il n’est pas aisé d’établir un bilan comparatif des intérêts respectifs de la pêche professionnelle et de la pêche sportive mais quelques données collectées sur les lacs du Mackenzie éclairent assez bien le problème. Sur le delta de la Slave River, le produit de la pêche joue un rôle non négligeable dans la consommation domestique des habitants de Fort Résolution, soit 134 tonnes consommées à raison de 23 % par les hommes (essentiellement l’omble chevalier) et 77 % par les chiens de traîneau (poisson blanc et cisco). Or. est passé, dans ce cas, d’une économie marchande à un système d’autoconsommation. Il existe tout de même quelques pêcheries industrielles sur le Grand Lac des Esclaves mais pour l’année 1972 citée en référence, le produit de ces pêcheries s’élevait à 49 000 dollars canadiens, alors que 649 touristes avaient dépense 443 000 dollars dans le même temps. Encore faut-il préciser que les pêcheurs sportifs ne prélèvent que de rares sujets de grande taille fréquemment remis i l’eau, tandis que l’activité des pêcheries compromet souvent l’équilibre biologique d’un milieu fragile.

Sur un tout autre plan, la faune piscicole est souvent utilisée comme indicateur synthétique de la qualité de l’eau, la classe 1 correspondant aux torrents i truites et la classe 5 (avec une demande biologique en oxygène, DBO 5, supérieure à 25 mg) étant pratiquement azoïque. L’intérêt de cet indicateur tient z son caractère emblématique et l’apparition d’un saumon sur la Tamise a etc saluée, du temps de Madame Thatcher, comme une grande victoire de l’écologie urbaine.

Intérêt et diversité des pêches dans les pays pauvres

Le tableau des pratiques de la pêche dans le Stanley Pool que dresse G. Sautter ne laisse pas d’impressionner, moins par le tonnage ou la diversité de* prises que par la multiplicité des engins et des pratiques . S’agissant des hommes, l’auteur distingue les pêcheurs professionnels et les citadins qui pèchent pour compléter leurs ressources alimentaires. Il oppose également les pêches individuelles et les pêches collectives, celles qui sont pratiquées par les femmes et celles qui le sont par les hommes avec, pour les pêcheurs professionnels, une constante : tous sont des allochtones et tous ignorent l’agriculture.

S’agissant des engins, il ne compte pas moins de trois types d’engins de jet ; douze modèles de nasses dont certaines sont regroupées pour barrer les bras secondaires du fleuve ; douze types de lignes dont un système de palangre comptant jusqu’à 300 hameçons ; dix-sept genres de filets allant du simple haveneau à la senne en passant par le classique épervier ; plusieurs modèles de paniers, des écopes. Ces engins sont utilisés tantôt sur le fleuve, tantôt sur les rives, les criques ou les herbiers, sans oublier les mares qui sont parfois empoisonnées au daturi Dans le temps, il est possible d’individualiser les pêches de basses eaux, de montée des eaux, de hautes eaux et de décrue. Au final, l’activité de pêche était telle à la fin des années quarante, qu’elle assurait l’essentiel de l’approvisionnement en protéines des villes de Kinshasa et de Brazzaville. Dès cette époque, les symptômes de surpêche étaient évidents et depuis 1966, la pêche ne joue plus  rôle marginal dans une agglomération qui compte plus de 4 millions d’habitons.

La description que fait J. Gallais de la pêche et des pêcheurs dans le delta intérieur du Niger n’est pas très différente au plan des techniques. Même spécialisation qui exclut chez certains groupes Bozo et Somono la pratique de l’agriculture Même soumission au rythme des saisons, même diversité des engins avec une mention spéciale pour les énormes barrages faits de nasses juxtaposées. Mais on ne retrouve pas ici l’anarchie besogneuse du Stanley Pool. Les maîtres de la proche règlent dans le temps l’accès aux lieux de pêche et ils fixent le volume des ses. A l’occasion des grandes pêches de décrue, lorsque les poissons regagnent k lit du fleuve, ils réunissent jusqu’à 150 pirogues pour des pêches miraculeuses «foi ont rassemblé jusqu’à 10 000 participants en 1939. Bien que certaines armilles livrent jusqu’à une tonne de poisson séché ou fumé sur les embarcadères à Mopti, la productivité du fleuve ne semble pas affectée par des prélèvements tant considérables.

Peut-on en dire autant des pêches cambodgiennes ? Certes, la productivité les lacs atteint 8 tonnes au kilomètre carré précise J. Delvert2. Cette forte productivité est liée à la crue qui fait passer en juin le débit du Mékong de 1 700 i 39 000 m3/s. Le fleuve recouvre alors ses berges, les prairies et la forêt alluviale avant d’envahir le Tonle-Sap. La superficie des eaux stagnantes passe simulinément de 2 000 à 12 000 km2. Les poissons du type Ophiocephulus sortent alors de la vase, les poissons blancs sédentaires gagnent les frayères où ils sont bientôt suivis par les espèces migratrices de meilleure vente. Les pêches, qui se pratiquent avec des engins fixes ou mobiles dont la diversité ne le cède en rien à jeux de l’Afrique ont un rendement élevé et un village de pêcheurs regroupant 100 personnes capture jusqu’à 70 tonnes de poisson frais et 300 tonnes de pois- »n séché en une saison. L’essentiel de cette production est commercialisé sous rbrme de troc poisson contre riz. Mais observe J. Delvert, dès la fin des années soixante la taille des prises diminuait, cependant que les espèces nobles se raréfiaient.

Les limites de la pêche

Que ce soit dans les pays riches ou dans les pays pauvres, les potentiels de rêche apparaissent comme fragiles à plus d’un titre. Les aménagements hydrauliques entraînent en règle générale une double diminution du nombre des espèces et de la taille des prises, bien que les pêcheries sur les grands réservoirs compensent dans une certaine mesure les dégâts subis sur d’autres secteurs spatiaux, notamment dans les zones d’endiguement. Mais les grands travaux ne sont pas seuls en cause et la réduction des ripisylves est souvent le fait d’agriculteurs plus que d’aménageurs. Le non-respect des rythmes saisonniers constitue une autre menace, soit que les lâchers d’eau en aval des barrages ne tiennent pas compte des mouvements du poisson vers les frayères ou vers le fleuve, soit que ces lâchers soient insuffisants et entraînent une réduction de l’espace piscicole, l’assèchement de la mer d’Aral constituant un cas limite.

Indépendamment des phénomènes d’impact, les pratiques de surpêche se traduisent par un ensemble de phénomènes récessifs, même dans un milieu supposé stable. On observe selon des séquences de durée variable, une diminution de la taille des prises, une disparition des espèces les plus recherchées et finalement un rendement décroissant pour un investissement croissant en matériel ou en travail.

Les solutions ne manquent pas en théorie mais toutes supposent des contrôles : contrôle environnemental de la qualité de l’eau et de la gestion des flux hydriques ; contrôle législatif par l’établissement de périodes d’interdit ainsi: que par la protection de certaines espèces ; contrôle économique par l’établissement de taxes qui peuvent éventuellement servir à l’amélioration des conditions de pêche (alevinage, aménagement des sites). Mais si ces divers règlements semblent possibles et s’avèrent efficaces dans certains pays, la tendance observable à l’échelle mondiale serait plutôt à la disparition des règlements coutumiers DU à l’échec des règlements imposés par la puissance publique.

L’évolution de la production piscicole du lac Tanganyika illustre bien cette tendance. La suppression des règlements édictés par l’autorité coloniale a fait passer le total des prises de 5 000 à 15 000 tonnes/an entre 1960 et 1965, soit une surpêche qui explique (mais il faut également faire la part des troubles politiques au Burundi au début des années 70) la chute des prises à quelque 3000 tonnes en 1972. Le produit de la pêche jouant un rôle important dans le bilan alimentaire de la région, le Burundi a entrepris, avec le concours de l’aide internationale, de réglementer la pêche et d’organiser les pêcheurs en coopérâmes artisanales dotées d’un matériel moderne, barques à moteurs et filets en vlon. Les résultats se sont avérés positifs avec le passage à 14 000 tonnes captu- rees en 1979 mais, faute d’un renouvellement du matériel, le résultat observé en 1988 est très décevant : la pêche coutumière a pratiquement disparu et la pêche artisanale ne totalise que 2 000 tonnes .

L’avenir des activités halieutiques passerait donc par un contrôle plus strict dans le cadre de la pisciculture.

Vidéo : Des fleuves à fins multiples : Pêcheurs et pisciculteurs

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