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Pêcheurs et pisciculteurs : L’inégal succès de la pisciculture à travers le monde

Vous êtes ici : » » Pêcheurs et pisciculteurs : L’inégal succès de la pisciculture à travers le monde ; écrit le: 10 mars 2012 par tayechi modifié le 17 novembre 2014

L’inégal succès de la pisciculture à travers le mondePêcheurs et pisciculteurs : L'inégal succès de la pisciculture à travers le monde

Les activités piscicoles se situent souvent en marge des espaces fluviaux, dans des étangs, voire dans des milieux fermés comme la mare chinoise. Elles apparaissent surtout comme un substitut dont les avantages surpassent en théorie la pêche, s’agissant des rendements et de la régularité de la production. Ces avantages ont pour contrepartie une nette prépondérance des cyprinidés de qualité gustative médiocre, bien qu’il existe des élevages de salmonidés dans les zones montagneuses aux eaux pures et bien oxygénées. Il faut également compter, dans le cas d’élevages très intensifs, avec les risques sanitaires comme le blanc des ouïes.

L’une des caractéristiques les plus remarquables de la pisciculture n’en reste pas moins son association avec les activités agricoles, l’imbrication des deux registres d’activité étant particulièrement marquée dans la Chine . Certes, il existe dans ce pays des groupes de pêcheurs professionnels qui vivent en permanence sur leurs barques parfois regroupées en villages et qui exploitent les eaux des lacs et des fleuves, mais leur importance reste marginale, alors que la complémentarité est évidente entre le milieu amphibie de la rizière et la pratique de la pèche, complémentarité d’autant plus nécessaire que l’agriculture chinoise marginalise l’élevage et que le poisson constitue la composante protéinique essentielle du régime alimentaire en milieu rural.



Au niveau le plus simple, la rizière inondée abrite des écrevisses, des crabes, de menus coquillages et surtout le tilapia qui est introduit sous forme d’alevins quand la rizière est mise en eau et qui est capturé dans un creux boueux en limite de parcelle au moment de la récolte. Incidemment, ce poisson se nourrit des larves de moustiques et des escargots parasitaires.

Au niveau le plus complexe, des villages entretiennent des chaînes d’étangs. Les plus proches du fleuve servent à la ponte et au stade juvénile ; des étangs intermédiaires servent à la croissance des alevins ; en fin de chaîne et à proximité des villages, se situent les étangs d’élevage proprement dits. Un élevage intensif et doublement intégré, l’intégration passant d’abord par l’association d’espèces qui utilisent toutes les potentialités de l’étang : la carpe herbée est herbivore, la carpe argentée consomme le phytoplancton, la carpe noire les mollusques, le chabot le zooplancton et la carpe commune les détritus du fond. L’intégration passe aussi par l’élevage de porcs dont les déjections sont jetées dans la mare où elles nourrissent le zooplancton. Il s’y ajoute les déjections humaines et celles des vers à soie, ainsi que le bourbier de la canne à sucre dans les régions méridionales. Lorsqu’il est comblé par les résidus de ces résidus, l’étang est curé et la vase sert d’engrais. La mare se situe donc au centre d’un cycle intégré mis au point dès le XVe siècle dans la rivière des Perles .

Cette intégration de la rizière et du poisson se retrouve en bien d’autres lieux et même aux Etats-Unis dans le delta du Mississippi. C’est là également que se pratique l’élevage des écrevisses. Elles prospèrent dans la rizière inondée, s’enfoncent dans la vase lors de la récolte et sont remises au jour et ramassées au moment du labour.

Depuis les début des années soixante, le delta a également vu se multiplier les fermes d’élevage, implantées dans les étangs de défluviation dont les berges sont légèrement relevées. L’élevage porte essentiellement sur des silures (channel catfish) destinés à la consommation humaine et sur la production d’appâts pour la pêche au lancer. Grâce à l’apport de résidus d’abattoirs et de tourteaux de soja, les rendements atteignent jusqu’à 6 tonnes à l’hectare et la rentabilité explique le passage de 8 000 à 45 000 hectares empoissonnés entre 1977 et 1997 pour un tonnage récolté  qui s’élève à 275 000 tonnes en 1997 pour le seul Etat du Mississippi.

Le succès de ce système tient aux goûts culinaires des Américains, alors que la relative stagnation de la pisciculture européenne tient à la faiblesse d’une demande qui se concentre sur les salmonidés plus que sur les cyprinidés : pêche et pisciculture Confondues, l’Amérique du Nord totalise 4 % des prises mondiales contre 2,8 % à l’Europe occidentale. Encore faut-il préciser que la Hongrie et trois Etats de l’Europe du Nord (Allemagne, Pays-Bas, Norvège) totalisent plus de la moitié de ce pourcentage et que le décompte inclut les fermes d’élevage salmonicoles et les pêcheries lagunaires qui pourraient figurer au registre de l’aquaculture maritime.

Une fois prise la mesure des réticences européennes et des savoir-faire chinois, les atouts de la pisciculture sont évidents : son rendement, exprimé en protéines, est supérieur à celui de l’élevage pour des filtrants équivalents. Ses limites ne sont pas moins évidentes, puisqu’elle suppose une maîtrise des cycles biologiques de l’ichtyofaune dont le transfert d’un système culturel à un autre n’est pas évident. Elle n’en constitue pas moins un recours d’un intérêt paternellement majeur pour les pays pauvres du monde tropical.

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