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Les paysages

Vous êtes ici : » » Les paysages ; écrit le: 10 mai 2012 par Samouha modifié le 14 novembre 2014

Les paysagesLes paysages

C’est à travers le paysage que les géographes ont généralement abordé les problèmes culturels (Meinig, 1979 ; Berque, 1984) : ils étaient sensibles à la diversité des parcellaires et des formes bâties, aux systèmes agraires, aux architectures, et dans d’autres domaines, aux artefacts ou aux costumes. L’idée s’est donc parfois répandue que les formes visibles révélaient tout sur la culture des groupes : c’est inexact, comme l’ont montré les paragraphes précédents ; cela ne prive pas les paysages d’intérêt et de pertinence.

La lecture des paysages

Le géographe doit lire les paysages avec une triple grille s’il veut en mesurer les dimensions culturelles (mais il est des approches esthétisantes, cf. Higuchi, 1983).



La grille fonctionnelle lui montre à quel type organisation sociale correspond la division des sols qu’il observe : dans le cas du Middle West américain, le grid pattem reflète les vues d’un certain nombre des pères de la Constitution américaine, de Thomas Jefferson, en particulier (Claval, 1990-a : Johnson, 1976) ; pour lui, la démocratie ne pouvait trouver de racine solide que si la société était faite de petits agriculteurs indépendants. Le paysage du Middle West renvoie à d’autres traits de la société américaine de la fin du xixe siècle : le système imaginé par Jefferson ne fonctionne que parce que les fermiers trouvent à écouler leurs productions sur les marchés de l’Est ou vers ceux de l’Europe : de là la signification des chemins de fer et des hautes silhouettes de silos qui signalent les gares.
Cette lecture fonctionnelle ne nous renseigne que très mal sur ce que sont aujourd’hui la société et l’économie du Middle West. La concentration des exploitations a été très rapide : on est passé en trois quarts de siècle des 32 ou 64 hectares initiaux à 250, 500 ou  1000 hectares. Les parcellaires n’ont pourtant pas toujours bougé et beaucoup des bâtiments des anciennes fermes restent en place dans un rayon de 30 ou 40 km autour des villes ; ils sont occupés par des non-agriculteurs. Le paysage du Middle West est plus aujourd’hui un document archéologique qu’un témoignage des logiques fonctionnelles contemporaines.

Les paysages du Middle West ont été conçus sous le signe de l’utilitarisme. Les formes géométriques et les techniques standardisées de construction donnent le même visage à des communautés dont les cultures sont souvent restées très vivantes : seules les chapelles, dans la diversité de leurs dénominations, et les cimetières, rendent sensibles cette dimension essentielle de la région.

Le paysage du Middle West américain était-il purement utilitaire ? Ne comportait-il pas de dimension symbolique? John B. Jackson (1979) répond par l’affirmative : le caractère ascétique, nu, froid et dépouillé des campagnes convenais bien à des communautés dont la foi chrétienne était intense et qui considéraient que la préparation de la vie au-delà comptait plus que la création d’un paysage orné et d’habitations luxueuses. Même dans ce cas extrême de recherche du fonctionnalisme, un système de valeurs donnait un sens à ces étendues austères.

Le regard sur le paysage

Le paysage ne reflète jamais fidèlement tous les aspects d’une culture. Ses éléments ont été mis en place par des acteurs variés et dont les actions n’étaient qu’exceptionnellement coordonnées.

Si le paysage possède une cohérence et une structure, il le doit beaucoup plus à la récurrence ou à l’opposition de thèmes qu’ à l’unité de la composition : répétition des formes topographiques, horizons apaisés des grands openfields aux soles finement rayées et aux villages noyés dans la verdure des meix, marqueteries des villages de colonisation forestière d’Europe centrale ou des rangs canadiens, régularités rythmées des terroirs issus des grandes expériences de colonisation du xixe siècle.

Le paysage est dans l’immense majorité des cas un produit non-planifié de l’activité humaine. Aucune conception esthétique globale n’a présidé à son élaboration ; le souci de la beauté n’a pu s’exprimer qu’à l’échelle des bâtiments, des jardins ou des parcs, mais il n’est apparent que dans certains.

Les gens ne sont sans doute pas indifférents à la qualité des environnements dans lesquels ils vivent, à leur harmonie, à l’agrément des rivages ombragés des rivières l’été, à la majesté des montagnes enneigées qui se détachent sur les ciels froids et lumineux de l’hiver, aux bancs de brume qui découpent la vue au petit matin, ou à la majesté des couchers de soleil.

Exceptionnelles sont les sociétés dans lesquelles le paysage se trouve réapproprié par une contemplation esthétique : la Chine et les civilisations qu’elle inspire depuis l’époque T’ang, au VIe ou VIIe siècle (Vandier-Nicolas, 1982), et l’Occident depuis la Renaissance.Alain Roger (1978 : 1982 ; 1989 ; 1991 ; 1994 ; Roger et Guéry,1991    ; voir aussi Marcel, 1989) et Augustin Berque (1986 ; 1989 ; 1990: 1991 ;1995 ; Berque et alii, 1994) ont souligné ces exceptions et éclairé leurs raisons.

À partir du moment où le paysage devient un objet de contemplation et où il est valorisé pour des raisons esthétiques, les rapports des groupes à l’espace changent de nature (Berque et alii, 1994; cf. plus précisément Donnadieu, 1994). Aux préoccupations de fonctionnalité économique et sociale et aux messages symboliques localisés s’ajoute une dimension symbolique globale (Cosgrove 1984 ; Olwig 1984 ; Penning-Rowell et Lowenthal, 1986 ; Cosgrove et Daniels 1988 ; Varii Auctores, 1991 ; Mondada et alii, 1992 ; Donnadieu 1994) : l’ensemble, ou de très larges portions, du paysage se trouvent valorisés par la culture. Leur porter atteinte, c’est détruire quelques-uns des chefs-d’œuvre de la civilisation, ou quelques-unes des marques d’un passé qui donne sa signification à la société actuelle ! Les problèmes de préservation deviennent à la mode — compromettant parfois l’efficacité fonctionnelle des espaces humanisés.

Lieux et non-lieux

La lecture à plusieurs niveaux des paysages est possible tant qu’aucune des logiques qui président à l’élaboration de l’espace humanisé n’est capable d’éliminer les autres. C’est ce qui caractérisait le monde technique d’hier : le logement était conçu à la fois pour protéger du froid et de la pluie, pour servir de cadre à la vie familiale et pour abriter l’autel des ancêtres. Les espaces cultivés étaient parfois coupés de bosquets ou de bois sacrés. Le long des routes, des croix ou des autels rappelaient la foi que tous partageaient. Les architectes qui concevaient les centres villes veillaient à la fois à la fluidité des circulations, à la multiplicité des usages et au besoin des gens de se donner mutuellement en spectacle ; ils mettaient en scène l’Église ou le pouvoir — qui se trouvait de la sorte sacralisé — et imprimaient l’idéologie dominante dans le paysage à travers le jeu des inscriptions, des statues et des monuments (Duncan, 1990 ; 1992).

L’avènement des technologies modernes a façonné d’autres types d’environnements : la logique utilitaire les domine à tel point que ce sont souvent des espaces monofonctionnels. Leur signification symbolique est des plus limitées (Marcel, 1989) : ils se contentent d’affirmer face à la nature la puissance orgueilleuse de ceux qui les ont conçus. Ils sont tout d’une pièce, bétonnés, bitumés ou paysagés, sans interstice où puissent venir des folles herbes et où l’on puisse faire pousser des fleurs.

L’espace habité était fait de lieux. Il comporte maintenant des non-lieux (Augé,1992    ; Relph, 1976 ; 1981) : face à ces aires où ne se lisent que les géométries les plus froides, les groupes se trouvent décontenancés. Ils n’arrivent pas à s’accrocher au territoire pour bâtir leurs identités. Les non-lieux témoignent de sociétés déculturées. L’architecture et l’urbanisme post-modernes sont nées d’une réaction contre ces excés

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