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L’évolution des espaces humanisés : inerties,dérives et restructuration

Vous êtes ici : » » L’évolution des espaces humanisés : inerties,dérives et restructuration ; écrit le: 10 mai 2012 par Samouha modifié le 14 novembre 2014

Forces naturelles et dynamique des milieux humanisésL'évolution des espaces humanisés : inerties,dérives et restructuration

Les espaces que les hommes transforment demeurent soumis aux lois de la nature. Les sols sont érodés lorsque s’abattent des pluies violentes et que les écoulements prennent une forme catastrophique. Les rivières rongent les quais entre lesquels on a prétendu les enserrer. Le gel fait éclater les pierres et travailler les assises des routes.

Des graines germent dans les interstices des maçonneries et les racines des plantes auxquelles elles donnent naissance élargissent les joints, les font jouer et remettent un jour en cause les structures vives de l’édifice. Dans les jardins à la française du Grand Siècle, les alignements impeccables cèdent vite devant la prolifération végétale : à la fin du règne de Louis XIV, les fonds manquent pour entretenir l’armée de jardiniers nécessaire à la taille des arbres : cela transforme subtilement l’atmosphère et la rend déjà romantique.



Là où l’espace est cultivé et pâturé, la force des associations naturelles est plus grande encore : les mauvaises herbes se multiplient au bout de deux ou trois récoltes, les arbustes et les arbres réoccupent le terrain. L’espace revient à la nature, mais la friche n’est qu’une forme bâtarde : il faut longtemps pour que les formations primaires se reconstituent. Un cortège de plantes et d’animaux introduits par l’homme subsiste.

Poids des investissements, contraintes foncières et inertie des paysages humanisés

Les paysages humanisés ne reflètent jamais exactement les exigences fonctionnelles de ceux qui les habitent. Constructions et équipements représentent des immobilisations considérables. Leur durée de vie est longue : il faut des raisons solides pour les remplacer avant qu’ils ne soient techniquement dépassés ; on ne le fait que pour faire face à de nouveaux besoins, pour rompre avec des symboles d’un passé qu’on répudie, ou dans la perspective d’une rentabilité supérieure. I .es paysages sont donc faits d’éléments d’âge différents. La plupart demeurent fonctionnels. Lorsque la démolition de certains bâtiments revient plus cher que l’espace qu’ils occupent, ils se transforment peu en peu en ruines. Celles-ci finis sent par être investies de valeurs sentimentales : le passé coexiste avec le présent Le paysage demande une lecture archéologique pour compléter l’interprétation fonctionnelle qui s’impose d’abord.

La longévité qui caractérise souvent les divisions foncières est surprenante. Pour modifier les limites d’un champ, il convient d’obtenir l’accord des propriétaires des terres qui le confrontent : rien n’est possible s’ils refusent de vendre ou de procéder à un échange à l’amiable. Remodeler l’ensemble d’un terroir sur une base volontaire est donc généralement impossible. La transformation des structures foncières n’est aisée que dans un sens : leur subdivision. Il est facile de partager un terrain entre ses héritiers, beaucoup plus difficile de l’agrandir.

La restructuration de l’ensemble des subdivisions est donc une opération beau coup plus lourde que leur premier dessin (Maurin, 1990). Elle nécessite générale¬ment l’expropriation de ceux que l’opération dérange ou risque de léser. Elle coûte cher et prend du temps. Un remembrement ne se décide pas à la légère. Ses motivations sont sociales — assurer une répartition plus juste de la propriété foncière agricole — ou économiques — rendre possible l’utilisation de nouveaux outillages. La mécanisation explique l’accélération des politiques de création de grande parcelles dans les pays industrialisés d’Europe occidentale depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Les pays du Tiers Monde ont plutôt été le théâtre de réformes agraires visant à redistribuer les terres à des fins égalitaires et sociales.

La réinterprétation culturelle des espaces humanisés

Les hommes vivent souvent dans des lieux qu’ils n’ont pas dessinés ; les sociétés s’inscrivent dans des espaces dont les traits sont hérités d’ancêtres fondateurs lointains ou de dominations étrangères. Le rôle de la culture est alors davantage de réinterpréter l’espace que de le dessiner. On y parvient en procédant par retouches. Une génération nouvelle de monuments souligne les valeurs qui dominent la société d’aujourd’hui ; l’usage des espaces publics n’est plus soumis aux mêmes règles. Dans les pays colonisés, la police veillait à ce que les marchands ambulants ne gênent pas la circulation et ne défigurent pas les belles perspectives de l’urbanisme importé. Depuis indépendance, ces restrictions ont disparu : tout le monde trouve agréable de trouver à portée de petits commerces ambulants.

L’environnement hérité est souvent pleinement assumé (Agnew et alii, 1984) : les Irlandais sont fiers des quartiers géorgiens de Dublin ou de Cork, que rien ne distingue cependant de leurs équivalents anglais. Il a suffi, pour donner une dimension arabe ou musulmane aux quartiers de l’époque française en Afrique du Nord, d’y implanter quelques mosquées et de rebaptiser les rues du nom des héros de la lutte anticolonialiste. Ce qui paraît important, c’est d’intégrer les éléments d’origine étrangère dans le contexte de la culture aujourd’hui dominante. En semant de-ci de-là des éléments qui évoquent les discours partagés par la population actuelle, on crée les conditions d’intertextualité indispensable pour qu’elle s’approprie symboliquement le milieu où elle est installée.

La réinterprétation de l’environnement s’accomplit à travers des cérémonies et îles l’êtes dont le rôle est d’affirmer ce qui d’habitude est caché. Les minorités dont la présence est comme gommée dans les formes bâties se manifestent à ces occasions par leurs groupes folkloriques.L’intérêt que porte la géographie culturelle anglo-saxonne aux événements sociaux exceptionnels, expositions internationales, grandes commémorations (anniversaires de fondations, de découvertes, etc.) trouve là sa justification.

La géographie culturelle se consacre ainsi tout autant à la manière dont les paysages hérités sont sans cesse réinvestis par ceux qui les habitent (Ghorra- ( iobin, 1994), qu’à la genèse des traits les plus spectaculaires de l’organisation de l’espace. On pénètre vraiment ici dans l’intimité des cultures en s’attachant à la vie quotidienne des gens et à la manière dont ils emploient l’espace, le rhabillent, le marquent par des signes nouveaux ou le réinvestissent par des cérémonies. On achève de comprendre la logique des groupes en s’interrogeant aussi sur la place faite aux morts et sur ce qui est considéré comme marque du passé sacralisé.

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